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Rentrée Scolaire et Covid-19: Les acteurs craignent le non-respect des mesures barrières Par Khadidiatou GUEYE Fall

« Si on parvient à maintenir un élève par table-banc, ce sera gagné. Mais c’est presque impossible car les salles ne sont pas suffisantes et les élèves sont nombreux pour les répartir en groupe de moins de 50 élèves ».

« Coronavirus va à l’école », une phrase qu’un petit garçon du voisinage répète à longueur de journée ces temps-ci. Cette chanson laisse croire que les élèves iront à l’école accompagnés par le Coronavirus. Rien n’exclut cette hypothèse car la maladie est bien présente et aussi tenace dans le quotidien des Sénégalais. Le respect des mesures barrières reste l’ultime secours pour reprendre le cursus scolaire perturbé par la pandémie. *

La réouverture des classes est prévue ce 12 novembre 2020 sur toute l’étendue du pays. Une rentrée scolaire qui se heurte avec la présence de la pandémie de la Covid-19.

Dans moins de deux semaines, les élèves vont reprendre le chemin de l’école. Mais cette année est très particulière. Les élèves se pavaneront avec le champ lexical de la Covid-19. Cette maladie à virus a franchi le territoire sénégalais depuis le mois de février. Dans le monde entier, on décompte 43.447.162 personnes infectées, 29.132.606 guérisons et 1.158.883 décès, d’après l’Organisation mondiale de la Santé.  En neuf mois, la maladie a infecté 15.565 personnes au Sénégal, 14.316 personnes ont été déclarées guéries. Néanmoins, elle a emporté plus 322 personnes au Sénégal. C’est ce nombre de décès et de cas de contamination, d’une part, qui préoccupe les apprenants et les enseignants.

Cette jeune fille de teint clair, avec une mine heureuse, accompagnée de sa copine, s’appelle Sira Sow. Elle est élève en classe de 5ème secondaire dans un centre d’enseignement moyen public à Dakar. Elle est pour la rentrée des classes, en cette période de pandémie : « Depuis le mois de mars, les cours ont été arrêtés et cela n’est pas bénéfique pour nous. Si on recommence les cours, je ferai de mon mieux pour respecter les consignes du ministre de la Santé : je tâcherai d’être conforme avec le port de masque et l’utilisation des gels hydro alcooliques ».

Sira rassure que les études sont pour elle un passe-temps favori. Raison pour laquelle la suspension des cours au mois de mars dernier l’avait beaucoup affectée. Son problème majeur pour cette rentrée scolaire est l’utilisation des masques.

« Le port de masque sera très difficile pour nous mais on fera de notre mieux pour le supporter. Par exemple moi, je ne supporte pas les masques cousus par les tailleurs. Ça m’étouffe. Par contre, avec les masques importés, je suis à l’aise » décrit-elle.

Yaye Sèye Lô est l’ami de Sira Sow. Elle est une élève en classe de 4ème. Agée de 15 ans, elle étudie dans une école privée de la place, contrairement à son amie. Retrouvée en train de débattre avec son amie, Yaye Sèye extériorise sa satisfaction pour la réouverture des classes. Elle affirme : « Il faut qu’on respecte les mesures barrières. Le port du masque est impératif. Mais le problème c’est le respect de la distanciation dans les salles. C’est presque impossible vu le nombre d’élèves dans les salles classes ». Pour Yaye Sèye, partager une table-banc avec un camarade sera inadmissible. « Si on parvient à maintenir un élève par table-banc, ce sera gagné. Mais c’est presque impossible car les salles ne sont pas suffisantes et les élèves sont nombreux pour les répartir en groupe de moins de 50 élèves » affirme-t-elle. En général, une table est prévue pour deux élèves mais la distance les séparant ne fait pas un mètre.

Une rentrée à bonne date

La durée du confinement suivie des vacances étaient assez ennuyantes pour cette jeune professeure. Ndèye Maguette Guèye est une professeure de Mathématiques dans une école privée. Elle soutient : « Vu la longue attente et les longues vacances, c’est vraiment le moment d’organiser la rentrée des classes. Les élèves des classes intermédiaires ont raté la moitié de leur programme ; donc il est temps de reprendre les classes. Mais ce ne sera pas facile avec la Covid-19 ». Selon elle, ce ne sera pas facile mais si on respecte les mesures barrières, on pourra échapper à la maladie. Ndèye Maguette pense que pour les écoles privées, le respect des consignes sera plus facile. « Tout simplement parce que le nombre d’élèves est contrôlable. Contrairement aux écoles publiques, ce sera très difficile. A ce niveau, l’Etat doit fournir beaucoup d’efforts », argumente-t-elle.

A en croire la professeure de Mathématiques, cette année, ça ne sera pas facile dans les écoles publiques : pour que l’Etat soit en conformité avec ses propos tenus, on doit augmenter les horaires du programme afin qu’on disperse les élèves ou qu’on les répartisse en deux groupes. Elle propose : « Soit, au lieu de 4 heures de temps de cours ou 6 heures pour une classe de 60 élèves, on fait 3 heures de temps pour 30 élèves pour respecter la distanciation et autres ».

Elle signale un autre problème : la durée du cours avec le port de masque. « Il y a des élèves et même des professeurs qui ont des problèmes pour respirer avec le masque. Les masques sont étouffants d’ailleurs mais c’est la situation actuelle qui l’impose.  On est obligé de faire avec », fait-elle savoir. Notre interlocutrice pèse le pour et le contre sur le respect des mesures. D’après elle, du côté de l’école privée, c’est déjà rentable par rapport à l’école publique. Du côté des élèves, ceux qui sont dans le privé ont plus de chance de réunir les conditions barrières que les élèves du public.

Il faut noter que pendant la période de confinement, beaucoup d’écoles privées dispensaient des cours à distance. Après le confinement, certaines écoles ont recommencé à dispenser des cours pour terminer leur programme. C’est un atout par rapport à l’école publique qui avait repris seulement avec les élèves en classe d’examen. La professeure de Mathématiques prévient qu’il y aura forcément des impacts et les élèves vont certainement trainer des lacunes avec ces écoles fermées durant l’année scolaire. La plupart des élèves n’ont fait que le premier semestre ; donc le premier semestre de l’année scolaire 2020/2021 ne sera que rappel et continuation du programme de l’année passée.

Quoi qu’il en soit, la rentrée est prévue et aura bel bien lieu, d’après les autorités. A cet effet, Yaye Sèye Lô demande à ce qu’on supprime une rangée dans les salles de classes. Au lieu de quatre rangées, on se limite à trois rangées pour au moins respecter les mesures barrières. Quant à Sira Sow, diminuer le nombre d’élèves dans les classes et les répartir dans d’autres salles doit être la première chose à faire.

« L’Etat doit également faire un effort sur le nombre pléthorique. Je pense qu’il serait légitime qu’on répartisse les élèves pour que les mesures barrières puissent être respectées. D’abord les tables bancs ne sont nombreuses » implore-t-elle. Elle demande à l’Etat de les renforcer en masques et en gels pour se protéger. En même temps, elle incite ses camarades de classe à respecter les mesures barrières.

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