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9ème Forum mondial-Dakar 2022: Basses eaux pour un monde inondé Pathé MBODJE

Le prochain Forum mondial de l’eau Dakar 2022 prolonge le combat entamé depuis 2016 avec la présence du Sénégal au Conseil de Sécurité de l’Onu pour appeler à une plus grande justice environnementale internationale : sous le triptyque « Eau-Paix-Sécurité », le Sénégal voulait «amener le Conseil, à titre préventif, à poser le problème des cours d’eau communs aux États qui peuvent être des facteurs de crise ou d’intégration ».

C’était prudent car l’idée trotte toujours dans la tête des autorités sénégalaises sous l’administration Macky Sall quand il s’agit toujours de l’eau : le thème du 9ème forum de mars prochain s’y rapproche (“La sécurité de l’eau pour la paix et le développement”) mais Dakar oublie toujours le pas consubstantiel qu’est l’environnement, obscurément fondu dans un développement que l’on espère durable au sortir de mars 2022.

Prudent, parce que éternellement d’actualité : le barrage de la Renaissance sur le Nil, la plus grande infrastructure hydroélectrique en Afrique, est aujourd’hui à l’origine d’un conflit diplomatique entre Addis Abeba et les pays en aval, l’Égypte et le Soudan ; en l’An 2000 déjà, la crise entre le Sénégal et la République islamique de Mauritanie a entraîné l’abandon du projet de revitalisation de vallées fossiles, voie de développement de zones isolées et asséchées du centre du pays ; ce projet de maîtrise et de préservation d’un trésor qui s’épuise était une réponse  au problème d’eau qui plombe le développement du Sénégal. Qui s’épuise au moment où le Sénégal perd 10 milliards de mètres-cubes d’eau par an qu’il essaie de récupérer par la …désalinisation  de l’eau de mer.

Si l’Organisation des Nations-Unies affirme en 2015 que « la disponibilité en eau diminuera dans certaines parties du monde, menaçant la sécurité alimentaire et les moyens d’existence en 2050 », le souci est plus général et ne limite pas seulement à la maitrise du précieux liquide au niveau politique mais de son utilisation pour nourrir l’Humanité…ou la préserver : absence et excès menacent en effet le monde avec les inondations vérifiées ces dernières années et logées dans le dossier du réchauffement climatique (ClimateChange | #Senegal | #Dakar sous l’eau en 2050 ? Le niveau de la mer… | Merci à @trueworldorg).

Le Sénégal  de Macky Sall a eu une intuition fondamentale en saisissant l’importance du liquide précieux dans la régulation du jeu social international. Les spécialistes avaient en effet bien prédit que les années 2000 seraient celles de grandes menaces sur la paix dans le monde à cause des conflits qui naîtraient de la conquête et de la gestion de l’eau : le Proche et Moyen Orient en donnent déjà un aperçu, de la Palestine dépossédée de ses terres et de son eau avec le National Water Carrier d’Israël, au gigantesque projet de Croissant turc, en passant, pour ce qui intéresse uniquement l’Afrique, par la Tunisie (l’Oued Barbara), l’Égypte (El Salam Canal et le projet Toshka), sans compter la guerre que l’Occident a failli mener contre Kadhafi pendant la réalisation du Grand Lac souterrain. Déjà, l’exploitation des eaux du Nil, dans le cadre d’un nouveau canal égyptien, a créé quelques mouvements d’humeur avec le Soudan d’où le don égyptien tire sa source. L’Ethiopie les a coiffés au poteau.

Si des États soucieux de stabilité ont commencé à collaborer pour exploiter entre eux les potentialités offertes par les cours d’eau en faisant preuve de solidarité, c’est-à-dire de transfert d’eau des zones excédentaires vers les zones déficitaires, d’autres, comme le Sénégal, imaginent des scénarios de sortie de crise après quarante années de sécheresse. Évidemment, les moyens et les techniques varient, même si le souci d’immortalité est le même.

Jonction des cours d’eau et régénération des sols

Il en est ainsi, par exemple, des aqueducs internationaux du projet franco-espagnol  Languedoc Roussillon-Catalogne (LRC) entre la France et l’Espagne. Au Sénégal, une politique adoptée depuis plus de vingt ans voudrait essayer de préserver les seules zones humides du Sénégal par jonction des cours d’eau du sud et par une régénération des terres par une technique certes coûteuse mais qui semble une des meilleures solutions du moment pour lutter contre le péril au sodium qui menace les deux-tiers nord du pays. La réduction de l’habitat au sens d’espace de vie pose en effet des problèmes fonciers aigus devant une explosion démographique et la nouvelle valorisation des terres aménageables. La lutte pour l’eau devra en effet passer par l’environnement et compenser le gap scientifique qui prolonge la vie sans possibilité de nourrir la vie.

