Niague : Une vie en Rose du lac
Entrepreneuriat
Mamadou Bilo Bâ, modèle classique
Les champs du Lac Rose, son fief
Ne lui demandez pas de prendre sa pose ; quand il est plein champ, Mamadou Bilo Bâ se veut hors champ de la caméra, quelles que soient vos suppliques.
Le rencontrer casse la pensée figée qu’un jeune pouvait avoir sur l’entrepreneuriat. Âgé de 52 ans, le vieux ne laisse pas passer le temps pour se lancer dans la culture des légumes. L’occasion lui est tombée du ciel, et depuis son arrivée au Sénégal, il s’accroche à cette opportunité de se faire une rentrée d’argent grâce à l’accord du propriétaire du champ sur des conditions bien définies.
Par Khadidiatou GUEYE Fall,
Cheffe du Desk Société
Au cœur de Niague, à côté du Lac Rose, des champs s’étalent à perte vue. Pour y arriver, il faut passer par Keur Balla et arborer un peu quelques centaines de mètres Keur Marème Mbengue, tous des localités situées aux alentours du lac Retba.
De loin, la verdure attire le regard. Quelques touffes d’arbres offrent de l’ombre malgré la forte canicule. Au milieu d’un des potagers, on aperçoit difficilement un vieux se courbant pour s’affairer à ses plantations.
A notre arrivée, il s’approche de nous. La sueur déferle sur son visage tamponné par les rides de l’âge. Ses vêtements décolorés par le soleil, les pieds nus, donnent une signification particulière de l’attention que le vieux accorde à son travail. Ce vieux se nomme Mamadou Bilo Bâ. D’origine guinéenne, le vieux Bilo Bâ est cultivateur depuis son arrivée au Sénégal en 2006. Âgé de 52 ans, Mamadou Bilo Ba exerce la culture des légumes comme sa seule source de revenus.
Dans son grand potager, le vieux Bilo Bâ y cultive des choux, des navets, du persil, de la tomate, du concombre, de l’aubergine douce…
Avec tous les efforts constatés, il confie que les champs ne sont pas sa propriété. “Je ne suis pas le propriétaire de cet espace. Je cultive à la place du propriétaire qui prend en charge les semences et les engrais”.
Le procédé expliqué par le vieux cultivateur consiste à cultiver, faire la récolte au moment venu, écouler les légumes sur le marché. Les recettes issues de cette vente ne sont pas totalement destinées à Mamadou Bilo Bâ.
Le propriétaire du champ, après avoir récupéré les frais de dépenses pour les semences, divise la somme par deux. La moitié est destinée au propriétaire et l’autre moitié appartient à l’infatigable Bâ. Cette méthode est à sa convenance dans la mesure où il arrive à vivre avec cette somme.
Le cinquantenaire fait savoir que la rentabilité de son activité est aléatoire et saisonnière. “Parfois, je peux gagner jusqu’à 200.000 fr par mois. Mais ça dépend du marché et de la saison. Durant la saison sèche, les prix sont à la hausse parce certains légumes sont rares. De ce fait, la demande est supérieure à l’offre. Les clients achètent quel que soit le prix du marché” soutient-il.
Néanmoins, le vieux Mamadou regrette le fait que durant la saison des pluies, les légumes soient produits et vendus en grande quantité sur le marché. Il ajoute : “Pendant cette période les prix sont revus à la baisse sinon la concurrence c’est-à-dire les autres marchands de légumes, vont diminuer le prix et écouler “abordablement” leur récolte. Si le prix du légumes est trop cher tu risques de perdre la clientèle et de perdre également les légumes qui risquent de pourrir par manque de moyen de conservation“.
Mamadou Bilo Bâ admet que la situation n’est pas toujours rose de leur côté. Car il arrive qu’il n’ait aucun bénéfice dans cette activité qu’il mène depuis dix-huit ans à côté du Lac Rose.
Khadidiatou GUEYE Fall
