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Au Sénégal, la moto, c’est la fortune: Le quotidien époustouflant d’un Tiak-Tiak pas ordinaire Cherifa Sadany Ibou Daba SOW

C’est celui d’un journaliste diplômé qui se fait livreur, un métier passionnant et tortueux !

A Dakar, Guédiawaye et au centre-ville, C. Kâ est un journaliste diplômé qui s’est engagé dans le métier de la livraison. Engagé, il explique la journée qu’il passe sur la route sans omettre les détails de son calvaire. Il nous invite ainsi à s’intéresser à son quotidien passionnant et tortueux.

Tiak-Tiak se positionne au marché. Les livreurs à domicile sont les plus sollicités ces dernières années au Sénégal. C. Kâ décortique les clauses du contrat : « D’habitude, on collabore avec une personne qui a un réseau et qui nous donne une moto. On lui verse soit 2.000 mille frs CFA ou 5.000 mille par jour. Les week-ends, tout ce qu’on gagnera sera viré à notre compte. Pour l’entretien, la vidange de la moto ça sera à nous livreur de gérer ; mais, en cas de réparation, il revient à notre collaborateur de la réparer. »

Malgré la densité de la circulation, les motocyclistes parviennent à se faufiler et à faire des livraisons partout dans Dakar et dans les autres régions. « Lorsque nous avons une course à Guédiawaye, Parcelles, centre-ville, nous faisons d’une pierre deux coups : ça sera une seule course sur trois et chacune nous revient à 2.000 Fr. Mais je note que les tarifs deviennent différents selon les zones. », narre-t-il.

Ils livrent sous pression !

Souvent pointés du doigt par leur manière de conduire, les motocyclistes se défendent. Selon C. Bâ, faire des zigzags ou se forcer du caractère est leur seule méthode pour se faire respecter sur la route. « La journée reste fatigante à cause des embouteillages mais surtout à cause de la jalousie des taximans qui nous coïncent. Ils croient qu’ils ont plus de droit que nous qui n’avons pas de papier. Ils croient aussi que nous avons accaparé leur business. Les policiers aussi, pour éviter qu’ils nous arrêtent, nous sommes obligés de contourner la route. Ce qui fera retarder la livraison et nous fera perdre plus d’essence. Mais nous n’avons pas de choix. Sinon, en cas d’arrestation, on risque de payer 6.000 à 12.000 frs de contravention », explique Kâ.

Livreur à domicile, un travail contraignant ?

« Tiak-Tiak », « vite fait » dans la traduction française. Les livreurs sont appelés à plus de rapidité, de réflexe. Ils doivent rester H24 joignable. Le cas de C. Bâ est émouvant. Jeune avec une ambition débordante et une vie sociale incontestée, il lui arrive de détester le métier. Mais pourquoi ?

« Je suis de nature très taquin et social et j’aime échanger avec mes amis de temps en temps. La moto me prive de cette liberté. Je n’ai pas de jour de repos. Je ne dors pas assez, mon téléphone ne doit pas rester vide car on peut m’appeler à tout moment. Ce qui m’empêche d’avoir une vie de famille. Je suis exposé aux risques en longueur de journée », se plaint-il avant de répondre à la question du pourquoi il a quitté le journalisme pour le métier de Tiak-Tiak.

« C’est un métier noble et passionnant mais qui demande beaucoup… » livre-t-il sans détailler.

Pour avoir du gagne-pain, il faut savoir malaxer la pâte. Facon de parler pour dire qu’aucun métier n’est facile. La livraison à domicile est un métier compliqué, à risque mais aussi avantageux pour ces trois concernés : le client, le collaborateur et le livreur. « Il faut être un bon manager pour gagner beaucoup dans ce métier. Les avantages sont pour ceux qui sont méticuleux et qui savent s’organiser et économiser. Dans le cas contraire, on peut dire à dieu à la moto ».

Le métier de Tiak-Tiak risque de ne pas être saturé de si tôt au Sénégal. Les gens ont pris goût à la pratique, les entreprises aussi mettent en place un service de livraison pour faciliter leur travail et ainsi gagner un surplus. Pour eux, c’est une double opportunité. Cependant, réglementer le métier va certainement favoriser la vie des livreurs sur la route.

En attendant, ces derniers sont appelés à prendre assez de vitamines et à garder le style de la compétition : Conseil de C. Kâ.

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