Si, dans son rapport du 14 avril 2015 (en plein… Forum mondial de l’eau (12-17 avril 2015), la Fao se soucie de l’eau, c’est qu’elle « préconise des politiques et investissements pour améliorer le stockage de l’eau, le captage-recyclage des eaux usées et la recherche pour des systèmes de production agricole plus résilients pour les petites exploitations ».

14 avril 2015, Rome/Daegu – En 2050, il y aura assez d’eau pour produire la nourriture nécessaire à l’alimentation de la population mondiale qui dépassera les neuf milliards, mais la surconsommation, la dégradation des ressources et l’impact du changement climatique réduiront la disponibilité en eau dans de nombreuses régions, en particulier dans les pays en développement, mettent en garde dans un document diffusé aujourd’hui la FAO et le Conseil mondial de l’eau (CME) ».

La rengaine est la même : « Le Forum mondial de l’eau (12-17 avril 2015) est le plus grand événement international visant à trouver des solutions communes aux nombreux défis qui se posent au niveau mondial en ce qui a trait à l’eau.

Dakar 2022 : « En mars 2022, des participants de tous horizons, notamment des décideurs politiques et économiques, des institutions multilatérales, des universitaires, la société civile et le secteur privé, se réuniront à Dakar, au Sénégal, pour le 9ème Forum mondial de l’eau.

S’appuyant sur les précédents Forums mondiaux de l’eau, le 9ème Forum cherchera, à travers un cadre innovant, à identifier, promouvoir et mettre en œuvre des réponses et des actions concrètes pour l’eau et l’assainissement de manière intégrée.

Ce sera la première fois que le Forum mondial de l’eau, le plus grand événement international lié à l’eau, se tiendra en Afrique subsaharienne ».

Le phénomène de la rareté et de l’excès semble narguer les scientifiques et les grands décideurs : tous semblent pressés d’attendre, depuis 2007 avec le drame indonésien qui lie eau et environnement.

Des migrations intérieures importantes dues à un excès d’eau (effet de serre, inondations et submersion de terres basses) ou à un déficit d’eau (sécheresse) dus principalement aux cours d’eau, à titre subsidiaire, après la pluie, ces excès et déficits donc vont réduire de plus en plus l’habitat humain et les terres cultivables et sont déjà source de conflit entre populations de l’intérieur ou riveraines. On les prévoyait pour le siècle prochain et elles se produisent plus vite qu’attendu. À cause de la folie des hommes. Qui cherchent des solutions, entre Nairobi et Paris, en dehors des tentatives individuelles çà et là, comme au Sénégal, pays sahélien frappé par 50 ans de sécheresse contre laquelle le gouvernement entend lutter…avec l’aide de la nature.

Soixante-dix millions de personnes vivant sur le littoral risquent de vivre sous peu un tsunami permanent qui les obligera à migrer vers les terres hautes, leurs lieux d’habitation étant inondés. De même, il est loisible d’imaginer la réduction de l’habitat des Esquimaux et autres Inuits du Grand Nord canadien, la submersion des puits de pétrole de l’Alaska et des barges et plates-formes pétrolières de la Mer du Nord et du Golfe du Mexique. Ailleurs s’effondreront les falaises calcaires de l’Irlande, ennemie de la fière Albion et de Sa Gracieuse Majesté la reine d’Angleterre, d’Ecosse et ? (car il faudra redéfinir la géographie et la carte du monde).

Plus proche de nous, ceux qui connaissent l’île de Gorée peuvent s’imaginer un dîner aux chandelles au Boufflers en…gondoles, de même qu’une visite de la Maison des Esclaves en barques, ce qui rappellerait la Venise complètement disparue sous les eaux qui en auront assuré la légende.

Le syndrome de la sécheresse, à l’origine de l’érection de toute une ville sur des terrains théoriquement non edificandis puisque marécageux, est un pied de nez à toutes ces sommités réunies pour redéfinir la folie de l’homme qui court à sa perte (volontairement) en accélérant la dégradation de l’environnement. Toutes les occasions de rencontres sont bonnes (sommet France-Afrique de Cannes 14-16 février 2007) pour claironner sur une nouvelle ébauche de solution face au phénomène qui, apparemment, devient soudain le souci premier des rencontres internationales.

Le Sénégal de Macky Sall, intégré pour la troisième fois au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, a donc compris comment l’eau, partant des fleuves et étant à la fois source de richesse et de déboires, détermine crise et/ou intégration selon les circonstances. Afin de marquer sa présence dans ce cercle restreint, Dakar a déployé une diplomatie hardie reposant sur le triptyque « Eau-Paix-Sécurité ».

