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Union africaine : Macky Sall à Gauche toute

Macky Sall à l’Union africaine

Gauche

D’avoir su interpréter le sens du vent social africain et de suivre la direction des différentes marches à travers le continent a fait le succès du mandat de Macky Sall à la tête de l’Union africaine : des positions nettes et tranchées ont renforcé à la fois la diplomatie sénégalaise et donné de la vivacité à la présidence tournante de l’organisation continentale parce qu’elles rencontraient le sentiment général des populations africaines en lutte pour leur survie. Aux théories lénifiantes du début de mandat politique sénégalais de confusions sur les temps et lieux comme avec le championnat d’Afrique du 6 février gagné sur …l’Algérie, d’une autosuffisance alimentaire et d’un mix-énergétique rapidement démenties par le dénuement de populations de plus en plus paupérisées, succède depuis près d’un an des positions plus vraies parce que plus culturelles sur la dignité africaine, juste à l’entame d’une présidence sénégalaise à la tête de l’Union africaine.

Une diplomatie dite de souveraineté donne droit à la même dignité aux peuples et aux Etats ; elle a diversifié depuis plus de vingt ans les partenaires du Sénégal, magnifiant les intérêts plus que les idéologies, ajoutant un rôle stabilisateur avec des partenaires variés jadis confinés dans l’isolement au nom des droits de la personne humaine. Elle a suscité la furie de ceux adeptes du statu quo ante et de la chasse gardée. Le bouclier sud a sauté grâce à l’apport inestimable de Cuba de Castro, de la corne de l’Afrique à l’Angola, et Mandela a loué le concours inestimable de la Libye de Khadaffi “in the darkest hours of apartheid”.

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« Les Lions ont montré qu’ils sont les champions de l’Afrique. Cette deuxième victoire face à l’Algérie qui n’est pas n’importe quelle équipe montre que nous avons un grand football. Un football de haut niveau, comme aimait à dire Mawade Wade ».
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Le ton est donné les 17 et 18 février à Bruxelles avec le 6ème sommet entre l’Union européenne et l’Union africaine : l’expression « d’égal à égal » est une nouvelle sonorité. Non point tant parce que l’Afrique regardait désormais les autres en relevant le front que parce que l’attitude était la seule attendue, après trois ans de solitude face à un monde barricadé.
Depuis, l’insistance pour une Afrique plus présente dans les grandes instances de décision ramène le politique vers le tiers-État qui se retrouve dans le discours du sommet, et vice-versa.

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« Le Sénégal s’est abstenu lors du vote de l’Assemblée générale des Nations-Unies du 2 mars, condamnant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais lors de la visite de Vladimir Poutine à Moscou début juin, le président sénégalais Macky Sall a appelé à la fin de la guerre. Comment comprendre la position du Sénégal vis-à-vis du conflit ?

Le directeur de la recherche et des publications à Wathi affirme que cela pourrait être un signe de la renaissance de l’Afrique de sa position historique de non-alignement avec l’Occident ».

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Tout est bien résumé dans le magistral discours aux Nations-Unies en septembre dernier dans une attaque (lead) concise, documentée délivrée juste après l’intervention du président américain, c’est-à-dire avant le début de la foire d’empoigne que constituent généralement les assises de septembre de l’Organisation des Nations-Unies.
Cela s’est maintenu avec une prudence frisant le Non-alignement au lendemain de l’invasion de l’Ukraine quand Dakar cherchant ses marques n’a pas voulu servir de mouton de Panurge au continent en s’abstenant de condamner l’Anschluss du 24 février, tout en condamnant par la suite la Russie pour violation des droits de l’homme : la faim dans le monde renforcée par la crise ukrainienne a donné naissance à une nouvelle prise de conscience avec la résilience imposée depuis 2019 par la pandémie de la Covid-19. Dumas-père est passé par là pour le D’Artagnan des temps nouveaux : le besoin rend industrieux. Et ils sont tous devenus Gauche. À gauche, grâce à la résilience, à moyen terme, entre 2020 et 2023. Mais aussi grâce à un Vent d’Est africain signe précurseur d’une densité morale des populations africaines en butte au sous-développement : une mini révolution culturelle perçue comme mouvement anti-Occident cherche une nouvelle dignité pour l’homme dominé.

C’est par les droits de la personne que le Sénégal a soudain viré à gauche dans son mandat continental : d’abord avec l’invasion de l’Ukraine puis avec le dossier Ouïgour du 6 octobre.
L’environnement international semble avoir renforcé une densité morale favorable à une nouvelle redéfinition des lois réagissant les relations internationales ; elles étaient déjà mises à mal après les attentats du 11 septembre quand la seule valeur sonne « blanche », comme aurait dit Cheikh Anta Diop.

Abdou Diouf dans la même situation s’est égosillé partout pour un plan Marshall pour l’Afrique et une Aide publique au Développement (Apd) équivalent à 0,7% du Pib, pour se contenter quand même d’une grande victoire sur l’Apartheid sud-africain avec la libération de Nelson Mandela.
Sans être un grand tribun, emprunté dans des théories qui visiblement semblaient peu en conformité avec ses convictions, ayant évolué plus à la périphérie qu’au centre de la seule formation de Gauche qu’on lui connaisse, And jef des années 90, Macky Sall à la tête de l’Union africaine a joué les Ovide pour entamer une mue de grandeur qui devrait l’accompagner jusqu’au terme de sa présidence sénégalaise, en 2024.

P. MBODJE

 

Diplomatie de souveraineté

Nous sommes un des rares pays à mettre sur la même table Corée du Nord-Corée du Sud, Israël-Palestine, États-Unis et Chine. Et chacun de nos partenaires nous respecte parce que ce que nous disons sur la table c’est ce que nous disons en dessous de la table ; notre diplomatie est assumée, elle est claire : bien sûr, la préservation de nos intérêts, bien sûr la diplomatie de proximité, la diplomatie ouverte sur tout le monde, avec tous les partenaires qui respectent le Sénégal et que nous respectons.

Voilà notre ligne de conduite et voilà la ligne directrice que le président Macky Sall impulse à la politique extérieure du Sénégal », explique ce 29 novembre 2021 Me Aïssata Tall Sall au cours d’un échange par tweets.