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Thiam Moreno: L’Honorable de Montreuil P. MBODJE

Il y a eu d’illustres stylistes africains en France, et ceci de tous les temps ; il y a aussi de grands tailleurs, partout, particulièrement dans le XVIIIème. Avec Bocar Thiam Moreno, ils marquent la culture africaine sous toutes les coutures dans l’Hexagone.

On sent encore une pointe d’émotion quand Thiam Moreno évoque sa vie : petit immigré parti littéralement de rien, il est aujourd’hui un honorable correspondant de la culture africaine qu’il met littéralement en coupes réglées. Et avec des franchises de son logo « Soninkara Couture » dans cet ouest-africain où le vocable est parlé et compris, pour ne pas perdre ses racines et mettre littéralement la Diaspora au diapason dans une Europe qui d’africanise de plus en plus, malgré elle.

Thiam Moreno regrette l’absence de ceux qui l’ont accueilli en France il y a moins d’une quinzaine d’années : il a travaillé avec ses oncles Alassane Thiam et Samba Thiam, aujourd’hui « malheureusement décédés ».

S’il pleure sur le sort des deux oncles qui l’ont encadré et renforcé dans ses aptitudes techniques de base, il pense peut-être à son propre parcours.

Bocar Thiam est né à Fétè Niébé, dans la commune de Nabadji Civol, région de Matam. Il arrive en France en 2009. Pour tout bagage, une timide initiation à la couture.

LE DIMANCHE À BAMAKO

« Soninkara couture », son atelier du 45 avenue Pasteur, à Montreuil, est aujourd’hui un haut lieu de la mode et de la culture africaines ; auparavant, Thiam Moreno s’était installé au 48 rue de Romainville. Mais il y eut d’abord le XIXème, métro Télégramme, puis Épinay-sur-Seine en 2013 et Clichy sous bois un an plus tard.

Aujourd’hui, il est le représentant de la culture sénégalaise déclinée sous toutes les coutures.

En mettant en effet Paris à l’heure de Dakar, il aide moins ses compatriotes qu’il n’ouvre de perspectives à la mode ; mieux : il participe à ce retour aux sources qui caractérise aujourd’hui toutes les diasporas soudain prises d’un mal accentué du pays et qui le manifestent par la mise en valeur de la tenue africaine : le week-end en France, c’est une floraison de couleurs dans la communauté négro-africaine qui souffle en se mettant en vedette par un port qui ravit encore les Français émerveillés par ces tableaux vivants. C’est le dimanche à Bamako de Amadou et Mariam.

Moreno ? Ça n’est une tropicalisation de Dario pris comme modèle de coupe et de patron ; « Moreno signifie noir en espagnol ». La route vers Paris a été longue.

Et, de fil en aiguille : « Je fais aussi des moustiquaires ». Quel moustique l’a piqué ?

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