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Révolution et contre-révolution au Faso, la mort de Sankara Par Ibrahima DIENG

Une équipe prisonnière du « Mythe de la Révolution »

L’assassinat de Sankara, le 15 Octobre 1987, apparaît comme l’assassinat d’une expérience qui avait suscité de nombreux espoirs à travers l’Afrique et le monde : la Révolution du rôle présidentiel.

Au-delà des pleurs et des grincements de dents, la mort de Thomas Sankara pose dans sa cruelle nudité l’incontournable problème de la succession politique en Afrique, et partant, des systèmes de gouvernements qui y prévalent.

Pour choquante et consternante qu’elle puisse paraître à première vue, la disparition prématurée du capitaine Thomas Sankara s’inscrit, à n’en pas douter, dans la logique de l’impasse dans laquelle s’était fourvoyée une équipe dirigeante devenue prisonnière du « mythe d’une révolution » dont l’image de marque avait fini par se substituer à la réalité vécue.

L’assassinat de Sankara,  le 15 Octobre 1987, apparaît comme l’assassinat d’une expérience qui avait suscité de nombreux espoirs à travers l’Afrique et le monde : la Révolution Burkinabè.

Ainsi, le Capitaine Thomas Sankara était populaire à travers la jeunesse africaine par le fait qu’à lui seul, il était une révolution du rôle présidentiel.

Sankara, l’enfant Mossi

Il est originaire du centre-Nord du Burkina Faso. Fils d’un ancien combattant de la seconde guerre mondiale, Thomas Sankara était ainsi prédestiné au métier des armes. Il a suivi un excellent cursus scolaire et une solide formation militaire qui lui ont permis de devenir le 6ème président de la République de Haute-Volta (actuel Burkina Faso).

Thomas Isidore Noël Sankara (de son état-civil complet) est né le 21 Décembre 1949 à Yako. Fils d’un père Peul, Joseph et d’une mère Mossi, Marguerite Sankara. Il était le troisième enfant d’une famille de onze bouts de bois de Dieu et premier fils. Thomas Sankara grandit entre valeurs militaires et religiosité chrétienne.

Son père fut prisonnier de guerre de la Seconde Guerre mondiale. Les affectations successives de ce dernier, devenu infirmier-gendarme, dans plusieurs régions du pays, lui permettent d’échapper à la grande pauvreté dans laquelle vivent la plupart des « indigènes ».

Sankara fit des études primaires dans son village natal et ses études secondaires, d’abord au Lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo-Dioulasso. Durant ses études, il côtoie des fils de colons. Il sert la messe mais refuse d’entrer au séminaire.

En 1966, après avoir obtenu son BEPC à Ouagadougou, il réussit le concours d’entrée au Prytanée Militaire de Kadiogo. Fils d’un ancien combattant, sa vie est toute tracée dans le métier des armes.

Après le Prytanée militaire de Kadiago, il rentre à l’âge de 20 ans (en 1960) à l’Académie militaire d’Antsirabe, « Promotion Saïna », en 1972 où il étudie les sciences politiques, l’économie politique, le français et les sciences agricoles.

Il suit, tout comme Blaise Compaoré, une formation d’Officier à l’École militaire Inter-Armes (EMIA) de Yaoundé au Cameroun.

Il se spécialise ensuite dans les troupes aéroportées.

Ensemble, ils fondent le Regroupement des Officiers communistes (ROC) dont les autres membres les plus connus sont Henri Zongo, Boukary Kaboré, Blaise Ccompaoré et Jean Baptiste Boukary Lingani.

Durant ses études à Madagascar, il assiste en 1972 à la révolution qui conduit à la fin du régime néocolonialiste de Philibert Tsiranana. Cela l’amène à concevoir l’idée d’une « révolution démocratique et populaire ».

De retour en Haute-Volta en 1973 avec le grade de Sous-lieutenant, il est affecté à la formation des jeunes recrues. Il s’y fait remarquer par sa conception de la formation militaire dans laquelle il inclut un enseignement sur les droits et les devoirs du citoyen, insistant sur la formation politique des soldats : «Sans formation politique patriotique, un militaire n’est qu’un criminel en puissance », avait-t-il coutume de dire.

Quand il revient de stage, il participe d’une manière courageuse au premier conflit frontalier entre la Haute-Volta et le Mali (Décembre 1974-Janvier 1975).

En 1976, Thomas Sankara prend le commandement du Centre  national d’Entraînement Commando (CNEC) de Pô dans la province du Nahouri, à 150 km au sud de la capitale qui vient d’être créé.

En 1978, il effectue un stage à l’école des Parachutistes de Rabat au Maroc. C’est là qu’il noua une solide amitié avec Blaise Compaoré avec qui il partageait la même chambre.

C’est le 09 Septembre 1981 que le président Saye Zerbo confia à Sankara le poste de Secrétaire d’Etat à l’Information.

Il démissionna sept mois après pour protester contre les atteintes aux libertés. Il sera arrêté et envoyé dans la garnison de Dédougou.

En signe de solidarité avec Sankara, le capitaine Henri Zongo démissionne du Comité militaire de Redressement pour le Progrès National (CMRPN) et le Capitaine Blaise Compaoré du Conseil des Forces Armées Voltaïque (CFAV). Ils seront également envoyés dans des garnisons éloignées.

Après le coup d’Etat du 07 Novembre 1982 qui a vu la chute du régime de Saye Zerbo et l’arrivée au pouvoir du Conseil de Salut Public (CSP) sous la direction du Médecin Commandant Jean Baptiste Ouédraogo, le poste de Premier ministre sera confié au capitaine Thomas Sanka le 10 Janvier 1983.

C’est ce qui lui a permis de participer en mars 1983 au sommet des Non-Alignés de New-Delhi (Inde) et de recevoir le Colonel Kadhafi en visite officielle à Ouaga, le 30 Avril de la même année.

Le 17 Mai 1983, un coup de force se produit à Ouaga : Sankara, Lingani et Zongo sont arrêtés. Compaoré réussit à s’échapper et rejoint la base des Commandos de Pô dont il est le commandant et y entre en dissidence.

Le 04 août 1983 « la Révolution des Capitaines » balaie le régime de Jean Baptiste Ouégraogo et installe au pouvoir le Conseil National de la Révolution (CNR). Thomas Sankara devient le président de la République à l’âge de 34 ans (un des plus jeunes  d’Afrique dans les années 80).

Il sera assassiné le Jeudi 15 Octobre 1987 à 16h 30 à Ouaga. Ce fut la fin de la « Révolution d’Août 83 » menée par le CNR et l’avènement de la « Rectification », sous un autre capitaine : Blaise Compaoré, président du Front Populaire et chef de l’Etat du Faso.

 

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