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Quand le Secrétaire Général du MFDC porte plainte auprès des Tribunaux du Sénégal et gagne le procès (Jean-Marie Biagui)

Mon propos, ici, n’est pas neutre, encore moins innocent. Bien au contraire, avec ce message, et à dessein, je voudrais que les Casamançais et plus globalement les Sénégalais se souviennent.

C’était en 2004, le 27 novembre, quand l’aîné de mes cinq enfants découvrit sur Internet que j’étais accusé, dans un journal de la place sénégalaise, Le Quotidien, de jouer un double jeu et que je chercherais à réarmer le camp de Kamougué Diatta, l’alors homme fort du Front Nord du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC), au moyen d’armes en provenance de la Russie.

« Guerre de leadership dans le maquis du MFDC – Biagui cherche à fournir des armes à Kamougué Diatta », pouvait-on lire à la Une du journal Le Quotidien des 27 & 28 novembre 2004, complétée comme suit, en caractère gras :

« Alors qu’un conclave du MFDC se tiendra aujourd’hui au Stade Aline Sitoë Diatta de Ziguinchor sous la présidence effective de l’Abbé Diamacoune et avec la participation de l’aile extérieure, venue de Paris, des partisans de Jean Marie François Biagui s’organisent pour réarmer le camp de Kamougué Diatta. Selon des sources proches du MFDC, des armes en provenance de la Russie vont transiter par la Guinée-Bissau pour armer le camp de Kamougué Diatta, hostile aux initiatives de paix entre les partisans de l’Abbé Diamacoune et le Gouvernement. » Par Aliou Cissé.

On comprendra aisément l’émotion que cela a pu provoquer auprès de mes enfants et de mon épouse, et même de mes frères et sœurs, de ma belle-famille, de mes amis, de mes collaborateurs…, de tous ceux qui, en Casamance, au Sénégal comme partout ailleurs dans le monde, sont épris de paix et croyaient fortement à la logique de paix ainsi qu’à l’option politique que j’incarnais jusqu’alors et continue d’incarner de nos jours, et à la faveur desquelles – parce que je crois profondément dans mon combat politique – j’avais presque tout abandonné en Europe pour être davantage présent au Sénégal – dans la gueule même du loup, devrais-je dire ! – dans le cadre de la gestion commune du processus de paix alors en cours. Tandis que le précieux crédit, dont je bénéficiais jusqu’alors auprès de l’opinion nationale et internationale avait dû être entamé par les propos mensongers et diffamatoires tenus à mon encontre dans l’édition des 27 & 28 novembre 2004 du journal Le Quotidien.

Naturellement, devant ce qui était encore innommable pour moi, je pouvais avoir peur, il n’en fut rien (comment peut-on d’ailleurs avoir peur quand on est innocent, qui plus est objectivement innocent) ; puis être choqué, je le fus ; indigné aussi, et comment !

Aussi, contre vents et marrées, je sautai aussitôt dans le premier avion à destination de Dakar, et en provenance de Lyon, en France, avec comme seul objectif, à mon arrivée à Dakar, de déposer une plainte pour diffamation auprès des Tribunaux du Sénégal ; alors que tous les pronostics m’offraient déjà et aménageaient pour moi, déjà donc, sans aucune autre forme de procès, une place de tout premier choix à la prison de Rebeuss.

Le dossier fut alors confié au Doyen des Juges, en l’occurrence à Madame le Doyen des Juges d’alors.

J’étais le Secrétaire Général (SG) en exercice du MFDC. Mais avant cela, je fus successivement le patron de la Section de Lyon du MFDC et Secrétaire à l’Aile Extérieure dudit mouvement. Et comme SG du MFDC, j’étais le N°2 du mouvement, après le N°1, feu l’Abbé Augustin Diamacoune Senghor, alors Président du MFDC.

Certes, comme tel, ou plutôt quoique tel, tout le MFDC n’était pas acquis à Biagui, ni même seulement à la « cause » de Biagui. Il n’en demeure pas moins que, en l’espèce, Biagui ne disposait pas – que je ne disposais pas ! – d’une capacité de nuisance nulle, encore moins négative.

C’est-à-dire que je pouvais me terrer en France, tirer les ficelles et actionner tous les leviers à ma disposition depuis la France, provoquer à cet effet une reprise des hostilités entre l’Armée et Atika la branche armée du MFDC, et, ainsi, noyer dans la crise nouvelle ce qui deviendra « l’affaire des armes russes de Biagui ».

Non ! je ne ferai rien de la sorte. Bien au contraire, je vais faire mienne ladite affaire, intuitu personae, mais guère ès-qualité.

Mieux, je vais saisir la Justice de l’Etat, de l’Etat sénégalais, celui-là même que je combats politiquement depuis bien longtemps déjà, y compris avec les armes par le truchement de Atika la branche armée du MFDC.