La nature semble voler à son secours de dévoilant des sources d’eau jusqu’ici inconnues, dans des zones pourtant dépourvues du liquide précieux.

Mais il y a double défi reposant sur l’eau et qui, selon les deux bouts de la lorgnette, redéfinira les rapports entre les hommes puisque les surfaces habitables en seront passablement affectées et modifiées. L’espace humain rétrécira comme peau de chagrin et le Programme des Nations-unies pour le Développement (Pnud) pourrait revoir ses critères de réalisation de la carte du monde en fonction du développement réel, parce que toutes les parties du monde seront affectées par l’abondance ou la rareté de l’eau à la surface du globe terrestre. Or, tout le monde sait que la sociologie est fille de la géographie et que la promiscuité détermine en gros les relations entre les hommes.

L’absence d’eau entraînera en effet des migrations humaines importantes des zones arides et désertifiées vers des zones plus humides, reposant encore une fois le double phénomène de la migration liée à la pauvreté et de la cohabitation. Cette raréfaction de la surface habitable aura une double origine liée à l’eau : son absence et, paradoxalement, sa surabondance ; absence et surabondance auront par ailleurs les mêmes origines et causes : l’intervention de l’homme sur la nature.

En 1974 déjà, avec la sécheresse qui sévissait dans une importante partie de l’Afrique de l’Ouest, le Club des Amis du Sahel avait préconisé quelques solutions qui auraient peut-être permis la revitalisation de quelques parties fossilisées du continent délivrées de la présence humaine. Par exemple, les éminents membres de ce club avaient préconisé l’abandon des terres du Ferlo sénégalais, ce que Senghor avait refusé à l’époque. Etait-ce déjà, là, un signe prémonitoire ? Elle aurait peut-être pu aider à maîtriser le péril au sodium qui transforme aujourd’hui le Sérère du Sine en gros concurrent des exploitants du sel du Gandiolais ou du Lac Rose.

La Conférence internationale sur la Nature tenue à Nairobi, au Kenya, durant la première quinzaine de novembre, et le rapport du Programme des Nations-Unies sur le Développement du 09 novembre 2006 renseignent d’une part que le réchauffement de la terre est à l’origine de la fonte des neiges éternelles qui vont submerger une partie non négligeable des basses terres, forçant certaines populations à se concentrer sur une surface réduite, d’une part, de l’autre qu’un habitant de la terre sur 6 n’a pas accès à l’eau potable et ne dispose même pas des cinq litres, seuil limite, pour boire, manger et se laver, et que, conséquemment, ces populations devront migrer pour rechercher le précieux liquide.

L’eau constitue en effet une contrainte majeure au développement durable et une ressource hautement stratégique avec des enjeux politiques importants, qui viendront s’ajouter à des défis sociaux, économiques et écologiques.

Par exemple, au Sénégal, en dépit des imprécisions dans les données disponibles, on reconnaît volontiers que la réserve d’eau moyenne par tête est largement excédentaire par rapport au minimum vital, qui est d’environ 1.000m3 par personne et par an ; par contre, en ne considérant que les ressources naturelles, la réserve nationale en eau douce avoisine déjà la limite de 2.000m3 par personne et par an, qui est le début de l’état de stress hydrique.

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ORIENTATIONS BIBLIOGRAPHIQUES

  1. Abdoulaye Sène, exposé à l’atelier sur “L’eau, enjeu du 3ème millénaire”, Dakar, 08 juillet 2000.
  2. Pathé Mbodje : La Mission d’études et d’Aménagement des Vallées fossiles et la crise sénégalo-mauritanienne : mémorandum sur le Programme de Revitalisation des vallées fossiles”, juin 2000
  3. Abdoulaye Sène : “Le défi de l’eau”, inédit, mai 1999.
  4. Document de Haute stratégie : “L’impact géo-économique de la revitalisation des vallées fossiles”, 27 août 1996.
  5. Dov Sitton : “Mise en valeur des ressources en eau en Israël” 1998.
  6. Dov Sitton : “Advanced Agriculture as a tool against Desertification”, juin 1997
  7. Doudou Camara (décédé) : Casamance : le péril au sodium, inédit, 1997.
  8. Différents sites internet.
  9. Entretien avec Me Abdoulaye Wade, 12 avril 2006.
  10. PNUD : Rapport sur le développement, 09 novembre 2006.
  11. République du Sénégal. Ministère de l’Hydraulique. Nos entretiens, 6 au 13 février 2007

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