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Sonko : Urgences…ailleurs !

Ousmane Sonko, après le Grand théâtre

Retour de bâton

Comme à chaque fois qu’il est mal pris, Ousmane Sonko fait dans l’ambiguïté : avec les députés comme avec les marchands ambulants, le Premier ministre a parlé entre les lignes. Le jeu lasse une fois au pouvoir quand on se croit toujours en droit de se justifier. Juste retour de bâton.

L’accueil des marchands ambulants à Colobane, le 30 juin, a dû flatter l’ego de Ousmane Sonko qui avait perdu son bras de fer avec l’Assemblée la veille et suscité quelques nouvelles inquiétudes, sérieuses cette fois-ci, quant à une crise institutionnelle : il fallait rebondir au plus vite, d’autant que la bronca suscitée par le pouvoir avec les infortunés alliés d’hier ajoutait à la morosité ambiante. Le message était dans la communication informelle avec le chapeau, qui malheureusement divise plus qu’il ne rassemble autour d’un projet de vie, autour d’un commun vouloir de vie commune.

Renforcées par la précarité avec un soutien massif des sans emplois, tabliers et marchands ambulants qui les ont accompagnées au pouvoir, les nouvelles autorités ont tôt fait d’entamer des épreuves de force ressemblant à une dictature assise, debout ou rampante envers la main qui a aidé hier : l’accueil et la motion de censure contre le Premier ministre Amadou Bâ, en 2022, se sont déroulés dans les mêmes conditions que celles qui devaient être ceux de Ousmane Sonko nouveau Premier ministre ; les avocats du diable éclipsés par la victoire à la Présidentielle du 24 mars ont repris service avec des arguties qui font rougir Me Floriot et tout serviteur sérieux du Droit positif ; le désencombrement humain sollicité par la circulaire numéro 3317 du 07 mai du ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique relative au débordement des marchés a été perçue par sa rudesse et son ampleur comme une trahison quand les ambulants ont l’impression d’avoir été utilisés puis jetés. 
Ce qu’il ne fallait pas faire, surtout quand on est coincé par la réalité du pouvoir, l’art, l’imaginaire, l’idéal-type à la Weber, et la critique : les déguerpissements ont été ordonnés par le Mint, les premiers à suivre sont les mairies Pastef (Keur Massar, Parcelles assainies), la bronca est là quand les premières mesures ne rassurent pas et l’épée de Damoclès plane à l’assemblée et le pouvoir le sait : le fragile équilibre se rompt et le fossé se creuse chaque jour davantage. Cela fait un peu beaucoup.

En face, ils connaissent la force de cette importante frange de la population qui a fumé du gaz lacrymogène et joué au chat et à la souris avec les forces de l’ordre depuis la crise née en 2021. Pourtant, ils ont été élus grâce surtout au vote des ambulants et aux jeunes qui sont dans la précarité. Alors les situations et positions ayant changé…bonjour les dégâts ; retour de bâton“, constate un éminent observateur de la scène publique.
Sur le plan institutionnel, l‘appel à contributions du directeur de cabinet aux ministres et secrétaires d’Etat confirme le Premier ministre quand il affirme être prêt pour faire sa déclaration générale ; cependant, si, en adressant une correspondance aux ministres et secrétaires d’État le 16 mai 2024 pour leur demander leur contribution dans les formes et délais indiqués à cet effet, le Pm a invoqué l’Article 55 de la Constitution, le ci-devant Ousmane Sonko retombait dans ses bravades d’alors en affirmant, entre autres, “qu’en cas de carence de l’Assemblée nationale d’ici le 15 juillet 2024″, il pourrait la faire devant « une assemblée constituée du peuple sénégalais souverain, de partenaires du Sénégal et d’un jury composé d’universitaires, d’intellectuels et d’acteurs citoyens apolitiques, pour un débat libre et ouvert et, à coup sûr, de qualité supérieure“. Malheureusement, Amadou Bâ 2022 ne permet pas d’accorder du sérieux à ceux qui invoquent à leur avantage le nouveau règlement intérieur de l’Assemblée sans aller en 2022 au même niveau d’indignation  et de refus qu’en 2024.

La réaction de l’assemblée, le 29 juin, renvoyant le débat d’orientation budgétaire aux calendes grecques, est la réponse du berger à la bergère face à l’infantilisme du Premier ministre. La veille, par voie épistolaire, Ousmane Sonko s’était livré à son jeu favori, le mélange des genres : bénéficiaires hier d’une motion de censure contre Amadou Bâ, Pastef et son président n’ont pas voulu nager deux fois dans la même eau du fleuve en refusant le même débat de la déclaration de politique générale dans les mêmes conditions qu’en 2022.
Certes, comme tout bon hâbleur, Ousmane Sonko avait laissé la porte ouverte en modulant son argutie ; les parlementaires de Benno Bokk Yakaar lui ont donné un avant-goût de la chaleur de l’accueil qu’ils vont réserver au Premier ministre.

 

Pathé MBODJE