La Justice sénégalaise, quant à elle, dira le droit, en toute sérénité et impartialité. Et, en l’espèce, le droit sera dit dans la rigueur même de la loi, en appel, en ces termes :

« Déclare Madiambal DIAGNE et Ndiogou Wack SECK coupables du délit de diffamation ;

Les condamne à chacun à une peine de trois (03) mois assortis du sursis et à payer chacun la somme de 100.000 f cfa ;

Reçoit la constitution de partie civile de Jean Marie François BIAGUI et lui alloue le franc symbolique de dommage et intérêts. » C’était le 04 janvier 2011.

Pour autant, cela fut pour moi une victoire au goût amer, d’autant que dans cette affaire Monsieur Madiambal Diagne avec son journal était une victime au même titre que moi.

« C’est une info en béton, c’est du sérieux ; tu peux y aller, tu peux la publier. Nous-mêmes, nous sommes sur la piste… », lui disait le général Abdoulaye Fall, alors chef d’Etat-Major Particulier du Président Abdoulaye Wade puis N°1 de la Gendarmerie. Mais on découvrira à la fin des fins que celui-ci était au commencement de ce sordide complot, véritablement authentique celui-là, et que son objectif était de neutraliser le SG du MFDC, Jean-Marie François Biagui, « l’intransigeant et intraitable SG », pour le faire remplacer par plus accommodant. Il l’obtiendra en la personne de feu Ansoumana Badji.

Il est, dans mon éthique personnelle, un viatique. C’est que je suis profondément et incurablement convaincu qu’on n’est jamais courageux que seul. Comme on meurt seul.

Or, l’affaire « Adji Sarr/Ousmane Sonko » d’une part et la manière dont celui-ci a tenté d’y faire face d’autre part ont révélé que le dernier nommé s’est voulu courageux, non pas seul, mais avec les autres, d’abord ; pour ensuite se risquer à y laisser sa peau avec les autres, parmi les autres, mais guère seul.

En témoigne notamment son appel, à l’insurrection pour les uns, à la résistance pour les autres ; qui témoigne, donc, de SA posture de « quelqu’un qui n’a plus rien à perdre ».

Ce faisant d’une part, et cela étant d’autre part, Ousmane Sonko apparait comme un élément extrêmement dangereux, manipulant et actionnant tous azimuts : qui depuis la Casamance, sa région d’origine ; qui depuis la banlieue dakaroise et les grandes villes du pays.

Cependant, au lieu d’une Révolution en tant qu’expression du courage cumulé des manifestants, au service d’une Cause haute et noble, sinon hautement politique, on assistera plutôt à une ruée notamment vers les magasins Auchan pour y faire des « courses », certes « opportunes » quant à la nécessité alimentaire qui les sous-tend, mais terriblement opportunistes et potentiellement dangereuses du point de vue politique ou politicien du moment.

Et Ousmane Sonko de jubiler, sans retenue, ni modération aucune. Malgré donc le lourd bilan macabre des manifestations, ou à cause même de cela ; tandis que la Casamance sera en l’occurrence très lourdement servie.

Justement, faisons un peu de fixation sur la Casamance et interrogeons-nous : Ousmane Sonko est-il le candidat (officiel) de la Casamance, ou des Diolas, d’abord à la Présidentielle de 2019, et ensuite pour toutes les Présidentielles à venir ?

En fait, dans l’imaginaire collectif, Ousmane Sonko est ce qu’il reste quand on a tout perdu en Casamance.

C’est que chez nous, en Casamance, tout autour de Ousmane Sonko, il y a pêle-mêle les frustrés et les déçus du MFDC et autres orphelins de l’indépendantisme casamançais. Et il n’y a que ceux-là.

Autrement dit, la « solidarité casamançaise » entend suppléer de la sorte au vide politique créé en Casamance par l’absence du MFDC du champ politique.

Volontairement sourde et aveugle jadis, la « solidarité casamançaise » est en passe de nos jours de devenir criminelle, fût-ce à son corps défendant. N’a-t-elle pas déjà tué socialement et politiquement sa progéniture, ou à tout le moins le meilleur de sa progéniture, au nom précisément de la « solidarité casamançaise » ?

Tenez, en 2019, des militants APR Casamançais étaient apeurés puis terrifiés à l’idée simplement de devoir voter pour leur mentor, le Président Macky Sall, aux dépens du candidat Ousmane Sonko.

Je ne sache pas que, dans le secret de l’isoloir, ils aient jamais voté pour le « candidat de la Casamance ou des Diolas ».

Toutefois, j’ai une certitude : le Président Macky Sall ne saurait être dupe devant la tiédeur manifeste des militants APR Casamançais et de ses souteneurs naturels ou traditionnels du Sud.

Et, à ne point s’y méprendre, il y a là comme un lourd passif pour la Casamance, qui restera tel, au mieux jusqu’en 2024, ou au pire pendant plusieurs décennies.

Dakar, le 15 mars 2021.

 

Jean-Marie François BIAGUI

Président du Parti Social-Fédéraliste (PSF)

Ancien Secrétaire Général du MFDC

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