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Amadou Bâ : La tentation solitaire

Amadou Bâ, la double peine

Touché, coulé

Trahi en 2024 par ceux-là mêmes qui l’avaient mis en orbite, Amadou Bâ vient d’être touché dans sa chair et sa dignité de servir : moins que son fils Ibrahima, c’est son chauffeur Cheikh Seck qui inquiète et invite à réfléchir sur le manque de vigilance d’un  homme d’habitude si discret dans le commerce des hommes.
Amadou Bâ qui d’ordinaire si suspicieux sur  le plan politique où il marche sur des œufs, depuis 2017 au moins, a failli à sa réputation et a succombé à la fibre familiale.
Enfin, la chute de certains de ses amis qui lui ont fait acte d’allégeance et de fidélité, Madiambal Diagne en particulier, interroge. Si un cercle d’irréductibles veille toujours, à l’image de Cheikh Oumar Anne, son dépit manifesté avec l’affaire de l’inculpation de son fils l’éloigne un peu plus d’un champ qu’il pourrait cependant réinvestir à l’issue de l’Armistice du 11 novembre prochain. Les manifestations de sympathie fusent d’autant que les Sénégalais sont réputés veillant sur la veuve et l’opprimé. Au demeurant, un score de 36 % dans les conditions impossibles de naguère est d’autant moins négligeable, vu aujourd’hui, qu’une crise de langueur semble s’être saisie des électeurs.
C’est au Japon où Macky Sall s’est rendu à plusieurs reprises, notamment lors de la visite officielle en décembre 2022, que tout s’est noué, après le massacre de la Toussaint de 2020 qui liquidait Amadou Bâ et Aly Ngouille Ndiaye en particulier ; ils venaient eux aussi d’être victimes de délit d’ambition qui se retrouveront paradoxalement candidats à la Présidentielle de 2024 d’une manière ou d’une autre.
C’est apparemment là, au pays du Soleil Levant, que le troisième mandat s’est joué quand le président Macky Sall consulte quelques ministres de la délégation sur un éventuel candidat de l’Alliance pour la République à la Présidentielle de 2024.
Quelques souvenirs réveillés rappellent que l’unanimité se serait faite autour de Amadou Bâ…qui flaire un piège à lui tendu. D’autant qu’il était de notoriété que l’individu n’était pas en odeur de sainteté auprès d’un Macky Sall qui le maudissait pis que pendre. D’où la scission de Muhammad Boun Abdallah Dionne -photo-quand l’annonce a été faite. D’autant que, selon les critères soumis à Moustapha Niass dans son arbitrage entre les candidats pressentis, Boun Abdallah aurait fait mieux en nombre de points, derrière Abdoulaye Daouda Daouda Diallo qui serait arrivé premier au test.
Comprendre alors le ping pong auquel le candidat de l’Apr sera soumis est chose aisée : si certains avaient pensé l’utiliser comme bouclier devant la bronca née de la crise entre 2021 et 2023, d’autres n’ont pas hésité à vouloir le dresser en épouvantail devant le président de la République Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre. D’où un trop long silence depuis, exactement dans la même veine que celle Amadou Bâ Premier ministre invisible, sorti de sa torpeur en décembre 2024 après en se fendant d’un “Ce qui me gène” ou “J’avais fermé mon téléphone”.

La situation générale s’améliore malgré les apparences ; certes, un excès de zèle semble l’emporter sur la position du Premier ministre qui appelait  à une reddition plus rubis sur ongle que Rebeuss. Surtout que l’image n’est guère reluisante après 18 mois et suscite toutes les inquiétudes. Les craintes d’un 8 novembre ne sauraient cependant ébranler une République qui a traversé debout la crise 2021-2023. L’armistice se signera le 11 novembre. Le Sénégal aura besoin de tous ses fils, en gagés ou égarés.

 

Pathé MBODJE