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Contribution: Réflexions sur la sécurité routière au Sénégal (Cet article est basé sur la notion d’une organisation orientée fonctions.)

Les individus comme les peuples s’engagent sur le chemin de la perdition en manquant de lucidité pour reconnaitre leurs défauts ou de détermination à corriger ceux-ci une fois cette reconnaissance faite.

Une question récurrente ayant fait l’objet d’innombrables analyses et discussions est la sécurité routière et pourtant elle est restée sans solution satisfaisante.

Il est légitime dès lors de s’interroger sur la lucidité des Sénégalais pour reconnaître les manquements importants tant en fréquence qu’en gravité par rapport aux règles de la sécurité routière régulièrement constatés dans la circulation.

Ayant longtemps travaillé sur la sécurité d’un mode de transport particulièrement exigeant (il s’agit de l’aviation civile), mes réflexions m’ont conduit à une approche systémique du rôle de l’État dans la sécurité dans un domaine d’activité. Il revient à l’État, quel que soit le secteur considéré, d’y assurer la sécurité, l’ordre et la coordination.

Par ailleurs la finalité de toute activité est de contribuer au développement, ses deux volets étant le progrès du secteur et sa contribution à ceux des autres.

Sans la sécurité, les risques et incertitudes oblitèrent toute vision à long terme et ramènent au mythe de Sisyphe ou au tonneau des Danaïdes.

Il est une condition sine qua none pour réussir un redressement dans ce domaine après de si longues années de dérives qu’aucune complaisance ne doit nous empêcher de reconnaître. Il s’agit d’une véritable et profonde adhésion, d’une grande majorité de la population et surtout de celles des acteurs, à ce projet d’amélioration de la sécurité routière.

Nous sommes habitués à constater des situations anormales et d’avoir à leur endroit indifférence ou pire une coupable complaisance.

Dans notre pays, le discours élaboré du citoyen peut faire penser qu’il a atteint un niveau de civisme achevé. Pourtant comme des éléments vidéo diffusés dans les réseaux sociaux le montrent régulièrement, leurs actes jurent d’avec les comportements attendus.

Aurons-nous la clairvoyance et la détermination d’identifier les origines de cette insécurité routière et d’appliquer les solutions qui auront été appelées par l’analyse ?

Je me suis livré ci-après à expliquer comment pourrait être appliquée cette approche basée sur une organisation orientée fonctions (Cf document : Modèles d’organisation de l’Administration).

Dans une perspective d’application de ces principes dans le domaine de la circulation routière, il s’agira, en premier lieu, d’identifier les acteurs et éléments importants devant faire l’objet d’une réglementation véritablement opérationnelle et réaliste dans le contexte culturel et actuel du Sénégal.

Ceux-ci sont :

  1. Le conducteur dont la capacité d’évoluer en sécurité dans la circulation générale doit être certifiée ; c’est le permis de conduire.
  2. Le véhicule dont l’aptitude à évoluer sans danger dans la circulation et même avec fiabilité doit aussi être certifiée ; c’est le certificat d’aptitude à la circulation du véhicule.
  3. La voirie dont la « carrossabilité » doit aussi être certifiée (état, environnement et signalisation de la route) ; c’est l’ouverture à la circulation d’une portion de route donnée.

La certification est donc au cœur de la sécurité et doit être clairement située ; elle est faite par rapport à une réglementation à jour et pertinente. Dès lors cette fonction « élaboration » de la réglementation doit être prise en charge tout à fait clairement.

L’adage dit que nul n’est censé ignorer la loi. Certes. Toutefois, la difficulté d’accéder, de disposer ou maîtriser la réglementation est une réalité dont l’ignorance peut rendre inopérant tout système de sécurité.

Voilà pourquoi la fonction communication est essentielle. La responsabilité de la structure qui en a la charge serait de veiller à rassembler et rendre disponible la réglementation en vigueur et de former, à sa maîtrise, tous ceux qui sont des usagers ou chargés de veiller à son respect. Ces derniers doivent en avoir un accès aisé. Elle doit, en outre, pouvoir assurer la formation par rapport à cette réglementation

La fonction surveillance doit permettre de recenser, avec fiabilité, les écarts intervenant dans la circulation routière. Celle-ci devra englober – ce n’est peut-être pas évident pour tous – l’état de la voirie et la signalisation.

