Cheikh Tidiane Sy, ME : Un Juste
Cheikh Tidiane Sy, Ministre d’État
Un Juste
Invocations, incantations et imprécations

“Les hommes d’Etat ont toujours eu leurs confidents. Seuls les grands ont eu le talent de susciter des livres à leur mesure”.
Georges-Marc Benamou : “Le dernier Mitterrand”, Plon, 2005.
Les mythes ont la vie dure : caricaturé une fois avec une toque de léopard mais sans l’abas-cos, Cheikh Tidiane Sy a été définitivement perçu comme un homo dominici du dictateur zaïrois. Sa rencontre avec Me Abdoulaye Wade se situerait à Kinshasa au début des années 90 lorsque, Ministre d’Etat dans le gouvernement du président Abdou Diouf, le pape du Sopi jouait les intermédiaires entre le dirigeant zaïrois en difficulté et son opposition, avec l’intercession de Mgr Musengwo.
Cette mauvaise perception se maintiendra avec une collaboration souvent heurtée avec Me Wade devenu président : dans les deux seuls ministères qu’il a occupés (l’Intérieur et la Justice), l’intolérance sociale qui a saisi les Sénégalais avec la parenthèse Karim Wade les a emmené à maudire pis que pendre tout collaborateur du président Wade. Mieux : le président en fera lui-même son souffre-douleur, le faisant sauter comme un fusible à l’occasion, pour contenir toute vague de holà, comme en 2009, après les douloureuses élections locales de cette année-là.
Ajoutez-y un puritanisme religieux et un pragmatisme qui met dans le même tiroir le chapelet et les imprécations, on comprendra les incessantes allées et venues du Ministre d’Etat, sur un coup de sang ou pour mettre le président à l’aise, et un franc-parler qui dérange jusque dans les populations ordinaires.
Plusieurs fois, en effet, M. Cheikh Tidiane Sy a choisi librement, dignement, de quitter le banquet de l’ingratitude où il estimait ne plus avoir sa place ; trahi et meurtri à tous les niveaux par ceux-là mêmes à qui il avait été plus qu’utile en temps et lieu, il a plusieurs fois choisi une forme qui l’honore, lui authentique Sy, recherché, vénéré et respecté du Boundou du XVIème siècle à Tivaouane la sainte, la religieuse. Sa foi religieuse l’entraîne souvent autour du suaire, dans une attitude de soumission mais aussi d’érudition et d’élévation spirituelle qui renvoie au stoïcisme de Montaigne.
Cheikh Tidiane Sy sait choisir la forme, le moment, le lieu pour être son propre partisan d’un départ définitif, volontaire, et non un limogeage après un remaniement consécutif à “un retour de façade”.
A l’abri du mauvais œil, de l’infortune morale et matérielle, il n’en fait pas moins l’objet de médisances, lui, apparemment peu connu de ses congénères. Il n’a pas entamé sa vie avec Me Wade, même s’ils ont passé ensemble par tous les états, du plus liquide au plus solide, des fastes du pouvoir aux sombres geôles de Rebeuss. Le doit-il à ce célèbre tiroir, le même pour les chapelets et les imprécations qui font sa réputation ? Ses coups de gueule sont en tout cas de notoriété auprès de ses amis. Ayant donc eu toujours ses confidents, il n’a jamais été seul dans les épreuves qui jalonnent sa vie. Ce sont ces amis vrais qui le suivent et lui renouvellent leur solidarité.
La graine a germé grâce à ses confidences : l’idée d’un vénérable confrère est devenue une marotte, d’autant que cet honorable doyen a choisi de se mettre à la table du Créateur, nous laissant seuls avec notre devoir de mémoire. Qui, pour la mener jusqu’au bout ? « Cheikh Tidiane Sy, le Dernier des Justes”, ferait bien le titre d’un ouvrage, rendre justice à un Juste souvent mal perçu, meurtri par les hommes mais qui n’a jamais perdu l’espoir en l’homme pour lequel il ne cesse de se battre et…de prier.
Pathé MBODJE
Pathé MBODJE
