Sénégal : Lugubre son du glas
Sénégal : Bouleversements économiques et menaces sur la stabilité politique alors que l’Amérique manifeste un intérêt
Rhapsodie en sous-sol
A la situation économique précaire s’ajoutent ces tigres en papier politiques qui menacent l’équilibre social du Sénégal. Il faut d’autant craindre pour se pays que l’on remet tout en cause au moment où l’ogre américain se nourrit d’appétit pour le sous-sol sénégalais. Il faut craindre pour ce pays : dette cachée, contrats cachés, calendrier caché ajoutent à la hantise des populations.
Par Cheikh Tidiane DIACK

Les États-Unis font un clin d’œil au Sénégal. Est-ce pour apporter un soutien dans la perspective de redresser les finances au moment où le Premier ministre Ousmane Sonko refuse le plan de restructuration de la dette proposé par les institutions financières, condition sine qua non pour financer le plan de redressement ?
Les États n’ont pas d’amis, ils ont des intérêts. Si les États-Unis s’intéressent au Sénégal, c’est pour des raisons multiples : le Sénégal est un pays pétrolier et gazier qui attire ; la rupture des concessions minières et énergétiques annoncée le 12 mars dernier par le Premier ministre lors de sa conférence de presse n’est-elle pas motivée par l’appât de nouveaux partenaires dont les USA ? Il nous faut être prudent pour éviter ce qu’on appelle la malédiction du pétrole.
Au niveau des finances, les signaux sont au rouge et n’augurent pas de bonnes perspectives dans la prise en charge de la demande sociale. Certes, la politique d’austérité imposée par le régime actuel permet d’assainir les finances publiques mais présente un revers au niveau de certains secteurs (santé, éducation, transport) qui se préparent à une riposte qui risque de paralyser le fonctionnement du pays.
Au moment où on prépare la campagne de validation de la candidature du président Macky Sall à l’ONU, on secoue les leviers de mal-gouvernance de son régime pour montrer à la face du monde quel le Sénégal désapprouve cette candidature, alors que des comités de soutien poussent comme des champignons.
Le Sénégal est au centre des débats. Ce pays, petit par la superficie et la démographie mais grand par sa position géographique stratégique, plaque tournante de l’Afrique, vitrine de la démocratie, a toujours joué les premiers rôles dans la stabilisation politique du continent ; n’est-il pas en train de sombrer financièrement au regard de la balance budgétaire avec des recettes évaluées à plus de 6.000 milliards et des dépenses de fonctionnement à plus de 7.000 milliards ?
L’OCDE vient d’afficher le tableau des pays bénéficiaires de l’aide ; le Sénégal n’en fait pas partie, la France réclame le paiement d’une dette évaluée à 20 milliards. Aucun investissement n’est prévu dans le budget alors qu’il permet de créer de la valeur ajoutée au niveau de certains secteurs. Les revenus tirés du secteur pétrolier ne figurent pas sur le budget à moins qu’il y ait une loi de finance rectificative (LFR). Attendons le tableau du règlement financier du premier trimestre pour avoir une vision nette de l orientation du budget.
« À vaincre sans péril, … »
Les accusations de détournement de deniers publics non formulées sous le vocable de surfacturation et carences-abandons ajoutent à ce nationalisme en noir et blanc d’extrême-droite habillé de panafricanisme. Renoncer à certains privilèges régaliens pour soutenir l’emploi et l’investissement est d’une banalité économique. De même que forer à perte avec de gros budgets. On en parle rarement, évoquant plus souvent une exploitation de ressources impossibles à faire fructifier autrement que par l’apport d’investisseurs extérieurs. Il en est de même de ces terres de Dingler cultivées encore à la houe et à la daba depuis Mathusalem quand les populations s’émeuvent des dégâts d’une multinationale prête à les mettre en valeur au normes d’aujourd’hui.
Les réponses diplomatiques (chambre des mines), les contestations sérieuses des cimenteries et les réserves des analystes sérieux s’ajoutent aux suggestions antérieures à la conférence de presse de Premier ministre du 12 mars d’une victoire sans péril avec le retour, dans le portefeuille de l’État, de biens spoliés. Et de gains chimériques dont la réalité reste à dérouler mais qui suscitent la plus grande circonspection.
Les rapports non encore validés ont suscité une première rencontre de partage. Certains points seraient déjà dépassés (Total, L’Observateur no 6720 du 03 mars 2026, page 4) ou suscitent des contestations sérieuses (Rewmi du 13 mars, L’Info dès 14 et 15 mars). Après l’arlésienne de la dette cachée, le Sénégal en est aujourd’hui à discuter le bout du maigre entre contrats cachés et calendrier caché.
Avec Pathé MBODJE
