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Coalitions électorales en vue: Les symptômes inquiétants du “tout sauf Macky” Mame Gor NGOM

Les événements politiques font les hommes… politiques. Ousmane Sonko semble le comprendre ainsi.  Lui qui tisse sa toile, pour une coalition “tout sauf Macky”. Une telle démarche qui n’a rien d’inédit, pourrait se heurter à des obstacles de taille. Même sa réussite serait un autre échec de la “rupture” prônée surtout contre le “système”.

Khalifa veut devenir Khalife

Ousmane Sonko est-il dans les pas de Wade et de Macky qui ont respectivement pu battre leur adversaire grâce au “tout sauf…” ?  Depuis sa libération et sa mise sous contrôle judiciaire, l’opposant numéro 1 du pouvoir actuel, multiplie les rencontres, les “visites de courtoisie”. Il veut “voyager loin”, il “ménage sa monture” pour 2024.

Même si, pour le moment, il n’est pas question d’une quelconque coalition électorale, sa démarche n’est pas anodine. En rencontrant Khalifa Sall, leader de “Taxawu Dakar” devenue “Taxawu Sénégal”, le dirigeant de Pastef, rend l’ascenseur à quelqu’un qui l’a soutenu dans les moments de peines, en appelant à la “résistance”. Cette entrevue circonstancielle peut avoir des suites logiques de “liaisons” en vue des futures échéances électorales. Il y a des esquisses lors de leur conférence de presse conjointe.  On pourrait y voir plus clair dans les prochains jours.

Babacar Diop, la révélation ambitieuse

Avant Khalifa Sall, Ousmane Sonko a eu à rencontrer le Docteur Babacar Diop du Forces démocratiques du Sénégal (Fds). Des convergences entre deux jeunes leaders qui, même s’ils n’ont pas des parcours analogues, partagent les mêmes objectifs affichés, les mêmes prétentions, de ” faire la politique autrement”, “faire bouger les choses”, “bousculer le système”. Tous les deux se targuent d’être de preux chevaliers, des promoteurs de l’orthodoxie dans la gestion du pays. Leur dénominateur commun : vierges de toute participation à une quelconque gouvernance. Diop qui avait rejoint le PS après 2000, a quitté cette formation suite à la brouille relative à l’affaire Khalifa, avant de créer son propre parti issu du mouvement appelé Jeunesse pour la démocratie et le socialisme (Jds). C’est son parti Fds-les Guelwaars qui avait organisé l’investiture d’Idrissa Seck en 2019. Lorsque ce dernier a décidé de collaborer avec Macky Sall, il avait refusé sa main tendue et a pris ses distances avec le leader de Rewmi.

Jusqu’où peut-il aller avec Sonko ?  Son long parcours de syndicaliste et de leader du mouvement étudiant, doublé d’universitaire ne le prédestine-t-il pas à plus d’ambitions ? Lui aussi ne veut-il pas briguer le suffrage des Sénégalais si l’on sait que ces derniers temps, il est parvenu à se positionner dans l’espace politique sénégalais véritable champ de gladiateurs.

Gakou, l’autre anti-système ?

Sonko chez Malick Gakou. Même logique. Même démarche. Le leader du Grand Parti (GP) à qui on prêtait avec insistance une volonté de rejoindre Macky Sall après l’entrisme d’Idrissa Seck avec qu’il soutenait à la dernière présidentielle.  Gakou qui se radicalise de plus en plus, peut trouver en Sonko, un “allié sûr” contre le système. Mais lui, un des vétérans de la classe politique voudrait certainement être roi à la place du roi et devrait pas se contenter d’un statut de second couteau même s’il ne s’est pas encore “pesé” au plan national.

Bougane en faux ami ?

Qu’en est-il avec Bougane Gueye Dany ? Le chef de file du mouvement “Gëm sa bopp”, s’est beaucoup engagé dans la défense de Sonko. Multipliant les déclarations tonitruantes, et prises de position téméraires. Il a même fait le déplacement de Ziguinchor pour assister les victimes des manifestations et a surtout rendu visite à la mère de Ousmane Sonko. Cet épisode des accusations de viols, a larvé les divergences entre les deux hommes qui mettent en exergue leurs “profils d’acteurs neufs”.

Sonko et Gueye ont été, dans un passé récent, les protagonistes de joutes verbales. La rivalité est toujours là même si on sauve de part et d’autre les apparences.

Aïda Mbodj, Guirassy, Ahmed Khalifa Niasse…

Moustapha Guirrassy et Aïda Mbodj, Cheikh Bamba Diéye, ont certes joué leur rôle de députés mais en acteurs politiques, ils espèrent, en toute vraisemblance des dividendes. Ils sont tous à la tête de partis politiques “faits pour concourir au pouvoir”.

Quid de la rencontre de Sonko avec Ahmed Khalifa Niasse un homme politico-religieux, incarnation achevée du système qu’il vitupère avec véhémence. Les voies de la politique sénégalaise…sont décidément impénétrables.

Les précédents Wade et Macky

Si Abdoulaye Wade a été élu en mars 2000, c’est en grande partie grâce à une coalition appelée “Alternance 2000”. Un regroupement hétéroclite d’hommes politiques, de partis d’opposition à Abdou Diouf dont les figures les plus connues étaient Abdoulaye Bathily, Landing Savané, Ameth Dansokho. D’ailleurs cette coalition est devenue par la suite la Convergence des actions autour du président pour le III éme millénaire (Cap 21) dirigée par Iba Der Thiam.

Macky Sall aussi s’était appuyé sur Benno Bokk Yakaar, prolongation de la coalition Benno Siggil Sénégal qui s’était éclatée quand Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse, deux leaders ont tous décidé de participer à l’élection de 2012. Sall avait largement bénéficié de cette mésentente deux “frères ennemis” qui ont fini par lui apporter leurs voix au second tour de la présidentielle de 2012 avant de l’accompagner en 2019 pour un sacre au premier tour. A contre-coeur ?

On pourrait se retrouver dans une même situation en 2024, avec une opposition qui se range derrière l’opposant le mieux placé. Ça pourrait bien être Sonko, si la configuration actuelle est maintenue. Et les mêmes causes pourraient engendrer les mêmes effets.

Un partage du gâteau qui risque d’impacter négativement sur la marche du pays. Et la machine contre le “système” sera sans nul doute grippée. Le “tout sauf…” ne saurait être un programme crédible.

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