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Macky et la démocratie: Ses maires, son deal avec Idy De notre correspondant à Matam, Habib KA, Thilogne

Le Front de Résistance nationale (FRN) et la Société civile souhaitent que les Municipales se tiennent en décembre 2021, les Législatives en 2022 et la Présidentielle en 2024, alors que le conseil des ministres en a décidé autrement, prolongeant les mandats des maires et ceux des présidents des Conseils départementaux. Et demain, la fixation d’une date pour les élections législatives va poser de très sérieux problèmes. Laissé à lui-même, le président Macky Sall ne fera que griller le temps, aussi longtemps que possible, pour éloigner davantage le rendez-vous de 2024.

Mieux : il évite de faire recours à la délégation spéciale pour ne pas couper des vivres et se retrouver face à des militants désargentés, désemparés ; il est vrai que beaucoup parmi ces maires manipulent les fonds de dotations, surfacturent les marchés, créent des dépenses fictives, se beurrent grassement sur l’assiette foncière. Le président de la République avait même qualifié ces gens qui ont la triste réputation de brader des réserves foncières de menaces pour la stabilité nationale. Prolonger indéfiniment le mandat de ceux-là donc, c’est cautionner de fait la rapine organisée, surtout qu’ils sont nombreux parmi eux qui ne sont pas sûrs de rempiler et qui se font la religion de mieux se servir avant que les choses ne les quittent.

Cette énième prorogation ne se justifie pas, et la loi est muette sur le nombre de reports permis, la durée de ceux-ci, et quand est-ce que l’instauration d’une délégation spéciale devient obligatoire. Face aux imperfections des lois sur les mandats des élus locaux, le pouvoir de Macky Sall a tout le loisir de manœuvrer jusqu’à ce que de nouvelles réformes juridiques soient entreprises.

Macky Sall a initié son Dialogue politique et son Dialogue national, et vouloir faire de ses conclusions une conditionnalité de révision du calendrier électoral relève d’une violation des droits des citoyens, une confiscation de leurs suffrages universels : sous aucun prétexte, le président de la République ne peut faire reculer des élections, programme républicain, pour les caprices des concertations avec des politiciens ; le calendrier électoral, sauf cas de force majeure, ne saurait être subordonné à des aléas conjoncturels.

Négociations souterraines

Surtout que ce dialogue politique est sujet à des négociations souterraines, des manœuvres politiciennes avec une opposition qui voudrait bien rejoindre son alliance et cautionner les ambitions de Macky Sall de prolonger son mandat présidentiel de cinq ans encore à la tête du Sénégal. Idrissa Seck a bien confirmé lors de sa conférence de presse de ralliement qu’il était bien en négociations secrètes avec Macky Sall, trahissant tous les deux l’esprit de loyauté et de sincérité qui devait animer ce dialogue, comme le pensaient les Sénégalais. Ceux qui avait hissé Ndamal Kajoor deuxième à la Présidentielle de 2019 avec une forte coalition portée par des personnalités politiques bien en vue et qui voulaient réformer le système de l’intérieur, sans fracture, en douceur, ont vu leur programme commun trahi par Idy Seck dont les tortuosités rappellent ici encore les tristes audiences secrètes de midi, avec le Pape du Sopi qui lui faisait miroiter les mirages des clés du palais.

L’ancien Premier ministre de Abdoulaye Wade croit dur comme fer qu’une conquête du pouvoir serait bien possible par des raccourcis, des deals, surtout quand le théoricien du coup d’État rampant s’y mêle. Ironie de l’histoire ou crime de l’histoire, une formule toute faite de fusion-dissolution pain/lait semble sceller dans du marbre la bonne foi d’un contrat politique entre deux anciens frères ennemis, sous le regard du très inspiré conseiller politique.

C’est compris de tous, maintenant, s’agissant de Macky Sall : s’il a des visées, alors rien ne l’arrête. Il fonce tout droit au but, renverse toutes barrières sur son passage, brûle les feux.

Le cas de Khalifa Ababacar Sall suffit comme exemple illustratif. Mbaye Ndiaye, directeur des structures de l’Alliance pour la République (APR,) lui avait conseillé que, s’il voulait s’éviter des ennuis, d’apporter son soutien au président Macky Sall.  Le maire de Dakar n’ayant pas pris très au sérieux ces avertissements, des malheurs en série lui tombèrent sur la tête : un procès expéditif de deux mois et demi le condamna à cinq ans de prison ferme pour faux et usage de faux et complicité en faux en écriture de commerce. Dépouillé de tout, gracié, une balle dans le pied, toute chance pour lui de poursuivre une carrière politique fut compromise.

Et pourtant, Khalifa Ababacar Sall fut l’un des premiers, sinon le premier, à donner l’exemple de la transparence en faisant la déclaration de tous ses biens ; ses services ont créé une gouvernance représentative communale au sein de laquelle toutes les sensibilités sont représentées, un site internet en ligne où les administrés peuvent consulter officiellement les activités de leur Cité. Le pavage des rues des dix-neuf communes d’arrondissement de Dakar plus les routes secondaires et d’autres projets ambitieux de l’équipe municipale, au lieu de réconforter le chef de l’État, l’ont agacé. L’État et la Commune de Dakar, deux entités complémentaires, qui devaient travailler main dans la main pour l’émergence de l’ancienne capitale de l’Afrique de l’Ouest.

Il n’y a que sous nos cieux que les initiatives porteuses de progrès sont ostracisées, criminalisées au nom de l’adversité politique, que les fautes lourdes des partisans sont dissimulées, absoutes. Pour ça, Macky Sall connait bien comment s’y prendre quand il s’agit de protéger et défendre les intérêts de sa famille politique ainsi que les siens propres : au lieu d’une justice équitable, il traîne les pieds, biaise. Et quand ça lui chante, il impose un combat frontal sans concession contre ses opposants, comme c’est le cas présentement.

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