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Tournées économiques: Focus sur Ranérou Ferlo – Tampi, maayi Dossier réalisé par Habib KA, Bureau régional de Matam, Thilogne

Si Fouta est fatigué, Ranérou Ferlo, lui, se meurt de fatigue, serait-on tenté de dire, tant la situation dans ce coin peu connu du public est des plus alarmantes.

Ranérou est un département qui s’étend du sud-est au sud-ouest de la région de Matam et qui fait limite à l’extrême est avec la région de Kaffrine (Vélingara Ferlo), la région de Louga au centre et à l’extrême ouest la région de Saint-Louis (Louguéré Thiolly), sur une superficie de plus de 15.708 km².

Ranérou Ferlo fait 30 fois la Gambie, 3 fois la région de Diourbel, est plus grand que les régions de Dakar, Thiès, Ziguinchor et Fatick réunies, avec cependant une très faible densité de population, soit 2 à 4 habitants au km², qui impacte négativement sur la viabilité de ses collectivités territoriales.

Comme celles décriées à Keur Massar, Malika, Bambilor, Sangalkam, les incohérences territoriales sont plus criantes de vérité dans le Ferlo où la gestion administrative du périmètre territorial pose de sérieuses difficultés.

Un exemple : Salalatou et Thionokh sont à plus de 100 km de Houdalaye et Vélingara, chefs-lieux de leurs communes respectives, où il faut dépenser plus de 10.000 francs pour un extrait de naissance, distance comparable à celle de Dakar-Kébémer.

La solution, serait-ce de doubler les communes en faisant de Salalatou, Thionokh, Fourdou Mbayela et Mbem-Mbem de nouvelles collectivités territoriales pour couvrir administrativement le territoire, même si celles-ci ne garantissent présentement aucune viabilité ?

Excepté l’axe de la Route nationale 3 Linguère-Ourossogui, qui ouvre Ranérou sur le reste du pays, tout le département compte seulement trois routes latéritiques complètement dégradées et quelques pistes sablonneuses faites de tracés de pneus de charrettes de chevaux ou d’ânes, sans repères, si bien que si l’on est étranger dans cette zone, même en voiture, à moins de disposer de Gps, on peut s’y perdre, facilement. En période hivernale, Ranérou Ferlo devient inaccessible, sous les eaux pendant trois mois au moins, les routes latéritiques et les pistes impraticables, tous les programmes reportés.

Érigé département en 2002 par le volontarisme débordant du président Abdoulaye Wade, malgré quelques infrastructures de base aménagées, la localité est restée dans sa ruralité comme si, d’elle-même, elle refusait le développement, la modernité.

Malgré les efforts renouvelés de l’Etat, Ranérou-Ferlo souffre des limites de son accès à l’eau potable.

De 14 forages, le régime de Macky Sall les a fait passer à 43 forages soit une croissance relative de 307 %, entre 2014 et maintenant.

Dans ce département, il n’y a que deux lycées, celui de Vélingara et de Ranérou fonctionnels depuis 2011, dans la gouvernance wadienne.

Des enquêtes ont prouvé qu’au primaire, le ratio genre penchait du côté des filles, mais qu’à partir du cycle secondaire, les tendances s’inversaient parce que, dans ces localités, les filles sont données en mariage avant l’âge de 15 ans. Et certains garçons prennent le bâton pour la pâture du bétail familial.

C’est ce qui explique, en partie, le taux de déperdition scolaire lié aussi au manque de moyens des parents et à l’éloignement des établissements publics.

Un système de santé défaillant. Le plateau sanitaire n’est guère reluisant : un centre et 15 postes de santé. L’impraticabilité des routes, l’éloignement des postes rendent très difficile la fréquentation de ces structures sanitaires par les populations. A cela s’ajoutent l’insuffisance du personnel, les modiques offres de services du plateau médical au sein du centre de santé de Ranérou. L’essentiel des services n’étant disponibles qu’au Centre hospitalier régional de Ourossogui (CHROS) situé à 84 km de Ranérou.

Le vol de bétail y était un phénomène récurrent ; depuis qu’une loi criminalisant ce genre de vol a été adoptée, les infractions ont sensiblement diminué.

Ranérou-Ferlo est célèbre de par ses “peulhs Pjassi”, nom assez évocateur qui est d’ailleurs collé à la réputation de son seul député et président du conseil départemental, Aliou Dembourou Sow qui avait fait une sortie malencontreuse, invitant ses pairs de sortir leurs sabres de leurs gaines pour barrer la route à ceux qui voudraient s’opposer à la 3ème candidature du président Macky Sall.

Ranérou-Ferlo est aussi réputé pour son parfum “Bul faale”, que de jeunes éleveurs, disciples de Bacchus, substituent aux boissons alcoolisées pour se soûler merveilleusement avec, surtout les jours de Louma, marché hebdomadaire.

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