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La Ligne du Devoir

APR : Sans l’huile du numéro 2

Alliance pour la République (APR)

Victime du style de management du chef ?

Dans la gestion de Macky Sall des ressources humaines du parti, le président de la République n’a pas su créer le poste de numéro deux afin de permettre à ce dernier d’être en mesure d’huiler la machine du parti, en allant à la rencontre des militants et des électeurs.

La reculade pour le choix du candidat de la mouvance présidentielle et le rétropédalage avec le retrait de l’article 87 qui a été soumis en examen à l’Assemblée nationale n’augurent rien de bon pour le camp du pouvoir. C’est pourquoi la sortie fracassante de Abdoul Aziz Diop n’est pas à négliger : au-delà de sa propre personne, il faut savoir lire le bruit de fonds qui s’entend à travers son discours. On peut imaginer à travers son acte de défiance à l’endroit de Macky Sall que l’heure des attaques frontales contre le président a déjà sonné. Les partisans de Macky Sall savent que le pouvoir discrétionnaire qui donne au président de la République le droit de nommer ou de dégommer quelqu’un n’est plus aussi efficace, dès lors que Macky Sall va quitter le pouvoir sous peu.

Et quand le président Macky Sall ne pourra plus utiliser cette arme qu’il tenait par devers le bras afin de maintenir son influence et son autorité sur les éléments de son parti qui ont été à la recherche de prébendes ou de responsabilités, on peut bien imaginer ce qui adviendra dans les rangs de l’Alliance pour la République (APR), où certains voient déjà Macky Sall comme un homme qui appartient au monde du crépuscule, et qui sera donc inscrit en très peu temps dans le registre du passé. Il faut encore relever, dans la manière dont Macky Sall gérait les ressources humaines du parti, le fait qu’il n’ait pas créer le poste de numéro deux afin de permettre à ce dernier d’être en mesure d’huiler la machine du parti, en allant à la rencontre des militants et des électeurs.

Par rapport à tous ces facteurs qui ont été énumérés, on est sensé comprendre pourquoi les batailles de positionnement au sein du parti au pouvoir avaient commencé depuis l’ouverture de la liste des potentiels candidats pour la Présidentielle de 2024. Et il n’est pas à exclure que ceux qui ont perdu tout espoir dans le parti ou les recalés qui n’ont plus d’autre choix se déchainent farouchement contre Macky Sall, s’ils ne plient pas tout simplement bagages ou rejoignent tout bonnement les rangs de l’opposition pour se donner une nouvelle virginité politique.

Il y a encore à dire sur la méthode de gouvernance Macky Sall qui était opaque et manquait de tolérance à l’égard des voix discordances qui s’exprimaient sur la vie du parti ou la marche du pays. Une liberté de pensée pour les membres de ce parti aurait pourtant permis au président Macky Sall de savoir qui pense quoi, qui fait quoi et qui est capable de quoi. Mais Macky Sall a de loin préféré écouter ceux qui lui ont fait croire que sans lui rien ne marche, et que personne dans les rangs du parti ne peut le remplacer. Macky Sall avait fini par y croire, et c’en était fini pour ses héritiers auxquels il ne restait que le champ de bataille pour remporter la grosse part du butin familial. Si on peut se permettre de parler de « famille » avec les « frères » et « sœurs » de l’Alliance pour la République.  Macky Sall risque alors de léguer à ses héritiers une maison enlaidie, fracassée et en lambeaux, laissant la place à des opportunistes ou profitards qui ne pourront que bousiller l’héritage politique qui est un bien commun à tous les membres de l’Alliance pour la République (APR).

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Macky Sall pensait maitriser ses camarades de parti, à l’exception de quelques têtes brûlées dont Moustapha Diakhaté, feu Alioune Badara Cissé, Moussa Diop, Moustapha Cissé Lô, Sory Kaba et dans une certaine mesure Sitor Ndour. Mais le problème majeur avec ce style de management des appareils politiques, c’est quand personne ne bouge et que pratiquement rien ne bouge. Et c’est là où se trouve le véritable danger :  on n’ose pas faire la comparaison avec les régimes totalitaires, mais dans cette forme d’organisation politique, quand les choses vont mal, il faudra alors s’attendre à des dérives et des catastrophes politiques incommensurables. Car les mécontentements et les frustrations ont été couvés ou réprimandés, balisant ainsi la voie à des dégâts collatéraux qui pourraient intervenir à tout moment et à la moindre occasion. C’est pourquoi le coup de pied de Moustapha Diakhaté dans la fourmilière pouvait bien servir, si effectivement ses camarades de parti avaient perçu à temps le sens de son message qui mettait l’accent sur le mode de fonctionnement du parti. Mais bon le mal est déjà fait, et avec Macky Sall on peut s’attendre à tout, tant qu’il restera en fonction à la présidence de la République. C’est presque une alerte!

Babacar Papis SAMBA

Auteur et Adepte de la pensée complexe.