La fonction correction des écarts, relevés par la surveillance, doit être fiable et son objectif doit être clairement défini ; il ne peut s’agir d’autre objectif que la sécurité et la fluidité de la circulation des différents usagers de la voirie.

En conclusion je dirais que l’application de cette approche par une organisation orientée fonctions dans le domaine routier devrait donner un meilleur niveau de sécurité.

Bien entendu, ceci devrait être fait avec intelligence et réalisme en tenant compte de ce qu’il faut bien appeler la culture particulière du milieu du transport en commun. Là est un point pouvant faire l’objet d’une analyse de la sous-structure en charge de la réflexion stratégique et dont la création est suggérée.

Par ailleurs, l’engagement du Sénégal dans des processus d’intégration (UEMOA et CEDEAO) doit être pris en considération vu les opportunités d’harmonisation des réglementations et d’économie d’échelles (élaboration de la réglementation et certains aspects de la surveillance ou de la correction des écarts ou application des sanctions). La complexité technique ou la difficulté de rentabiliser un système strictement national limitant les perspectives de viabilité, au plan économique, indiquent la même direction. Ceci est d’autant plus pertinent que la circulation transfrontière est une réalité tangible.

Après cette analyse, il semble approprier de faire les propositions ci-après pour que le facteur humain soit moins présent dans les causes des accidents de la route :

Il faudrait à notre avis ajouter les éléments ci-dessus au programme de formation pour l’obtention du permis de conduire :

1) les effets des substances psychotropes sur la conscience des risques et dangers ainsi que les performances sensorielles.

2) L’effet de la fatigue sur les performances du conducteur quant à sa réactivité

3) L’analyse des causes de quelques accidents typiques avec identification des moyens de les éviter.

4) Les conséquences sociales, économiques et judiciaires des accidents.

5) Introduction d’un serment lors de la remise du permis de conduire par lequel le titulaire jure de :

– faire un usage responsable de cette habilitation

– ne jamais manquer de façon délibérée aux dispositions du Code de la route

– ne jamais entreprendre la conduite d’une automobile ou autres engins soumis aux dispositions du code de la route alors que ceux-ci sont manifestement inaptes à la circulation à cause de défaillances dans leurs systèmes de sécurité ou que lui-même sait qu’il n’est pas pleinement en possession de ses moyens.

6) Inculquer quelques éléments de droits sur le contrat de transport entre le passager et les conducteurs concernés par le transport commercial notamment ceux relatifs au droit du passager.

Traitement des accidents exclusivement matériels :

La surveillance au sens ci-dessus n’est pas véritablement opérationnelle lorsque les conséquences des violations du code de la route sont d’ordre matériel.

La victime du préjudice n’a que deux options : recourir aux prestations payantes d’un huissier ou bien réparer à ses frais les dégâts subis sans possibilité de se faire rembourser.

Même connues des forces de sécurité, les violations du code de la route dont les conséquences sont limitées à des dégâts matériels ne sont pas systématiquement sanctionnées.

Les demandes de sanctionner les conducteurs délinquants sont mal perçues et considérées comme prétentieuses, l’agent investi de l’autorité publique considérant souvent que la victime n’avait pas à lui apprendre son métier.

L’éducation et le niveau d’instruction de nombre de ces victimes excluent absolument qu’ils envisagent un seul instant de se faire justice eux-mêmes. Ne nous le cachons pas : c’est une défaillance à corriger. A défaut, les conducteurs délinquants continueront délibérément leurs mauvais comportements jusqu’aux accidents qui porteront atteinte à l’intégrité des personnes.

Voilà pourquoi nous suggérons que soient dissociés les constats visant à situer les responsabilités civiles et pénales de celui établissant les violations du Code de la route et que ces dernières soient effectivement et systématiquement sanctionnées.

Ababacar Sadikhe DIAGNE

Ingénieur de l’Aéronautique Civile de Classe Exceptionnelle

Ancien élève des classes préparatoires aux Grandes Ecoles

Diplômé de l’Ecole Nationale de l’Aviation Civile Toulouse France

Du Massachussetts Institute of Technology (Cambridge USA)

Du Center for Advanced Engineering Studies (MIT Cambridge USA)

Du center for English Language and Orietation programs de Boston University (Boston USA)

Du DOT Federal Aviation Administration (FAA) (Sureté de l’Aviation Civile). (Oklahoma City  USA)

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