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Macky Sall-Emmanuel Macron Droites parallèles

Le premier rendez-vous de sortie de crise (2, 3 et 4 juillet 2021) d’Aix-en-Provence est sans doute le dernier acte officiel entre Macky Sall et Emmanuel Macron : ce sera un simple départ, au moment où le monde se reconfine face au variant dévastateur Delta. « Saisir l’avenir, ensemble », thème de la rencontre de trois jours, n’a donc pas plus de sens que « les économies africaines à la recherche d’un rebond post-Covid », objet de leur dernière rencontre du mois de mai dernier. Singuliers destins de deux parallèles qui se touchent assez souvent mais sans convergence avec leurs opinions publiques intérieures. Et qui risquent de ne pas se retrouver à partir de 2022.


Le hold-up parfait réussi par Macky Sall du Sénégal et Emmanuel Macron de France ne semble pas s’inscrire dans la durée ; le bon départ de 2012 pour Macky Sall et celui 2017 en France a pris un mauvais tournant, malgré le redoublement de l’un « réélu » en 2019 au parrainage, nonobstant la perche des événements de mars 2021 quand le président sénégalais se relève très vite d’une grave crise qui aurait pu signifier le clap de faim et tombe dans un gauche populisme auprès de la jeunesse principalement, sous le couvert de tournées économiques entamées dès le 29 mai.

En France, les régionales de juin ont été une véritable « déculottée » et une gifle retentissante qui enterrent toute perspective pour Emmanuel Macron malgré, là aussi, les scandales de départ vite oubliés comme l’affaire Benalla, les Gilets jaunes, mouvement « Tampi » à la française et les affirmations maladroites de ses amis tout aussi guillerets que surpris par la victoire : « On a dévalisé la banque ! ». Corine Lhaïk épouse la même expression trois ans plus tard (Président cambrioleur, Fayard, 2020).

Le ramollissement cérébral de Nonna Mayer (1) qui avait conduit au début des années 2000 à des majorités composites semble céder le pas à la recherche d’une nouvelle morale politique ; la mauvaise gestion du temps et de l’espace avec les affaires Karim Meïssa Wade, Khalifa Ababacar Sall, mais surtout la récidive mal inspirée avec Ousmane Sonko, à une période de perte de vitesse du pouvoir, aurait dû amener les officines du palais à mieux apprécier le contexte sénégalais déjà vicié par le recul des acquis démocratiques depuis 2012.

Les Régionales du 27 juin en France ont été néfastes pour la formation du président Macron, « La République en marche », laminée de bout en bout, de même que pour le parti de Marine Le Pen. L’hypothèse de l’hypocrisie avancée pour Macron et qui transparaissait déjà chez Lhaïk (« Lui, son plus grand défaut est qu’il se croit plus intelligent que tous les Français » retient par exemple notre correspondant à Paris) vaut aussi pour ceux qui n’ont pour programme que l’appel à la haine de l’autre, dans une société qui s’est finalement rendue compte de l’importance de tous ; au moins, la pandémie de la Covid-19 a réveillé un besoin de solidarité à nul autre pareil que l’électeur français a exprimé dans les urnes, même si c’est au regret de sanctionner en s’abstenant.

Emmanuel Macro semble donc avoir été une surprise comme Macky Sall l’a été en 2012 au sein d’une société fatiguée par la versatilité des majors politiques : Moustapha Niass et Ousmane Tanor Dieng ont joué post-Assises avec le sentiment des populations pour finalement accepter une division prévue avec leur Benno Ak ; Idrissa Seck est connu pour celui qui prend la ruse pour l’intelligence et qui est souvent qualifié de « tortueux », au Sénégal ; à force de réfléchir, il s’est fait quelques nœuds dans les circonvolutions neuronales, ce à quoi fait référence la presse sans oser aller jusqu’au bout, notamment avec son absence à Thiès durant la visite du président Macky sall en fin juin.

Le retrait de François Hollande et les querelles de clochers qui s’en sont suivies dans la classe politique a heurté l’électeur qui a préféré essayer du nouveau avec Macron ; malheureusement, Macky et Macron ont déçu dès le départ : « On a dévalisé la banque » et l’affaire Benalla, en France, et la patrimonialisation du pouvoir par Macky Sall après sa malheureuse déclaration de patrimoine : les populations ont eu l’impression d’avoir été bernées dans leur choix. Et le syndrome Morsi en Egypte s’est aussitôt vérifié : élu vendredi, contesté le dimanche.
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1-(sous la direction de) : Le nouveau désordre électoral français : 1995-2002 et 2010
1-2 : Le nouveau désordre électoral
Les leçons du 21 avril 2002, avec Bruno Cautrès
Presses de Sciences Po, 2004

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