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Restitution de biens culturels et historiques à l’Afrique: Une exigence plus qu’une simple requête ! Par Mohamed Bachir DIOP

Les membres de l’association «Unité-Dignité-Courage essaient de s’emparer, au vu et au su de tout le monde les biens culturels africains en Occident  dénoncer le «pillage» culturel de l’Afrique.

Nous connaissons les activistes politiques comme Guy Marius Sagna ou encore Kemi Seba. Mais en Europe existent aussi des activistes culturels dont l’un vient d’être condamné à une forte amende pour avoir tenté de s’emparer de pièces exposées au musée Branly de Paris afin de les faire ramener en Afrique d’où elles ont été “volées”.

Le gouvernement français vient de prendre la décision historique de restituer au Sénégal et au Bénin des objets qui appartiennent à leur patrimoine historique. Ces objets, «pris en otage» selon les activistes,  «trophées de guerre» selon la France n’auraient jamais dû quitter l’Afrique. Ils sont exposés dans des musées en France, en Hollande ou encore en Angleterre et sont présentés au public comme biens appartenant à l’ancien colonisateur. Pour certains activistes culturels africains, ces objets ont été purement et simplement volés par l’occupant durant la colonisation et doivent retourner dans leurs pays d’origine.

Au Sénégal, la restitution du sabre d’El Hadj Omar Foutiyou Tall fait l’objet d’une vive polémique. La plupart des historiens et hommes de culture croient savoir que ce sabre n’est pas celui d’El Hadj Omar car celui ne s’est toujours armé que d’une… canne et n’aurait jamais porté un sabre. De plus, le sabre présenté comme celui d’El Hadj Omar aurait été fabriqué par les armureries de l’armée française car il est forgé exactement comme ceux que portaient les officiers du 18ème et du 19ème siècle.

Au Bénin également, des hommes de culture et des historiens émettent des doutes sur l’authenticité des objets que la France souhaite leur restituer car certains d’entre eux seraient originaires du Nigeria.

Quoi qu’il en soit, cette idée de rendre aux Africains des objets historiques qui avaient été «pris en otage» plaît bien à certains activistes. Mais il en existe d’autres qui souhaitent les reprendre eux-mêmes afin de les «ramener à la maison» sans attendre que la décision ne vienne des autorités ex-coloniales.

C’est le cas d’une association panafricaine dénommée «Unité-Dignité-Courage» qui mène des actions d’éclat en s’introduisant dans des musées en Europe pour arracher de force ces objets «volés à l’Afrique».

C’est ainsi que récemment, un activiste congolais, Emery Mwazulu Diyabanza, et quatre autres membres de de l’association «Unité-Dignité-Courage» ont tenté de s’emparer, au vu et au su de tout le monde, d’un poteau funéraire d’origine tchadienne exposé au musée parisien du Quai Branly pour, disent-t-ils, dénoncer le «pillage» culturel de l’Afrique.

Quelques semaines après le coup d’éclat au musée du quai Branly, Emery Mwazulu Diyabanza avait récidivé en s’emparant d’un objet en ivoire au musée des Arts africains de Marseille puis avait refait le même coup en tentant d’emporter une sculpture d’origine congolaise exposée dans un musée en Hollande.

Appréhendé par la police puis relâché, il a comparu libre devant le tribunal  correctionnel de Paris le 14 octobre dernier. Il a écopé d’une amende de 1.000 euros et trois de ses compagnons ont été condamnés à des amendes avec sursis de 250, 750 et 1.000 euros, tandis que le quatrième a été relaxé.

Le président du tribunal, en prenant la décision de le condamner à une peine d’amende, a cependant reconnu qu’il s’agissait d’un geste «militant». Aussi lui a-t-il recommandé de procéder de manière moins illégale s’il voulait attirer l’attention du public et des autorités politiques sur son combat légitime.

Pour ses avocats qui ont décidé de faire appel, ce verdict du tribunal correctionnel de Paris «répond à la violence de l’occultation de l’histoire coloniale par le refus assumé de regarder en face le caractère politique d’une action indubitablement militante». Et, commentent-ils, «en ce sens, déni sur déni, à la cécité politique vient s’adjoindre, fidèle au continuum colonial, la cécité judiciaire».

Mais l’ami Emery Mwazulu Diyabanza n’en a pas encore fini avec la justice. Il doit être jugé à Marseille le 17 novembre et en janvier aux Pays-Bas pour ces actions.

Néanmoins, il aura réussi à médiatiser son combat et à attirer l’attention du grand public sur le pillage d’objets historiques et culturels africains par les anciennes puissances coloniales.

 

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