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Nouvel avion au commandement présidentiel: L’opposition et Ñoo Lank descendent Macky Sall aux grands airs Fanny ARDANT

L’opposition sénégalaise est dans une colère noire. Et cela fait suite à l’annonce du porte-parole du gouvernement Omar Guèye qui informe que le Sénégal va réceptionner, le 16 juillet prochain, un nouvel avion de commandement présidentiel A320neo neuf acquis auprès de la compagnie Airbus. Et la goutte d’eau qui a fait déborder le vase est quand Omar Guèye refuse de donner le coût de l’appareil évoquant « des raisons sécuritaires ». Il soutient que « un avion présidentiel, c’est dans le domaine militaire. Ce sont des choses que nous ne pouvons pas dévoiler présentement pour des raisons de sécurité et de sûreté. »

Suffisant pour réveiller la colère de ses détracteurs. Abdoul Mbaye est le premier à s’y lancer. Dans un post publié sur son compte facebook, le président de l’Alliance pour la citoyenneté et du travail (ACT) dit ne pas avoir « les mots pour qualifier l’achat par le Sénégal d’un nouvel avion de commandement pour Macky Sall ». Parce que, souligne-t-il, l’achat est « révélé après le retour d’un sommet où il s’est plaint de dette insupportable dont il cherche l’annulation et de déficit budgétaire contraignant. Le Sénégal est vraiment à plaindre ! »

Rembobinant sur le coût de l’appareil que le porte-parole du gouvernement justifie par « des raisons de sécurité et de sûreté », Abdoul Mbaye regrette qu’il suffise « pour remplacer tous les abris provisoires en classes construites en dur par des maçons sénégalais. Education, milliers d’emplois et solution au déficit de balance des paiements sont donc sacrifiés pour le confort luxueux de notre président. »

Thierno Alassane Sall de son côté croit fermement que « Macky Sall n’aurait pas pu choisir pire moment pour, encore, décevoir les Sénégalais ». Pour étayer son argumentaire, le leader de République des valeurs convoque des faits auxquels le Sénégal est confronté dernièrement. « Le pays est gangrené par la violence ; la jeunesse est désemparée ; les litiges fonciers se multiplient, la dette publique flambe ; l’insécurité et le vol de bétail sont insupportables dans certaines zones du pays. L’achat d’un avion n’est ni nécessaire, ni prioritaire. L’argument de la vétusté est fallacieux. C’est encore une dépense de prestige engagée sans transparence, sur le dos du peuple sénégalais. Tout cela est profondément indécent. »

Et pour Cheikh Bamba Dièye, il ne comprend pas comment quelqu’un « qui prétend vouloir rationaliser les dépenses de l’état s’achète un deuxième avion en moins de 10 ans et un véhicule de luxe dans la même semaine s’apparente à du cynisme. Et c’est encore plus curieux pour quelqu’un qui est censé boucler son dernier mandat. Macky Sall montre jour après jour qu’il n’a pas compris le message. Vigilance les amis. Vigilance », alerte-il.

Le collectif Ñoo Lank, dans un communiqué, note que le chef de l’Etat a « manifestement un problème de priorité », au moment où le pays manque de tout (manque d’eau, d’électricité, infrastructures sanitaires, etc) et au moment où la pauvreté augmente.

« Engager cette dépense alors que le Train Express régional est encore à quai, incapable de démarrer, est encore indicatif du manque de sens des priorités du président Sall, a dit Ñoo Lank, pour qui « cet avion sera amorti au coût annuel de 7 millions par jour, soit 2,5 milliards fcfa par an, pendant 20 ans ». Selon le mouvement, compte non tenu des frais de gasoil (kérosène) et opérations. Ce montant correspond encore à l’achat de 400 véhicules par an au coût unitaire de 25 millions fcfa pendant 5 ans.

Pour rentabiliser cette dépense, tout en permettant au président de la République de pouvoir faire ses déplacements internationaux, Ñoo Lank suggère d’affecter cet avion à Air Sénégal pour l’exploiter pendant ses périodes d’immobilisation où le président ne voyage pas.

« Cela rendrait par ailleurs inutile des aménagements additionnels coûteux de luxure présidentielle. La compagnie nationale, durement affectée par la crise sanitaire, pourrait ainsi renforcer ses capacités et revenus commerciaux », affirment les responsables.

Par ailleurs, la crise sanitaire a enseigné à tous les grands et petits dirigeants du monde que les « outils de communication actuels permettent de tenir des échanges entre responsables de tous les niveaux et pays, de manière efficace et peu coûteuse ». Dès lors, poursuit Ñoo Lank, les Sénégalais sont en droit de « s’attendre à une baisse drastique des déplacements coûteux du président et des ministres, qui nous coûtent extrêmement chers. Ce serait aussi un exemple fort d’économie de ressources publiques et d’adaptation exemplaire à l’ère post Covid-19 ».

« Que le président Macky Sall ait préféré cacher et acheter un avion, sans que les Sénégalais en soient informés, démontre qu’il était parfaitement conscient que c’est une décision inopportune, impopulaire et contraire à la période difficile traversée par les contribuables qui ont vécu des privations de toutes natures durant la crise », soutient le mouvement.

Pour rattraper cette décision, Noo Lank invite à « faire preuve de responsabilité en faisant du nouvel avion partie intégrante de la flotte d’Air Sénégal, tout en permettant les déplacements du chef de l’Etat, si nécessaire ».

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