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Abdoulaye Wade, homme de l’année: L’Alpha et l’Oméga, l’éternel vainqueur Par Habib KA, Correspondant à Matam

Thilogne-Des Sénégalais de sa classe d’âge, quatre-vingt-quinze (95) ans, Abdoulaye Wade, fait partie des quelques rares d’entre eux, si ce n’est l’unique qui encore tire parti convenablement de ses facultés mentales et intellectuelles. Ne serait-ce que sous ce registre, le papy national mérite de figurer dans le livre de record de nonagénaire le plus alerte, le plus autonome, pour être l’homme de l’année 2020.

Gorgui Fara Wade Ndiack serait un patriarche au sens africain, si Vivianne était Nogaye, Mbayang, Khaar, ou les deux ou les trois à la fois. Il serait arrière-arrière-grand-père d’une très grande famille élargie si bien que Karim Meïssa convoqué par la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (CREI), ce serait une légion capable de remplir le stade de l’Amitié qui allait sauter sur Kolwezi. Un autre record que pouvait détenir l’homme de Kébémer.

Mais Abdoulaye Wade est loin de ces préoccupations, de ces considérations. Wade est un militant, un éternel combattant jusqu’à la fin de ses jours, même s’il a eu à présider les destinées du pays dans une parenthèse de douze (12) ans d’alternance.

Qui, comme Wade bientôt la centaine, puisque certaines sources lui attribuent quatre-vingt-dix-sept lunes pleines, peut survivre dans une jungle où les ruptures, les trahisons, les reniements, les alliances contre-nature dictent leurs règles à une realpolitik inhumaine, immorale ? Ces libéraux formés à bonne école sont en train de se reconstituer pour la présidentielle 2024, en rempart contre les coups de boutoirs d’une nouvelle génération de jeunes nationalistes dont les plus en vue sont : Ousmane Sonko, Barthélemy Dias, Bougane Guèye Dany, Cheikh Bamba Dièye, etc . . . Et, dans ce combat décisif pour une alternance ou la prolongation des libéraux au pouvoir, le Pape du Sopi, Abdoulaye Wade, père de l’Alternance, est expressément contourné par ses propres fils politiques, lui préférant le chef de l’État Macky Sall pour son gâteau chocolaté.

C’est vrai que l’année 2019 est marquée par des faits majeurs : la pandémie du Coronavirus, l’élimination d’une vingtaine de candidats par le logiciel sélectif programmé du parrainage, l’invalidation des candidatures de Karim Wade et de Khalifa Ababacar Sall pour incapacité juridique, le débarquement à l’improviste de Mouhammad Boun Abdallah Dione sur le plateau de la Télévision Futurs Média (TFM) pour balancer à la figure des téléspectateurs ses résultats qui font passer Macky Sall au premier tour et entretenir une confusion généralisée pour la suite du scrutin, la transhumance légitimée de retrouvailles naturelles de la grande famille sans le père géniteur, le père légitime qui les observe, tranquille, la montée en puissance de la révélation de l’année, le jeune leader, président du Pastef, Ousmane Sonko, et le coup de Jarnac du grand maître qui va faire encore beaucoup parler de lui.

Nul doute le professeur Ousmane Seydi et son équipe ont fait preuve de patriotisme, d’altruisme pour gérer avec professionnalisme la pandémie de la Covid-19 ; il est certainement l’homme de l’année médicale avec son équipe.

Le coup de Maître, celui de demander à son parti de ne voter pour aucun des candidats en lice pour la présidentielle 2019, fait de lui, pour nous, l’homme de l’année. Certes ce coup a permis à Macky Sall de rempiler mais les difficultés d’avant le scrutin refont surface. Karim Wade et Khalifa Sall toujours mis en rade alors que père Wade dans ce jeu d’alliance n’a pas encore dit son dernier mot. Qu’on y croit ou pas le PDS, même en période de forte saignée de militants, engrange au minimum encore 10 à 15% de l’électorat et avec, il peut toujours faire la différence.

Le coup du Maître

Le trophée de l’homme politique de l’année 2020 revient incontestablement à l’incontournable Abdoulaye Wade, Secrétaire général national du Parti démocratique sénégalais (PDS), chantre de l’opposition, trente-quatre ans (26 plus 8), celui qui détrôna l’inamovible PS, ouvrit grand les portes  de l’alternance, de la démocratie, de la promotion sociale ; celui qui avertissait les citoyens que le fichier électoral n’était pas fiable, les logiciels des ordinateurs du Comité national électoral (CNE), du Conseil constitutionnel (CC) pas maitrisés. En un mot, il disait que les dès étant pipés et que Macky Sall remporterait les élections à tous les coups. Suffisant pour lui, dès son retour au pays, de perturber le déroulement normal de la campagne électorale, de jouer sur tous les registres puisque son fils Karim Wade est mis hors compétition.

Le président Abdoulaye Wade est l’homme de l’année pour avoir été l’homme providentiel qui fit rêver une génération entière et permit la promotion politique, sociale et intellectuelle de beaucoup de jeunes. A la différence des autres libéraux, Abdoulaye Wade est d’une capacité de résilience jamais affaiblie, vivant les moments douloureux avec philosophie.

Ainsi donc Maître est toujours là, alerte, patient, impassible, abattant une à une ses précieuses cartes, stoïque, sans gémir, sans geindre, sans prier personne, attendant sa der.

Que représentent les militants libéraux qui affluent au palais pour répondre à l’appel du président Macky Sall ? Hors du PDS et sans le management du Maître du grand jeu, ses frères libéraux restent des poussins dans la basse cour, incapables de prendre certains risques : Samuel Sarr “le wadiste éternel”, Modou Diagne Fada, Thierno Lô, Pape Samba Mboup, Farba Senghor, Serigne Mbacké Ndiaye feront les tours des plateaux pour juste amuser leur monde : ils ne représentent que l’ombre d’eux-mêmes.

Il faut être Abdoulaye Wade pour avoir les reins solides et le cran d’affronter vents et marées pour aller à l’assaut du pouvoir. Maître Abdoulaye Wade est avant tout un opposant, capable d’éventer le “deal positif” de Macky Sall et de Idrissa Seck pour l’horizon 2024, de créer le scénario obligeant les populations laborieuses des villes et campagnes, en prise à des difficultés structurelles de vie, de travail, de soins de santé, de dénoncer cette trahison de l’élite politique.

Le mercato politique pour la présidentielle de 2024 est ouvert depuis ce remaniement du Premier novembre et la conférence du nouvel allié Idrissa Seck, parce que trois coalitions essentielles sont en train de se profiler et pèseront de tout leur poids sur la nouvelle configuration politique de la carte des 535 maires des communes du Sénégal.

Le président Macky Sall qui n’est candidat à rien voudra-t-il au moins avoir la décence républicaine de faire tenir les Municipales au plus tard avant fin de l’année 2021 ?

Maître Abdoulaye Wade, dans son silence coutumier, n’a abattu aucune carte, ne s’est prononcé sur rien, ne s’est positionné sur aucun sujet ; il reste fort à parier que son soutien serait décisif et dépend de l’amnistie qui serait accordée à Karim Meïssa Wade ou pas.

Macky Sall avait l’occasion d’apprendre la leçon du mouvement du M.23, mais comme le vieux, il est dans la tentation de brûler les feux, forcer le passage, ragaillardi par un Conseil constitutionnel qui lit le droit avec les binocles du président.

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