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Macky Sall-Emmanuel Macron: Ces “jeunes” qui n’ont pas su rompre De notre correspondant en France, Séga Fall MBODJI, Paris

Gilets jaunes et mouvement “Tampi”, Benallia et nervis renvoient à un parallélisme… frappant

La fin de régne de Me Abdoulaye Wade a été marquée par la colère de la rue. Le peuple sénégalais comme à l’accoutumée s’était senti trahi par le régime au pouvoir : dilapidation de l’argent de l’État, partage du gâteau, promesses jetées aux oubliettes, priorités avortées, paupérisation des populations de plus en plus accentuée…

L’élection de Macky Sall en 2012 fut un nouvel espoir pour tout un peuple. Les Sénégalais d’ici et d’ailleurs s’attendaient à une rupture systémique, acclamant la nomination à la tête de l’État d’un “jeune né après les indépendances”.

Dès le début de son septennat, Macky Sall avait le soutien des Sénégalais qui espéraient tous un impact positif sur leurs conditions de vie au quotidien. Mais malheureusement, sa gestion du pouvoir est pleine de péripéties. Le scénario de sa présidence est superposable à celle de Macron en France. En effet, ce dernier élu ‘jeune’ en 2017 portait l’espoir des Français qui ont voulu rompre avec les politiciens. L’espérance d’un renouveau s’est traduite par des séries de manifestations.

Par analogie, au moment où Macky Sall fait face à la floraison des mouvements citoyens comme M2D, Fouta Tampi, etc., Macron a vu naître les gilets jaunes avec une force répressive tonitruante. Les Français “d’en bas” ont enfilé un gilet jaune pour montrer clairement au pouvoir qu’ils existent et qu’ils n’entendent plus continuer à se laisser racketter au profit de la classe dominante.

En conséquence, le 5 février 2019, la nouvelle loi anti-casseurs a été votée, en première lecture, à l’Assemblée Nationale. 50 députés macronistes se sont abstenus, n’ayant pas osé franchir le Rubicon et ont donc affiché publiquement leur désaccord avec le gouvernement. Cela fait tout de même 16% du groupe LaRem.

On voit bien la similarité avec les évènements de mars 2021 qui ont poussé Macky Sall à faire voter la loi non pas anti-casseurs mais plutôt “anti-terrorisme” ce 25 juin dernier.  

En France, le Conseil constitutionnel a censuré le très controversé article 3 sur l’interdiction administrative de manifester, article selon lequel le préfet pouvait prononcer des interdictions individuelles; Le président Emmanuel

Macron avait tenté son va-tout en saisissant lui-même le CC. Il a perdu. Le Conseil constitutionnel a estimé que cette mesure porte une atteinte au droit d’expression collective des idées et des opinions, et qu’elle n’est ni adaptée, ni nécessaire, ni proportionnée. De la même façon, l’opposition sénégalaise a saisi le Conseil constitutionnel et espère aussi avoir gain de cause.

De plus, les nervis de Macky Sall qui tabassent les populations et qualifiés de “garde rapprochée” sans aucune formation nous rappellent l’affaire Benalla. La commission d’enquête du Sénat accabla l’Elysée et demanda des poursuites. Quant aux marrons du feu de l’APR, aucune poursuite n’est encore entamée.

La tournée économique de Macky Sall ne passe pas inaperçue. Selon l’opinion publique, la densité des foules lors des visites a été motivée par les billets de CFA et non la cote de popularité de Macky Sall. Cela dénote son impopularité croissante comme on a pu l’observer chez Macron lors des régionales.

L’effet miroirisé entre le Sénégal et la France renvoie une forte similitude entre la politique de Macron et celle de Macky Sall.  Ce dernier, après les évènements de mars, avait une belle opportunité pour redresser la barre. Il aurait pu marquer la rupture par une refonte de son gouvernement et une mise à jour du programme d’ajustement structurel afin de mieux répondre aux attentes du peuple.

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