GMT Pile à l'heure

La Ligne du Devoir

Mandat présidentiel : La belle et la bête

Mandat présidentiel

La belle et la bête

La bête à immoler doit faire lire dans ses entrailles si Macky Sall va se faire la belle à la fin  de son mandat actuel ou pas ; un petit murmure venant de Paris est à écouter.

Rien n’oblige le président Macky Sall à se prononcer sur son mandat, ce qu’il a refusé de faire de manière claire jusqu’ici. Le mouton qui bêle et la viande à digérer ne sont que prétexte quand le prix exorbitant de la corde rattache à des conditions difficiles de survie honorable. Bête qui bêle quand tout est pêlemêle.

La Tabaski est venue tirer d’un mauvais pas un président sommé de se prononcer ce 25 juin sur son mandat. Le discours à la Nation qu’il s’était engagé à tenir au dépôt des conclusions du Dialogue national est ainsi renvoyé aux calendes grecques dans un méli-mélo qui avait débuté le 21 juin à Paris : fidèle à ses habitudes, Macky Sall a voulu encore une fois ruser avec tout, dans une tonalité à double sens où chacun pouvait espérer  le voir rester ou…partir à la fin de son actuel mandat ; le discours du 24 est un préchi-prêcha où Macky Sall mène pêle-mêle le mouton qui bêle aux profondeurs abyssales de la prévarication des hommes politiques alliés au diable par pouvoirisme exacerbé, le tout sur un fond d’humeur qui traduit le malaise de la classe politique.
À l’enfer promis par les partisans insurrectionnels d’une conspiration internationale contre le Sénégal, s’ajoutent la Loi fondamentale qui limite la durée et le nombre de mandats et certains partenaires traditionnels qui soufflent le chaud et le froid pour pousser Macky Sall dehors.
L’obligation d’assurer la stabilité durable de l’État vaudra-t-elle réponse après une Tabaski des plus éprouvantes qui affecte le moral des troupes ? C’est une éventualité d’autant plus recevable que les lignes commencent à bouger en France, rejoignant des limites philosophiques sur la souveraineté des peuples insuffisamment considérés dans leur profonde volonté d’exercer leur souveraineté sur les sujets qui les touchent directement.

——

De l’interview de l’ancien président de l’Assemblée nationale publiée ce dimanche (18) dans Le Figaro, beaucoup ont retenu qu’il souhaitait modifier la Constitution pour permettre à Emmanuel Macron de se représenter en 2027.
Ce lundi 19, face au tollé suscité par ses propos, Richard Ferrand s’en défend.

D’une manière générale, je trouve qu’en effet il faut faire confiance aux électeurs et choisir qui ils veulent quand ils veulent “, a-t-il expliqué sur Sud Radio. ” Mon propos ne consistait pas à dire qu’il fallait changer les règles en vue de 2027 mais que d’une manière générale il fallait permettre à notre démocratie de respirer mieux en laissant en toutes circonstances le dernier mot aux électrices et aux électeurs.”  Pas question pour lui de changer ”  les règles en cours de match “, et donc de ” changer la Constitution pour convenances personnelles d’ici 2027  “, assure-t-il.

18-19 juin 2023

www.tf1info.fr

____

Le principal intéressé ne se voit pas Dorian Gray, jeune pour l’éternité, et l’affirme ce 29 juin. Qu’importe.

Petit à petit, l’idée semble faire son nid. Invitée de Public Sénat samedi, Roselyne Bachelot a défendu la « réflexion globale » sur les institutions récemment lancée par le macroniste Richard Ferrand dans les colonnes du Figaro . « Tout le monde est d’accord pour une troisième candidature d’Emmanuel Macron», a affirmé l’ancienne ministre, disant citer « ceux qui veulent le réélire et ceux qui veulent le battre ».
Le Figaro du 26 juin

En regardant de l’autre côté de l’Atlantique, il peut paraître curieux que l’octogénaire de la Maison-Blanche veuille un « second term » alors qu’il a visiblement perdu le sens de l’orientation et de l’équilibre.
Certes, le Nigéria et la Tunisie sont une réserve d’ultra-octo depuis le Combattant suprême et les deux derniers chefs d’État. Et le Zimbabwe de Mugabe mais la Chine post-Mao doit édifier sur certaines limites à observer dans la gestion à la tète des Etats.
A l’analyse (« réflexion globale »), la loi devrait finalement être elle-même et son contraire, au vu de l’évolution de la réflexion autour des mandats présidentiels.
Si, au Sénégal mais surtout en France, le phénomène mérite une étude plus approfondie, Ben Ali de Tunisie avait, lui, posé le problème dans l’absurde.

Le Sénégal de Macky Sall est une parfaite synthèse de ces différents courants : ceux qui le combattent sont les premiers à reconnaître ses mérites et certains le verraient bien à la même station après février 2024. Lui-même est tenté mais ne souhaite pas faire moins que ses deux prédécesseurs.
Sauf que la situation insurrectionnelle dans laquelle se trouve le Sénégal depuis maintient trois ans nécessite une solution réelle, profonde et durable, à la manière d’un changement social tel que le prévoit Guy Rocher. L’État doit étaler ses preuves qui nécessiteraient peut-être un délai de réflexions et de réajustements techniques.

P. MBODJE