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La Ligne du Devoir

Presse : Une dette envers l’Etat

Dette fiscale des entreprises de presse 

Certains médias                au bord du gouffre 

L’entreprise dans le box des accusés

La presse sénégalaise traverse apparemment une mauvaise passe : alors que l’affaire sur l’annulation d’une dette fiscale des entreprises de presse n’est pas encore réglée, les organisations de presse sont agitées à cause du blocage des comptes du groupe “Avenir communication” de Madiambal Diagne. Cette mesure prise ne manquant pas de retombées sur le personnel et le propriétaire de la boîte risque de contaminer d’autres médias. La crise de l’entreprise de presse est-elle une menace contre la profession ?

Par Khadidiatou GUEYE Fall,

Cheffe du Desk Société

A la veille de l’élection présidentielle du 24 mars 2024, le président sortant Macky Sall avait pris la décision relative aux dettes fiscales des entreprises de presse du Sénégal. Reçus au palais le 18 mars 2024 par Macky Sall, les chefs d’entreprises de presse sénégalaise ont exposé leurs doléances ; la dette au montant estimé à plus de 40 milliards de francs CFA a été effacée par le président Macky Sall. Malheureusement, aucun décret n’a été pris pour que l’annulation de la dette soit effective. Macky Sall avait juste demandé au ministre des Finances de saisir ses services pour l’annulation fiscale de la dette.

Au lendemain de l’élection présidentielle, il a été notifié aux entreprises de presse que la dette fiscale doit être payée car aucun décret n’a été pris. Ceci est, en grande partie, la cause du blocage des comptes du groupe de Média « Avenir Communication ». Car  une taxation d’office pour impôts 2020 et 2021 à hauteur de 91 millions de francs CFA est réclamée.

Le sieur Diagne n’est pas seul dans cette situation d’endettement fiscal : le propriétaire du Groupe Dmédia, Bougane Gueye Dany, et celui de 7Tv, Maïmouna Ndour sont impliqués dans des dettes fiscales.

Pour cette dernière, il est question qu’on lui appose le qualificatif  taxe de “délinquante fiscale” même si elle ne peut pas payer d’un coup la totalité de la dette qui tourne autour de 45.000.000 francs CFA. « L’intégralité de la somme qu’on réclame à mon groupe 7 TV est un montant de 45.360.000 francs CFA. Je n’ai pas cette somme à ma disposition, mais je peux bel et bien aller directement voir les impôts et négocier un échelonnement du paiement. C’est une portion très congrue par rapport à l’assiette qui est mentionnée dans cette supposée amnistie fiscale (on parle de 45 milliards de francs CFA). Je peux même déposer un dossier qui justifierait que je ne suis pas en capacité de payer les impôts et, dans ce cas-là, je pourrais bénéficier d’une exonération fiscale. » se justifie-t-elle.

Pour Mamadou Thior, le président du Conseil pour l’Observation des Règles d’Éthique et de Déontologie dans les médias (Cored), l’annulation des dettes fiscales n’est pas une bonne solution. Il suppose qu’il faudrait réfléchir sur une bonne solution qui permettra aux entreprises de presse d’être à flot une bonne fois pour toutes et bien jouer leur rôle de service public. Mamadou Thior a souligné le fait que les entreprises de presse rencontrent énormément de difficultés. Pour y remédier, il a proposé l’adoption et l’application de la nouvelle loi sur la publicité.

Sur Iradio, le président du Cored soutient : « La loi sur la publicité date des années 1980. Il y a une nouvelle loi dans le circuit qui n’a pas encore été adoptée. Si elle est adoptée avec les amendements du monde des médias, cela peut être une première solution. A titre d’exemple, les médias du service public à savoir, RTS, APS et Le Soleil auront un financement public et pourront se délester de la publicité jusqu’à 80 voire 90% ». La deuxième proposition pour sortir la presse de la précarité et des endettements fiscaux, constitue, selon M. Thior, le Fonds d’appui et de développement (Fad) de la presse qui devrait être opérationnel.

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Le coup de gueule actuel de certains patrons ne met pas en péril la profession de journaliste au Sénégal. Que ces patrons évoluent dans le secteur de la communication sociale ne devrait donc pas entraîner un certain nombrilisme. Ces patrons, dans leur minorité, sont régis par le code des obligations civiles et commerciales et les journalistes par le code de la presse. La déontologie, qu’ils partagent, est de rester en conformité avec les règles qui régissent leur secteur respectif : que le patron soit en conformité avec le fisc. Frontière ténue ?

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Toutefois, il faut reconnaître que le pays a besoin des impôts pour équiper les cases de santé, remplacer les abris provisoires, subventionner l’électricité, soutenir les paysans. Pour ce régime, la priorité est de récupérer l’argent du contribuable afin que le pays ne s’endette davantage.

Khadidiatou GUEYE Fall