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Mamadou Lamine Bâ, candidat à la mairie de Baghère, sous la bannière du MPD/LIGGEEY Réalisé par Sergio RAMOS

« J’ai été contraint à candidater à cause des injustices et des humiliations »

Membre fondateur de l’Alliance pour la République (Apr), Mamadou Lamine Bâ est candidat à la mairie de Baghère, dans la région de Sédhiou, sur une liste parallèle. Dans cet entretien qu’il a accordé à votre journal Le Devoir, le journaliste-politicien, produit du Cesti, revient sur les raisons qui l’ont poussé à aller à ces élections avec les couleurs du Mouvement des Patriotes pour le Développement (MPD/Liggeey) d’Aliou Sow.

Qu’est-ce qui vous a poussé à candidater à la mairie de Baghère ?

J’ai été contraint à candidater à la mairie de Baghère. La jeunesse est écartée et marginalisée dans la commune. Les femmes sont laissées à elles-mêmes. Il y a d’autres choses que la décence nous interdit de rendre publique. Les chefs de village sont contrariés. D’autre part, les divisions volontairement provoquées, les insuffisances constatées et les attentes insatisfaites de nos populations ne nous laissent pas indifférent. Je suis natif de la localité. Je dois tout à ma communauté. Aujourd’hui, modestie mise à part, mon équipe et moi suscitons beaucoup d’espoir. Nous bénéficions de la confiance des populations, ce qui sera confirmé le 23 janvier 2022. Mieux, nous avons de grandes ambitions pour notre commune, nous avons les moyens intellectuels et le carnet d’adresses pour les réaliser au bénéfice des populations.

Nous avons commencé à réfléchir sur notre projet de société depuis 2017. Dans toutes les compétences transférées aux collectivités territoriales, nous avons identifié les défis pendant nos différentes rencontres avec les populations. Nous avons écouté et recueilli les doléances. Les urgences sont générales : l’eau, les pistes de production, les cases de santé, l’amélioration des cadres d’études, la formation professionnelle des jeunes et l’autonomisation des femmes. Bref, dans tous les domaines, nous avons des idées et des actions prévues pour améliorer le quotidien de nos populations et revivifier la commune. Nous en avons la volonté, nous avons les compétences nécessaires et nous avons créé une équipe pour y arriver. C’est ce qui motive notre candidature.

Membre de l’APR, vous êtes candidat sur une liste parallèle. En quoi êtes-vous différent du candidat de Benno ?

Je suis membre de l’Alliance pour la République depuis 2009. J’ai mené la bataille de l’élection et de la réélection de Macky Sall. Je suis ignoré et marginalisé comme beaucoup de premiers militants du parti. De 2012 au moment je vous parle, nous avons subi toutes sortes d’injustices et d’humiliations. Je savais que les investitures dans le Bennoo seraient difficiles. J’ai reçu quatre (4) propositions de coalitions pour porter ma candidature. Une a été finalement retenue avec mon équipe après concertation. J’ai déposé mon dossier de candidature avec les documents d’un parti de la mouvance présidentielle. C’est malgré moi. Parce que tout membre d’une famille souhaite sentir la solidarité et la générosité des membres de sa même famille. Mais dans l’APR et dans le Benno, c’est le contraire que l’on constate. À l’impossible nul n’est tenu. J’ai pris mes responsabilités, je me suis présenté sous la bannière d’un autre parti politique. La différence entre le candidat de Benno et moi est que lui a été choisi par Dakar alors moi je suis choisi par les populations qui votent dans la commune. Le 23 janvier 2022, on saura qui pèse quoi dans la commune.

Quels sont les termes de votre compagnonnage ?

Le professeur Aliou Sow, président du Mouvement des Patriotes pour le Développement (MPD/Liggeey) a été clair avec nous. Il nous a dit qu’il met ses documents à notre disposition pour nous permettre d’aller aux élections. Rien ne nous lie par une quelconque obligation. Qu’au lendemain des élections, chacun est libre de rester dans son parti. C’est généreux de sa part et on le remercie pour cette élégance républicaine.

