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Alioune Badara Cissé, ou l’abécédaire de l’Apr Par Mohamed Bachir DIOP

Il est dommage pour le parti présidentiel de ne pas voir Alioune Badara Cissé, ABC s’investir pleinement aux côtés de Macky Sall. L’homme est l’un des fondateurs de l’Apr et c’est le rédacteur de la profession de foi que ce parti a présenté aux Sénégalais pour dire ses ambitions. Mais ABC n’est pas un homme de clan, il ne sait pas comploter ce qui, en politique, hélas, peut être un handicap. Mais il s’en accommode fort bien car cela lui permet de ne faire partie d’aucune coterie, d’aucune tendance, de n’entrer dans aucune querelle et de ne pas tomber dans les polémiques inutiles.

Une stratégie payante semble-t-il car, de son poste de médiateur de la République, il peut observer attentivement l’évolution de la situation politique afin de se positionner, au bon moment au bon endroit. Car l’homme ne manque pas d’ambition quoiqu’il adopte une attitude détachée qui laisserait à croire qu’il ne cherche rien. Que si ! Il ne cracherait pas naturellement sur la présidence de la République s’il peut être adossé à une structure politique solide et viable. Il a déjà tissé sa toile dans l’Apr où il ne compte que des amis et un grand nombre de militants de ce parti lui vouent un profond respect et le donnent d’ailleurs en exemple de probité et de loyauté. Ce n’est pas quelqu’un qui vous poignardera dans le dos mais il ne recule devant aucun adversaire car c’est un combattant intrépide. Il est massif, au propre comme au figuré. Il a poids politique et un bagage intellectuel solide qui lui permettent de postuler à n’importe quelle station de la République mais il prend le temps de voir les choses venir.

Ministre des Affaires étrangères  et numéro deux du gouvernement jusqu’en octobre 2012, il est chargé par Macky Sall de redonner au pays une place importante dans la diplomatie africaine, surtout auprès des pays voisins qui entretenaient des relations quelque peu heurtées avec l’ancien président, Abdoulaye Wade. Il réussit cette mission mais aura vite un différend avec le président Sall qui le démet de son poste de ministre des Affaires étrangères et le fait remplacer par Mankeur Ndiaye.

Il n’accepte que difficilement son limogeage mais, combatif, il entame  des tournées en Afrique et dans les pays européens pour rencontrer les militants de l’APR de la diaspora auprès de qui il conteste sa mise à l’écart du gouvernement. Il finira par démissionner de ses postes de responsabilité dans le parti et reste simple militant. Candidat aux élections municipales, il est battu à Saint-Louis par Mansour Faye, le beau-frère du président.

Il retourne alors aux États-Unis et, paradoxalement, il rejoint quelques mois plus tard le pool d’avocats défendant Karim Wade, fils de l’ancien président, avant d’être rappelé en août 2015 pour occuper le poste de médiateur de la République en remplacement de Serigne Diop.

C’est aux Etats-Unis qu’il avait obtenu plus de deux décennies plus tôt ses diplômes de droit et il exercera comme avocat en France et Angleterre avant de rentrer au Sénégal au début des années 90. Il n’a pas d’ailleurs que des diplômes en droit, il est aussi titulaire de diplômes en Economie et il parle couramment plusieurs langues et, lorsqu’il en a le temps il enseigne l’anglais.

ABC n’est pas homme à se laisser marcher sur les pieds mais il n’écrase pas non plus les plus vulnérables.

A l’heure de la recomposition du champ politique, Macky Sall aurait gagné à le ramener à ses côtés pour asseoir davantage son emprise sur le parti et mieux contrôler ses nouveaux alliés, dont certains n’hésiteront pas à lui planter un poignard dans le dos afin de prendre sa place.

Mais toute cette agitation que l’on appelle « recomposition » et qui fait croire à une nouvelle effervescence politique dans notre pays le laisse de marbre. Selon un de ses proches, si ABC ne veut donc pas s’exprimer sur les questions politiques ou d’autres sujets d’actualité, c’est parce qu’il ne souhaite pas lancer des idées ou dire des propos qui pourraient prêter à des interprétations tendancieuses ou à des polémiques inutiles. Sauf qu’il trouve, selon ce proche, que ce qui ressemble aujourd’hui à une effervescence politique n’est en fait que du bruit face à l’absence de production intellectuelle. Cette absence de production intellectuelle affaiblit naturellement l’offre politique des uns et des autres et, ce qu’il en reste ressemble fort à une quête d’unanimité au profit d’un seul homme, le chef suprême que personne ne doit contredire.

Comment un homme de culture comme ABC pourrait-il se contenter de la cacophonie politique ambiante ? Il ne répondra sans doute devant aucun journaliste et, en privé, il se gardera de faire des commentaires qui pourraient se retrouver à la Une des journaux. Une prudence bien compréhensible si l’on voit la tendance des apéristes à tirer sur tout ce qui bouge et  couper toutes les têtes qui dépassent. Libre penseur mais Médiateur de la République, cette posture est la seule qu’il peut adopter.

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