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Casamance: Les défis à relever après la reprise des dernières bases rebelles Par Charles Thialys SENGHOR, Desk central, Le Devoir

Le bel exploit de l’Armée sénégalaise qui a réussi à mettre un terme aux dernières résistances des éléments du mouvement des forces démocratiques de la Casamance devrait être suivi de nombreux défis pour permettre aux populations, de retour après des décennies d’exil, de s’épanouir. 

L’Armée nationale a annoncé mardi 9 février 2021 la reprise des derniers bastions des irrédentistes en Casamance. Il s’agit des cantonnements des éléments du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) situés à Bamoune-Bilass, Boussoloum, Badiong et Sikoune.  Cette guerre-éclair et sans véritable résistance, pour raser les dernières résistances de cette guerre qui dure depuis 1982, a permis aux Armées républicaines sénégalaises d’atteindre les objectifs qu’elles se sont fixées dès le départ : il s’agit notamment, d’abord, de se repositionner le long de la frontière bissau-guinéenne, ensuite de faire cesser les trafics, notamment de cannabis, et enfin de permettre le retour des populations très marquées d’avoir été obligées  de quitter leurs villages depuis plusieurs décennies.

Pour donner des gages d’assurance, l’Armée sénégalaise a mené une communication bien huilée, conduisant les journalistes dans les cantonnements abandonnés par des maquisards à cause de la puissance de feu. Sur place, des ustensiles de cuisine, des cabanes, montrant leur misère. Mais, aussi des armes récupérées lors de cette offensive lancée vers la fin du mois de janvier avec le soutien de la Guinée-Bissau.

Attention aux représailles

Quand les bases rebelles sont tombées, des voix de populations forcées à l’exil depuis des dizaines d’années se sont élevées pour jubiler, faisant du coup le pied de nez aux combattants qui ont pris la poudre d’escampette sans crier gare.

Cette confiance placée sur les forces de sécurité du Sénégal par ces populations errant depuis des années à cause de la situation causée par les irrédentistes et pressées de retrouver leurs terres de naissance et certainement les fruits de sacrifices abandonnés, doit être assurée : tout au long de ce nettoyage, les forces de sécurité n’ont montré aucun corps d’un maquisard tué. Ils ne sont pas anéantis de la carte. Même si c’était le cas, la plupart ont fui pour se réfugier ailleurs, en Guinée-Bissau ou dans d’autres villages du Sénégal.

Cette défaite cuisante remportée par les forces de sécurité a un goût amer pour le camp adverse. Et les rebelles, n’ayant pas trop de moyens pour se venger contre les hommes de tenue, vont tenter de revenir pour prendre leur revanche sur les pauvres populations sans armes.

C’est pourquoi, même si les forces de sécurité le savent, elles doivent redoubler de vigilance pour une protection des populations déterminées à revenir au bercail. Pour éviter les exactions des bandes armées.

Assurer le retour des populations

En libérant ces zones occupées par les irrédentistes de la Casamance, pour permettre aux populations de faire leur retour, l’État du Sénégal doit prendre toutes les mesures pour leur faire oublier le calvaire vécu autant d’années en Guinée-Bissau et en Gambie. L’autre défi de l’Erat sera donc de poursuivre la sécurisation des zones jadis minées par les maquisards pour se protéger de l’avancée des militaires.

Ces populations auront également besoin d’un accompagnement conséquent de moyens de base pour les aider à refaire leur vie. Car, derrière ces dizaines d’années d’absence, la nature a repris ses droits. Et forcément, il y aura un besoin pour reconstruire les localités, les habitations, les puits, des infrastructures pour désenclaver des zones souvent difficiles d’accès.

Ces populations auront également besoin d’infrastructures sanitaires pour se soigner et des écoles et des espaces pour la scolarisation des enfants et leur épanouissement. L’Etat devra également créer un environnement favorable à la création d’emplois, notamment dans l’agriculture.

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