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Contribution : Dakar, ma ville natale

Contribution

Dakar, ma ville natale

Des lieux et des événements s’invitent à mes souvenirs de ma ville natale, Dakar.
La rassurante et belle avenue Albert Sarraut, avec à ses coins :
le Grand Hôtel, la Croix du Sud — qui reçut Pelé, le roi du football —,
le café et la pâtisserie pionnière Gentina aux délices inoubliables, aux pêches Melba exquises, le bar Rond-Point, la Printania.
Que de bons souvenirs dans ma ville, Dakar !

Plus loin, qui ne se souvient de la Grande Poste toujours animée, avec ses boîtes aux lettres ?
Et des bars alentour, où de grandes femmes blanches aux lèvres carminées, de haute stature, s’asseyaient avec une posture audacieuse aux guéridons des comptoirs, attendant la bonne compagnie.

Plus loin encore, le Grand Port de Dakar, avec l’odeur forte de son eau et les sons incessants des sirènes des bateaux qui allaient et venaient.
Dakar, porte océane, oblige.
Qui ne se rappelle la Grande Sonadis, fierté des élèves ?
Ses boutiques, qui vendaient la bière à bas prix, étaient prises d’assaut par les buveurs invétérés. Gare à eux s’ils titubaient dans les quartiers, car la petite racaille les accueillait à coups de pierre.

Dakar, ma ville natale, avait son imposant bâtiment abritant la Chambre de commerce, où des messieurs en costume noir, descendus de leurs rutilantes voitures, gravissaient les marches d’un pas alerte.

Dakar, avec sa majestueuse Cathédrale du Souvenir africain et sa grande kermesse du premier week-end de mai accueillait toute la jeunesse de la ville.
Que de joyeux compères y ont taquiné la bouteille !

Dakar, ma ville natale, avec ses mosquées mythiques qui ont vu passer les mystiques du pays, se souvient des séances d’exégèse du docte El Hadji Ibou Sakho à Thieudème, quartier qui reçut Cheikh Ahmadou Bamba au départ de son exil.
Et que dire de la zawiya d’El Hadj Malick Sy, qui défia l’autorité coloniale par la raison ?

Dakar, ma ville, avait ses lycées rivaux : Blaise Diagne, terreau de cracks sans moyens, et le lycée Van Vollenhoven, repaire des professeurs français, des Libanais rivalisant d’opulence avec leurs motos et des petits assimilés, enfants de hauts cadres.

Dakar, ma ville natale, organisait chaque jeudi —jour de congé des écoles des meetings d’athlétisme au stade Iba Mar Diop.
Qui ne se souvient de Gakou, Ablaye Sarr, Daniel Thiaw, Sané… ?
Le vendredi soir, les galas de boxe attiraient les foules jusque tard dans la nuit.
Et que dire des régates du 4 avril, organisées par le très célèbre politicien Ahmadou Diène ?
Sans oublier le mât de cocagne dans le penc de Santhiaba.

Les souvenirs se bousculent dans nos mémoires.
Hélas… Dakar demeure la ville où j’aime vivre, où je peux vivre, où je dois vivre.

Ndianckou,

9 août 2025, 9h01. Rufisque