Faites-vous partie des listes parallèles cautionnées par votre leader, Macky Sall ? Si non, quelle sera votre position au sortir de ces locales ?

C’est vrai que Macky Sall a dit qu’il a cautionné certaines listes. Est-ce que c’est lui qui parraine notre liste ? Je ne saurais confirmer ou infirmer. Seul le professeur Aliou Sow peut nous édifier et je ne vois pas la pertinence de lui poser cette question. Ce qui est important, c’est qu’on ira aux élections.

Quelle perception avez-vous de ces élections de janvier prochain de manière globale ?

Elles sont d’une importance capitale. Tout le monde est d’accord que le développement part de la base, des collectivités territoriales. Il faut donc des gens capables de traduire les politiques publiques dans ces contrées pour les exécuter fidèlement et efficacement et ainsi répondre aux besoins et attentes des populations. Sinon, c’est la même médiocrité qui va demeurer, au préjudice des populations locales. Par ailleurs, elles constituent un baromètre politique vers les législatives et l’élection présidentielle de 2024.

Les violences se voient dans tous les secteurs politiques, sportifs, etc. Comment devrait-on les prendre en charge ?

La violence est à rejeter et à bannir quel que soit le motif et le mode d’expression. Je ne la cautionne pas. Nous vivons une période difficile au Sénégal. Nous traversons une période de crise qui s’exprime très souvent par des scènes de violence qui peuvent être évitées. La violence est devenue banale et un moyen de se faire entendre ou de mettre la pression sur un individu, une communauté ou sur le régime voire une autre instance. C’est déplorable. Il faut repenser notre modèle de société et panser nos maux. À tous les niveaux d’âge, il y a de la violence. Ça devient insupportable.
Il faut, à mon avis, revoir notre système éducatif, qu’il ne soit pas uniquement instructif mais réellement éducatif. Il faut prendre en charge les aspirations légitimes des jeunes et les accompagner à traverser leur jeunesse sans heurts majeurs. Le discours religieux qui calmait les gens n’est plus audible. Il faut le moderniser, le contextualiser et le distribuer via les canaux utilisés par toutes les couches sociales. Il faut surtout se conformer à ce qu’on dit pour servir d’exemple, et ce, dans tous les domaines. Entre autres solutions, je crois qu’il nous faut des états généraux sur la sécurité intérieure. Il faut identifier toutes les causes sociales, économiques, culturelles, etc., des crises que nous vivons et celles en perspective, et entamer des discussions et études avec les experts en sciences sociales, les religieux puis anticiper et canaliser la marche du pays pour en assurer un meilleur avenir. Le contexte sécuritaire international, précisément sous-régional, est assez inquiétant pour créer des poches d’insécurité dans notre pays. Il faut agir tout de suite et bien.

Le front social est sur une dynamique d’ébullition. Quelle devrait être la posture des gouvernants ?

La gouvernance, c’est la prévision. C’est l’anticipation dans l’identification des causes de crises et l’action pour contenir certaines crises. Il y a des signaux qui ne doivent pas et ne peuvent donc pas échapper à une équipe gouvernementale assez avertie. Parce que c’est la somme de ces petites difficultés qui finit par créer des grandes complications dans un pays. Et il y a assez d’avertissements au Sénégal. On a la chance d’avoir des médias qui parlent de tout dans le pays, une société civile qui alerte et même des militants des partis au pouvoir qui donnent le ton parfois. Les religieux aussi, dans leurs discours, avertissent souvent. C’est suffisant comme signaux à mon avis. La posture des gouvernants doit être celle d’un bon manager qui se prépare à l’interne à toute éventualité de crise, qui en maîtrise toutes les phases et qui prend les devants, qui anticipe. Je ne comprends pas que certaines crises éclatent alors que les signaux sont perceptibles. Ça veut dire qu’il y a des gens qui ne font pas leur travail ou il y a des gens qui ne sont pas à leur place. C’est déplorable que pour des banalités parfois, l’image du Sénégal prenne des coups à l’intérieur et même à l’international. Ça m’interloque. On devient tout le temps sage après des dommages. C’est incompréhensible.

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