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Note de lecture- « Les dernières fleurs du jardin » du Professeur Banda Fall de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis. Banda Fall

Le dernier recueil d’Alioune Badara Coulibaly, paru récemment et intitulé « Les dernières fleurs du jardin »,  comprend des poèmes très courts (3 vers), trop longs (300 vers) et des poèmes de taille moyenne (10, 20, 60 ou 75 vers). Cette structuration n’est pas nouvelle dans sa production, puisqu’elle est observable dans  l’ensemble de l’œuvre poétique antérieure.

Soulignons dès maintenant, de « Bon anniversaire, Sédar ! » (1996) au recueil « Les dernières fleurs du jardin », donc dans bien d’autres de sa production poétique, la thématique reste presque la même ou ne varie pas fondamentalement.

Aussi redécouvre-t-on dans ce nouveau recueil, » Les dernières fleurs du jardin »,  un certain nombre de  thèmes qui collent au cœur du poète. L’exil ou l’exode en est un. Le poème : « Les derniers Remparts du Royaume » défunt, traitent particulièrement de l’exil  des Kélétiguiyas(guerriers), défaits par l’armée coloniale à la tête de laquelle se trouve le Colonel Audead. Leur nostalgie aussi, particulièrement celle du père, Lassana Zana, le prince exilé, évoquée par le poète. Le poème, « Les derniers Remparts … » recèle également de nombreux sous-thèmes – ce qui explique sa longueur – comme l’honneur ou le déshonneur, l’ingratitude impitoyable, voire inqualifiable, notamment celle de l’armée coloniale à l’endroit des tirailleurs sénégalais froidement fusillés au camp de Thiaroye, l’évocation des mythes du Mandé, celle de la civilisation mandingue aussi. La mort en est un autre.   « Bâ Alpha », ce poème  porte sur la mort, en général, thème éternel, mais concerne, en particulier, celle de l’ami Bâ Alpha. En évoquant la disparition de ce compagnon qui lui était cher, Alioune Badara s’arrête sur les noms d’autres qui,  avant lui, «  nous ont retiré leur sourire et leur rire/ la douce chaleur/ de leur voix de ténor : Sow Samba Penda, Camara Moctar, Mbaye Charlie, Lame Sabarane. » La mort de l’ami permet également au poète de revenir sur son passé, de jeter un regard sur les années d’enfance et d’adolescence à Sénéfobougou, ce bout du Mandé à  Saint-Louis, de rappeler les nuits blanches avec la bande d’amis, de retourner au temps de l’école coranique ou de l’école française.

La poésie de Badara Sadian se nourrit encore ici, comme toujours, de l’actualité. En attestent ses ferventes prières pour la Centrafrique, ravagée par une guerre fratricide, son appel pour la paix, l’amour, la concorde en Côte d’Ivoire ou encore la malédiction universelle du siècle naissant, celle qui divise, tue, endeuille, isole, confine(Pandémie).

Il existe encore ce qu’on peut appeler des thèmes récurrents dans la poésie de Coulibaly : l’amour de la patrie, la fascination, l’attachement à son sol natal, Sénéfobougou. Trois recueils portent d’ailleurs ce titre : Sénéfobougou  natal  I, Sénéfobougou natal II et Rumeurs des Alizés ou Sénéfobougou natal III. On peut encore noter que le classement qu’il opère dans le dernier recueil, le poème qu’il intitule « Sénégal Debout ! », et dans lequel il rend un vibrant hommage à la terre qui l’a vu naître, occupe la première place, et ce rangement n’est pas anodin. Le thème des fleurs revient aussi comme un leitmotiv. Les fleurs de son jardin ou plutôt celles qui ornent le jardin paternel n’ont cessé d’embellir son espace poétique. D’ailleurs, dès 1996, dans «  Bon anniversaire, Sédar ! », n’écrivait-il pas déjà : « J’ai recréé, Sédar,/ le jardin de mon enfance/ Et tout ce qui y pousse/ Me rappelle le jardin de mon père. » De même, dans «  Les dernières fleurs du jardin », dans un poème  dénommé » La case », il déclare   avoir grandi dans un jardin, sans doute celui de son père, qui se confond avec celui de son enfance, et dont «  les fleurs ciselées d’amour, l’ont toujours accompagné. «  Les dernières fleurs du jardin », ce rayon de soleil dans la pénombre de la vie, évoquent, symbolisent plusieurs êtres, plusieurs choses à la fois.

Et enfin, dans la composition des poèmes, notions-nous dès le début, il y a une alternance de poèmes de taille, de poèmes moins longs et de poèmes trop courts ; ces derniers, exprimés généralement en formule imagée, poèmes à l’allure proverbiale, l’emportent  considérablement sur les deux autres types. Par ce moyen,  le poète Alioune Badara Coulibaly cherche, nous semble-t-il, à marquer les esprits  de ses lecteurs. Fidèle à son écriture, il parsème encore ce recueil, d’interrogations, de répétitions, d’inversions, de métaphores,d’assonances, d’allitérations, d’oxymores, d’invocations, de prières…

                                          Professeur Banda Fall, Université Gaston Berger de Saint-Louis

 

Alioune Badara Coulibaly Écrivain Chevalier de l’Ordre National du Lion BP 5111 Saint-Louis du Sénégal

Tél: 221 77 4517240 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alioune_Badara_Coulibaly 

E-mail: bcalioune@yahoo.fr

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