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Présidentielle : Le second quinquennat

Le report de la Présidentielle pour apaiser les cœurs doit accompagner une révision constitutionnelle irrévocable fixant un mandat unique au président de la République.

Présidentielle 2024

Le second quinquennat

Quand Ismaïla Madior Fall s’y mêle, il faut nourrir l’idée que le report de la Présidentielle est dans le domaine du possible : il est en effet souvent pris à contre-courant. D’autant que le cercle de la famille du report s’agrandit : le 12 novembre, Souleymane Jules Diop a remis l’antienne, reprenant le leader du Parti pour la Construction et la Solidarité (Pcs)/Jengu Tabax, Boubacar Camara, qui, le tout premier, avait lancé l’idée que « Le Sénégal n’est pas prêt, il faut reporter la Présidentielle 2024 » ; l’ambassadeur à l’Unesco ne dit pas autre chose, mais argumente que le candidat de la majorité ne rassure toujours pas, que le contentieux social renforcé par Ousmane Sonko n’est toujours pas soldé, qu’il serait du meilleur effet que le cas Sonko fût vidé au mieux des intérêts des toutes les parties.
La casuistique du tailleur constitutionnel renvoie à un juridisme d’une révision de la Loi fondamentale, à un déterminisme historique calendaire et tutti quanti. Il s’aménage quand même une porte de sortie : “À moins que l’intérêt supérieur de la nation ne l’y contraigne vraiment”.
Nous revenons sur nos pas de 2017 lorsque le souffleur Macky Sall supplie le Conseil Constitutionnel de l’aider à se dédire de sa promesse électorale de réduire son mandat. Car l’argutie développée de part et d’autre ne fait pas oublier que le prétexte invoqué, Ousmane Sonko, existe depuis 2016 et a évolué à la manière d’un Edward Snowdon ou d’un Julien Assange, en pire, avec le douloureux passif politique, économique, culturel et social qui a accompagné ce dossier depuis le début.

La proposition est d’autant plus rejetée qu’elle figurait en seconde position dans les hypothèses arrêtées depuis la Toussaint 2020 avec ces pendus qui rêvaient d’être présidents et punis pour délit d’ambition : le forcing pour un troisième mandat reposait en effet sur l’alternative d’une prolongation du mandat actuel de deux ans pour permettre à Macky Sall de préparer sa sortie devant la lame de fond qui montait de la société mal sortie d’un ajustement structurel de 30 ans qui l’a paupérisée davantage que la pandémie de la Covid-19 ; l’affaire Ousmane Sonko devenait alors l’étincelle qui met le feu aux poudres. La reluctance des populations civiles, religieuses et coutumières eut finalement raison d’un chef de l’État obligé, malgré lui, de se conformer à la Loi fondamentale pour s’en glorifier par la suite, urbi et orbi. Le choix-surprise de Amadou Bâ et le rejet non avoué des alliés n’eurent pas raison de la contestation sociale, à gauche comme à droite : faute d’un os à rogner autour du troisième mandat, l’opinion publique a versé dans un solidarisme atavique pour Ousmane Sonko.
L’idée du report semble donc du pain béni, surtout si elle repose sur une heuristique non déroulée d’une modification de la Constitution pour fixer un mandat unique de 7 ans pour tout nouveau président de la République. Comme quelque part en Afrique centrale : “Nul ne peut exercer plus d’un mandat dans sa vie“. “On nous oppose que le texte est écrit sur du marbre“, se plaint l’ambassadeur Souleymane Jules Diop.

Objet d’évaluation interne aussi bien dans la majorité que dans l’opposition et la société, le report est d’autant plus recevable que le marbre, dans le jargon journalistique, est une réserve pour un article de trop pour l’édition du lendemain.

P. MBODJE