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Stratégie nationale de vaccination: Convaincre sans réserve P. MBODJE

La cacophonie au sommet du gouvernement entre intervenants professionnels et acteurs en mal de représentativité a faussé la portée de la méthodologique adoptée avec la stratégie nationale de vaccination qui doit se dérouler dans un mois. Le pouvoir a encore 30 jours pour convaincre, dans une période de troubles politiques qui rendent sa voix peu audible auprès des populations. Surtout si le Sénégal régresse dans la lutte contre le Coronavirus et fait face à une troisième vague en attendant les beaux jours de printemps.

Cela devient suspect tant que seuls les autres en parlent : quel est le plan de communication du principal concerné, le ministère de la Santé et des Affaires sociales (Msas), qui nécessiterait une cartographie d’intervenants crédibles, leaders d’opinion incontestés ? C’est Abdou Latif Coulibaly qui lance la campagne pour la vaccination ? C’est ce dimanche de la Saint-Sylvestre sur SenTv. C’est le meilleur moyen de renforcer la réserve des Sénégalais face au vaccin : le centralisme démocratique permet de veiller sur la thématique et son déroulement séquentiel : en l’espèce, chaque groupe et groupement du gouvernement a conçu et diffusé son message, plus en fonction des visées officielles et particulières propres à chaque ministère que pour renforcer le ministère de la Santé, seul maître d’œuvre en la circonstance, les autres devenant subsidiairement maîtres d’ouvrage délégués, avec la bénédiction de Abdoulaye Diouf Sarr. Dans les couloirs du ministère, on déplore que « personne ne nous appuie, bien au contraire ».

Face à la stratégie nationale de vaccination déposée en conseil des ministres le 13 janvier dernier, la rhétorique semble s’approcher plus du matraquage avec la multiplication des points d’information et n’a pas aidé à une bonne communication, au contraire : le matraquage systématique a produit un puissant effet de rejet, comme cela est souvent observé, et a renforcé la réserve de populations donnant peu de crédit au pouvoir, comme l’affaire Sonko l’a montré : le vrai, pour être défendable, doit être vraisemblable. En l’espèce, le vraisemblable est la parole d’un pouvoir plus soucieux de lui-même que des populations qui s’en sont détournées.

Ainsi, avant Latif, le directeur de la Prévention y allé de son bémol qui demande un plan de communication…assez visible pourtant depuis avril 2020 avec l’appui des grands responsables religieux et des artistes, toutes spécialisations confondues, … Si, en plus, du côté de la pharmacie nationale d’approvisionnement, on doute des possibilités de conservation du vaccin, le désarroi des récepteurs se comprend, surtout que l’on ne sait pas à quel vaccin se vouer, entre Astra-Zeneca, Moderna, Sputnik, SinoPharm,..

Si la recommandation du ministère semble aller vers Zeneca, les possibilités techniques locales incitent à pencher vers Moderna et la Chine fait de la diplomatie médicale avec des doses déjà acquises (200.000 pour 2.2 milliards Cfa), sans qu’on sache hors de tout doute s’il s’agit de don ou d’achat.

Il est pourtant aujourd’hui de préserver dans un premier temps la vie de quelque trois millions et demi de Sénégalais, 20 % de la population la plus faible et la plus exposée.

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