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Ukraine An I : Leningrad & Sarajevo

Encore un an, 4 mois et 19 jours et les Ukrainiens auront battu les Russes sur leur propre terrain : la résistance ; le siège de Leningrad a duré du 4 septembre 1941 au 27 janvier 1944, comparativement à l’invasion de l’Ukraine qui vient juste de souffler sa première bougie.

Ridicule ?

Les Russes ont tenu 900 jours devant les Allemands ; les Ukrainiens ont démontré qu’ils sont prêts à en faire autant et même à battre celui de Sarajevo au début des années 1990 (1.425 jours).

Poussées dans l’enfer russe par les Etats-Unis via l’Europe (Otan), les autorités ukrainiennes devaient comprendre que, dans les domaines militaire et économique,  ce pays a perdu la guerre. En effet,  il lui sera difficile de se remettre de la signée démographique, des destructions des infrastructures et des unités industrielles dont certaines  assuraient des productions de hautes technologies dans le domaine aéronautique et astronautique ; les productions de substitution prendront le relais dans les Etats à faibles revenus convaincus d’une dépendance excessive aux produits céréaliers, miniers, pétroliers et gaziers ukrainiens.

Kiev n’est pas tombée mais a lourdement trébuché. Toute l’histoire de la crise des Sudètes avec le couloir de Dantzig à l’Anschluss est racontée avec la crise ukrainienne. Eternel recommencement, douloureuse pastiche.

La guerre en Ukraine

 

Kiev n’est pas tombée

 

mais mettra du temps

à se relever

Il y’a un an avait commencé la guerre en Ukraine ou l’opération militaire spéciale, selon la terminologie du Kremlin.

L’intervention russe en Ukraine, ancienne République de l’URSS, a été une surprise pour les non-initiés, mais était prévisible pour ceux qui s’intéressent à la géopolitique.

En effet, il faut se rappeler une constante dans la stratégie  politique des États-Unis : la suprématie américaine, dans presque tous les domaines, doit être maintenue. Dès qu’elle est menacée, la riposte est immédiate et déterminée, même si ceci se fait au détriment de ses alliés les plus proches comme les Européens.

La guerre en Ukraine présente de très graves risques d’une confrontation majeure.

Malgré les aides à l’Ukraine dans les domaines militaire et économique,  ce pays a perdu la guerre. En effet,  il lui sera difficile de se remettre de la saignée démographique, des destructions des infrastructures et des unités industrielles dont certaines  assuraient des productions de hautes technologies dans le domaine aéronautique et astronautiques. Rappelons que certains drones turques sont équipés de turboréacteurs ukrainiens.

Il ne faudrait pas non plus oublier que l’Ukraine est un acteur  majeur de la production agricole mondiale.

La situation de guerre risque d’entraver cette activité, importante pour la sécurité alimentaire de nombre pays, notamment ceux dépendants des productions ukrainiennes et russes.

La guerre en Ukraine est une catastrophe pour ce pays, l’Europe et même le monde.

Il serait long et peut-être pas très utile de rappeler dans les détails les manœuvres et manipulations qui ont amené cette crise  et fait rater diverses occasions d’en sortir.

On se souvient des manifestations de la place Maïden en 2014 qui ont conduit à un coup d’État, bien réel, lequel a placé, à la tête du pays une équipe soupçonnée de nazisme, hostile à la Russie et aux russophones,  notamment du Dombass ; ces derniers ont d’ailleurs payé  un lourd tribut  lors de bombardements délibérés  de leur propre armée. Outre ces attaques, ces Russophones ont été objets de persécutions et de discriminations.

Voilà une des raisons qui ont poussé la Russie à intervenir chez son voisin.

L’autre raison, essentielle à l’analyse, ce sont les actes et déclarations des autorités installées par les Occidentaux qui laissaient entrevoir une adhésion future voire à court terme de l’Ukraine au Traité de l’Atlantique nord (OTAN).

Pourtant, à l’instar des USA eux-mêmes lors de la crise des missiles à Cuba en 1962, la Russie avait clairement indiqué qu’elle ne pouvait accepter l’installation d’armes nucléaires avec leurs vecteurs  dans les pays qui lui sont frontaliers et issus de l’ex-URSS.

Des propositions de traités ou accords ont été faites par le président russe pour que toutes les parties puissent avoir confiance par rapport à leur sécurité ; les Occidentaux les ont ignorées.

Les accords de Minsk 1 et  2 se sont révélés n’être que des pièges dont l’objectif était de permettre à l’Ukraine de se préparer militairement ; Mme Merkel l’aurait affirmé, pour pouvoir faire face à la Russie lorsqu’elle voudrait intervenir pour protéger les populations russophones victimes des armées de leur propre pays.

Par ailleurs, sur le plan militaire, l’URSS et par la suite la Russie étaient en mesure de faire pièce à l’hyperpuissance américaine.

Sur les plans industriel, scientifique et économique,  la Chine devenait de plus en plus un sérieux rival.

Cette situation était inacceptable pour les stratèges américains. L’équilibre de la terreur, qui a garanti pendant des décennies la paix entre les deux superpuissances militaires, a été remis en question avec le développement de systèmes de défense à même d’intercepter les vecteurs de charges nucléaires.

Le travail souterrain des services secrets occidentaux, avec l’entretien et l’encouragement de la dissidence et aussi le conservatisme doctrinaire de la gérontocratie qui a dirigé l’URSS dans les années soixante-dix et quatre-vingts a neutralisé, pour une durée, la seule puissance militaire crédible qui pouvait faire face à l’OTAN, donc aux USA.

Le président russe de l’époque, très apprécié des Occidentaux, laissait aller à vau l’eau l’économie et système de défense de son pays.

