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Parcours: Mariama Sow, une non-voyante qui voit en grand

“J’AI TROIS DIPLÔMES, JE FAIS PARTIE DU RÉSEAU “SIGGIL JIGUËN” ET JE FAIS AUSSI DU COMMERCE. DES FOIS, J’OUBLIE MÊME QUE JE SUIS ATTEINTE DE CÉCITÉ”. MARIAMA SOW

En Afrique, plus particulièrement au Sénégal, vivre avec un handicap est une chose pénible. Pour certaines personnes à mobilité réduite, elles ont l’impression de vivre dans un cachot. Pourtant elles viennent toutes certainement d’une famille. Sauf que certains vivent au marge de la société du simple fait de préjugés mal fondés. Bien heureusement pour la brave Mariama SOW, elle a reçu beaucoup d’affection de la part de toute sa famille et de ses proches.

Maïram, comme l’appelle affectueusement ses proches, est une jeune demoiselle âgée de trente (30) ans. Il est très rare de constater dans ce pays une non-voyante avec autant de diplômes que de rigueur, bien entretenue par sa famille. Mariama en est la preuve vivante. “Mes parents me vouent une affection très particulière, c’est pourquoi ils ne m’ont pas internée à l’INEFJA (Institut National d’Éducation et de Formation des Jeunes Aveugles) qui se trouve à Thiès”.

Rattrapée par la cécité à l’âge de sept (7) ans, Mariama n’a malheureusement pas fait d’études (enseignement général). Toutefois, ses parents et sa famille lui portent un amour inconditionnel très fort. Tellement fort, qu’ils n’ont pas voulu se séparer d’elle en l’inscrivant dans la seule école au Sénégal, dédiée aux aveugles, qui est  l’INEFJA.

À l’âge de quinze (15) ans, Maïram rejoint le restaurant de sa maman. Elle a appris beaucoup de choses à ses côtés. “J’assurais le service, le nettoyage, la vaisselle et même la cuisine. Tout ce qu’une femme doit pouvoir faire, ma mère me l’a appris. Où que j’aille, je prendrai bien soin de moi et de tout, convenablement”, confie Mariama.

Plus tard, la jeune demoiselle fait une formation de deux (2) ans à l’INEFJA d’où elle obtient son diplôme en Tissage. “Dans cet institut, j’ai reçu une éducation très riche, j’ai même appris le braille, j’ai aussi joué du théâtre et j’ai appris la poésie. La vie associative était très riche en émotions. Un des moments de ma vie que je n’oublierai jamais”, explique Maïram.

Elle poursuit: “J’ai eu à effectuer deux autres formations accélérées; l’une en pâtisserie à l’école Dabakh Malick de Guédiawaye, l’autre en transformation des jus de fruits et légumes, coco-gingembre et coco-lait à Thiaroye. Celle qui me l’a appris s’appelle Fama KA, elle est non-voyante aussi”.

Mariama fait du commerce (vente de produits cosmétiques, en encens etc.) aussi en parallèle, ce qu’elle déteste le plus, dit-elle: “c’est tendre la main pour mendier”. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle  elle appelle tous ses semblables à mobilité réduite ou toute personne vivant avec n’importe quel handicap que ce soit de ne jamais bafouer leur dignité et de travailler très dur à la sueur de leur front. Car seul le travail paye.

Maïram fait aussi partie d’un réseau de femmes qui s’appelle “SIGGIL JIGUËN”. Un organisme à but non lucratif visant à améliorer la situation de la femme sénégalaise. Leur objectif principal est de briser le silence, lever les tabous et mieux informer sur les violences basées sur le genre en Afrique de l’Ouest. “Nous faisons des sensibilisations sur la santé reproductive, des plaidoiries, des causeries et des sessions de dialogue pour aider les femmes. L’arrivée du Corona virus a ralenti toutes nos activités, cependant nous continuons nos activités en ligne sur les réseaux sociaux. Nous avons aussi des projets tels que des émissions radio pour sensibiliser davantage les jeunes”, raconte Mariama.

Rien que le fait d’être une personne en situation de handicap,  représente un très grand défi, c’est un combat au quotidien. Au Sénégal les handicapés ont d’énormes difficultés d’insertion professionnelle, ce que Maïram trouve injuste. À celà s’ajoutent d’autres difficultés et aléas de la vie quotidienne pour Mariama. “Des fois,  lors des descentes sur le terrain, pour la sensibilisation ou lors des formations, ce n’est pas facile du tout. Certaines personnes nous sous-estiment quoi que je suis diplômée et tout. Mais n’empêche le manque de confiance et le doute s’installent indéniablement dans leur tête. Malgré tout, je suis une battante donc je fais avec” dixit Mariama.

Cela fait maintenant Vingt trois ans que Maïram vit avec sa cécité, une situation qu’elle vit très bien. Cela ne l’empêche en rien d’avoir des amis. Bien au contraire, elle est entourée de beaucoup de gens qui l’aiment. Elle habite Grand-Médine un quartier très dense mais avec un voisinage très compréhensif. Elle se déplace en prenant le bus toute seule jusqu’à Guédiawaye. Elle rêve de se marier et de fonder un foyer comme toute jeune fille de son âge.

Elle a une vie familiale assez épanouie. “Je remercie énormément mes parents de même que toute ma famille, ils m’ont beaucoup épaulée. Ce que je suis devenue aujourd’hui c’est grâce à eux. Ma famille me voue une très grande considération, elle ne fait rien sans me consulter”, confie Mariama.

Ses deux belles sœurs Fatou et Ya Awa se joignent à son oncle Ousmane Tine pour témoigner du respect que Maïram leur donne. Elle est gentille et adorable envers tout le monde, elle a le sens du partage. Pour eux, son handicap n’existe même pas,  car ils la voient comme une jeune fille normale pleine d’ambitions et qui a tout pour réussir.

“Des fois, j’oublie même que je suis atteinte de cécité. Ce qui m’arrive c’est la volonté divine et je l’accepte humblement. J’ai horreur de baisser les bras, dans ce monde pour réussir il faut persévérer, j’appelle tous les jeunes au travail”, dit-elle.

Mariama projette d’avoir son propre atelier de tissage, d’employer des jeunes et aussi ses semblables. Elle appelle aussi toutes les bonnes volontés et les autorités compétentes à aider davantage les personnes en situation de handicap car elles font aussi partie de la société. “Certains d’entre nous sont diplômés et je pense que nous devons bénéficier de l’égalité des chances comme tout autre jeune sénégalais”, estime Mariama SOW.

       Ndéye Fatou DIONGUE

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