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Bégaiement: Un trouble de l’élocution très mal compris par les Sénégalais Khadidiatou GUÈYE Fall

Les bégayeurs victimes de moqueries et d’imitation

Des propos incohérents, des phrases segmentées, un rythme du langage cassé, des pauses de parole involontaires, tel de manifeste le bégaiement, très fréquent dans notre entourage mais rarement compris. Certains le trouvent marrant, d’autres l’assimilent à une comédie en procédant à l’imitation quand des personnes tout à fait normales s’expriment avec difficulté.

Au Sénégal, le bégaiement n’est pas pris trop au sérieux. Les gens prennent le bégaiement pour un trouble banal. Et pourtant, ce trouble de la parole touche au moins un membre de chaque famille. Dans certaines familles, le bégaiement se manifeste sur la moitié des membres de la famille, au point qu’il est corrélé à une maladie génétique.

D’après la science, ce trouble de la parole est ponctué par une altération de la fluidité et de l’enchaînement du discours. Il apparaît généralement chez l’enfant et disparaît spontanément dans la majorité des cas ; il se manifeste chez l’enfant, mais de manière spontanée, il commence à disparaître. Loin d’être considéré comme une maladie proprement dite, les scientifiques le caractérisent comme un trouble de l’élocution avec une perturbation de l’expression. Près de 1% de la population mondiale adulte développe cette anomalie.

Les causes du bégaiement posent un dilemme car, jusque-là, rien ne constitue un élément provocateur du trouble. Mais il serait lié à une origine neurologique, psychologique, émotionnelle ou encore comportementale.

Avec des répétitions involontaires au niveau du premier son, d’autres éléments permettent de déceler le bégaiement parmi lesquels la reprise de la première syllabe, la répétition de certains segments de phrase, des sons prolongés, le tic, l’usage d’un mot d’appui pour se relancer, des perturbations du rythme et du débit de parole, des pauses vocales perturbant la compréhension du message. Ces phénomènes bloquent la communication de la personne présentant les signes.

Il s’agit des symptômes secondaires variant selon le type de cas. Celui qui bégaie peut avoir des difficultés respiratoires et peut sembler mal à l’aise avec le regard et le gestuel.

Ce sont ces genres de choses qui arrivent à Seynabou Ndiaye Hann. Âgée de 33 ans, cette mère de 3 enfants bégaie depuis belle lurette. Son handicap entrave sa communication. Parfois, ses propos ne sont pas conformes avec sa pensée. ” Quand je communique avec une personne, le plus souvent, si elle est impatiente, c’est elle qui termine mes propos. Cela fait partie des choses qui m’offensent. Car c’est comme si la personne n’avait pas mon temps. J’avoue qu’il est très difficile de communiquer avec des personnes comme moi. Mais la patience accordée montre la considération approuvée pour la personne malgré son handicap”, dénonce Seynabou Ndiaye Hann. Pour elle, c’est hors de question que ses propos soient achevés par son interlocuteur. ” Cela affecte la dignité ; je ne sais pas si cela arrive à mes semblables, mais c’est ce que je ressens au fond de moi” poursuit-elle. Le cas de Seynabou montre que le bégaiement se manifeste avec des signes variables. Elle grince les dents quand les mots sont bloqués, ce qui fait rire certains de ses interlocuteurs. C’est quand elle chante que sa belle voix est aperçue dans son originalité : aucun problème d’élocution n’apparaît. Raison pour laquelle un oncle à elle lui conseille de faire comme si elle chante quand elle parle.

Adama, un professionnel dans le domaine des services hôteliers, subit les mêmes symptômes que Seynabou. Sa particularité, lui, c’est sa capacité à respirer profondément avant de prendre la parole. C’est une astuce pour que les mots viennent aisément avec quelques pauses bien sûr. Mais, son plus grand souci, c’est sa fille qui commence à l’imiter. « Ma fille aînée âgée de 15 ans me taquinait en m’imitant quand elle était encore petite mais je vois qu’elle bégaie pire que moi. Je pense même l’amener chez un orthophoniste pour amoindrir les blocages de son langage” prévoit Adama. D’après ce dernier, les Sénégalais doivent comprendre les personnes qui bégaient pour que ces dernières puissent s’assumer afin d’oser la prise de parole. C’est uniquement si les collègues et proches considèrent le bégaiement comme un trouble et non une maladie que cela diminue les impacts psychologiques chez le négateur.

Au Sénégal, les personnes souffrant de ce trouble de la parole sont en général socialement stigmatisées par des imitations et des moqueries. Pour les enfants, l’assistance par un orthophoniste s’impose pour atténuer la persistance des difficultés de l’élocution.

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