Avec l’accès au pouvoir de l’actuel président, la Russie a repris du poil de la bête, aux plans économique et militaire, et s’est retrouvée face aux Occidentaux dans certains théâtres d’opérations, notamment en Syrie.

À la fin de la guerre froide, le rêve du général de Gaulle d’une Europe allant de l’Atlantique à l’Oural était en voie de concrétisation lorsque, inquiets du développement des échanges entre les pays européens et la Russie, les USA décidèrent de mettre un terme à cette dynamique qui les préoccupait au plus haut point.

Il faut dire que les perspectives laissaient entrevoir une conjugaison de facteurs propres à  faire émerger, à moyen terme, un nouveau pôle d’un poids considérable dans les domaines économique, scientifique et  technologique pouvant se traduire par une suprématie militaire tout à fait inacceptable pour la puissance dominante que sont les États-Unis d’Amérique.

Par ailleurs, ce processus pouvait aussi conduire à une remise en cause de la fonction du dollar comme monnaie de réserve, un avantage auquel tiennent particulièrement les USA.

Certains membres de la classe politique européenne considéraient que la dépendance énergétique vis-à-vis d’un potentiel adversaire présentait deux inconvénients majeurs : le risque de subir des représailles en cas de tension dans leurs relations avec la Russie d’une part, et son enrichissement considérable grâce au commerce des hydrocarbures, d’autre part.

Cette guerre ou opération spéciale est une confrontation militaire indirecte entre l’OTAN  (les USA) et la Russie marquée d’une certaine originalité. Elle rappelle la seconde guerre mondiale avant que les États Unis ne s’y engagent militairement.

En effet, si, face aux assauts des armées hitlériennes sur le Royaume-Uni qui a chancelé sans s’effondrer, la fière Albion le doit aux  discours galvaniseurs d’un Winston Churchill et au soutien des États-Unis,  lesquels avaient apporté un soutien matériel déterminant aux Britanniques.

L’Allemagne avait alors déployé une flotte de U-boats pour entraver l’acheminement  équipements militaires et nourritures  en infligeant des pertes considérables aux convois des liberty ships. Qu’adviendrait-il si la Russie adoptait la même stratégie et la même pratique ?

Il faut évoquer les relations sino-américaines qui aussi pourraient évoluer vers une quasi belligérance, le prétexte pouvant être une manipulation du différend entre la Chine et Taïwan considéré comme un territoire national rebelle.

Cependant, la vraie raison serait  toujours la préservation de la suprématie américaine dans le monde. On se souvient du rejet de la 5G et les sanctions contre le géant chinois des télécommunications  Huawei.

L’opposition à l’achat d’infrastructures comme les ports et aéroports européens  par la Chine, la propagande effrénée contre le projet d’infrastructures chinois appelé  les nouvelles routes de la soie, les mesures protectionnistes contre diverses productions chinoises, les restrictions quant à l’accès aux circuits électroniques de haute performance, etc…. sont à situer dans la mise en œuvre de cette stratégie de la conservation de la suprématie quasi-globale des États-Unis.

Rappelons que celle-ci a été acquise durant  la seconde guerre mondiale lors de laquelle, à l’exception de l’épisode Pearl Harbor, ce pays n’a pas eu de destructions sur  son territoire,  contrairement aux Européens qui en sont sortis ruinés, dépeuplés et mis sous tutelle, laquelle continue encore et explique leur suivisme  dans cette crise ukrainienne.

Pourtant les leçons de l’Histoire devraient être retenues.

Le président français qui, il n’y a guère, déclarait l’OTAN en état de mort cérébrale et le chancelier allemand avaient montré quelques réticences à rompre leurs relations avec la Russie eu égard aux enjeux économiques qui étaient en cause.

Cette résistance n’a pas duré et ces responsables sont allés à  Canossa.

L’Europe est orpheline d’hommes de la trempe de Charles De Gaulle et de Winston Churchill. Sur le plan d la densité morale, éditoriale, il est utile d’avancer une idée sur le rôle de la presse. 
Autrefois, dans des situations semblables au contexte de la guerre en Ukraine, il y’avait de grands intellectuels tels que Émile Zola, Jean Jaurès, Hubert Beuve Mery, Jean Paul Sartre, Jean d’Ormesson et bien d’autres qui, en sentinelle des valeurs humaines, s’exprimaient pour réveiller les consciences. Dans ce cadre, ils se sont souvent opposés aux orientations et décisions des États lorsque celles-ci étaient contraires aux valeurs humanistes ou allaient plonger les peuples dans d’insondables malheurs.
L’absence, aujourd’hui, de telles voix est peut-être le reflet du contrôle des journaux, qui furent de référence et autres médias, par de puissants hommes d’affaires venus soutenir ces organes de presse comme la corde soutient le pendu.
Ces intellectuels se seraient certainement opposés à l’engagement de l’Europe auprès des États-Unis dans son projet d’affaiblissement de la Russie, laquelle était ouverte à une coopération mutuellement bénéfique avec ses voisins notamment de l’UE.

Terminons en signalant qu‘abriter des bases de grandes puissances militaires aujourd’hui avec cette tension qui peut dégénérer en un conflit majeur est risqué. Il est peut-être prudent de s’assurer qu’aucune arme nucléaire n’est stockée chez-soi. À défaut un tel pays pourrait devenir une cible légitime lors de frappes atomiques.

Ababacar Sadikhe DIAGNE

Ancien élève des classes préparatoires aux grandes écoles,

Ingénieur diplômé de l’Ecole nationale de l’Aviation civile (ENAC), Toulouse, France,

et du Massachusetts Institute of Technology (MIT), Cambridge, USA.