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Au Sénégal, le chômage des jeunes, un véritable risque pour la stabilité sociale et politique Par Sadio GAYE

Le Sénégal a connu ces derniers jours, une série de manifestations violentes ayant entrainé la mort d’une dizaine de personnes. Le pays a été secoué par une révolte populaire qui a donné lieu à des scènes de guérilla urbaine entre forces de l’ordre et manifestants, des actes de saccage et de pillage. Le pays pourtant réputé pour sa stabilité n’a jamais connu un tel niveau de violence. Mais alors, comment expliquer que les manifestations aient pris une telle ampleur ?

Si à la base, la révolte de la population visait à dénoncer l’arrestation de Ousmane Sonko principal opposant du président Macky Sall, le sentiment d’une Justice instrumentalisée, la restriction progressive de l’espace démocratique ; elle a aussitôt laissé la place à la colère de la jeunesse sénégalaise. La crise politique s’est finalement transformée en crise sociale. En effet, cette révolte populaire portée par la jeunesse sénégalaise est vite devenue le combat d’une jeunesse désœuvrée  qui a exprimé dans la rue sa colère qu’elle a longtemps gardée en elle, sa frustration face à un avenir condamné d’avance, sans aucune perspective possible de sortir de la pauvreté.

Au Sénégal, comme dans de nombreux pays africains, les jeunes sont confrontés à un chômage élevé qui aggrave la pauvreté. Le Sénégal, comme aussi beaucoup de pays africain, est confronté à une explosion démographique de la population jeune et cette tendance semble également se confirmer pour l’avenir.

Avec un taux de croissance annuel de l’ordre de 3%, la population sénégalaise s’élève aujourd’hui à plus de 16 millions de personnes. Cette population est caractérisée par sa jeunesse. En effet, la moyenne d’âge est de l’ordre de 19 ans ; 52% de la population ont moins de 20 ans et 75% moins de 35 ans (Source : Agence nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD, Projections démographiques, 2020). L’absence de véritables programmes efficaces de création d’emplois et de lutte contre l’exclusion socio-économique des jeunes, la mauvaise gouvernance, la corruption et en même temps l’explosion démographique des populations jeunes sont tant de raisons qui peuvent expliquer le fléau de chômage des jeunes. La politique en matière d’insertion socio-économique initiée par les différents gouvernements en place jusqu’à l’heure actuelle est un véritable échec. Pourtant, il existe au Sénégal moult programmes de lutte contre le chômage des jeunes, mais malheureusement la plupart ne produisent pas les effets escomptés. Cela est probablement lié aux enjeux de ces programmes souvent mal ficelés, mal ciblés, ni durables et surtout à la gestion nébuleuse des fonds dédiés à ces programmes. De la même manière, les programmes d’aide au développement financés par les gouvernements étrangers et les organismes internationaux sont aussi un échec car souvent paralysés par la mauvaise gestion des fonds alloués aux programmes et l’incompétence politique.

Quel est le risque encouru si le problème de chômage des jeunes persiste ?

Si depuis quelques jours le calme semble revenir au Sénégal, il n’en demeure pas moins que la colère et la frustration des jeunes sont toujours là. Cette jeunesse semble aujourd’hui déterminée à se faire entendre. Malheureusement, les jeunes au chômage sont plus susceptibles d’occasionner des troubles. Si le problème de chômage des jeunes n’est pas réglé rapidement, l’explosion démographique des populations jeunes deviendra une véritable bombe à retardement et donc un risque pour la cohésion sociale, la stabilité sociale et politique du Sénégal comme on a pu le voir lors des récentes contestations populaires qui ont secoué et paralysé le pays.

Il est important de noter que le problème de chômage des jeunes au Sénégal ne date malheureusement pas d’aujourd’hui et par conséquent il ne pourra être résolu du jour au lendemain. Et pourtant, il est urgent voire primordial, pour les autorités sénégalaises de considérer le problème à bras-le-corps et de mettre rapidement en place des mesures inclusives et des actions efficaces, au-delà des promesses politiques comme on peut l’entendre durant chaque campagne électorale.

Le futur de la jeunesse sénégalaise ne doit pas être compromis ; il y va de l’avenir du pays.

Répartition de la population du Sénégal par groupe d’âge selon le sexe en 2020

Par Sadio GAYE

Groupe de réflexion ORP

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