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Livre-Pathé Mbodje : Abdourahmane Seck Homère. Le passé décomposé. Mémoire et souvenirs. Septembre 2020. Épuisé.

Chapitre quatrième

Beau-père ?

Le tournant des relations entre Abdourahmane Seck Homère et l’ingénieur Macky Sall a été non pas tant celui de l’union entre sa fille et l’actuel président de la République que celui de 2009 avec la démission du Parti démocratique sénégalais. Si l’ingénieur a fait le premier pas, décisif, en allant demander la main de la fille, la solidarité affichée en 2009 paraît plus conforme non plus à une idéologie qu’à la grégarité qui a jalonné la vie de Abdourahmane Seck Homère : pour la première fois sans doute, la famille prenait le pas sur l’engagement politique, bien que, dans les faits, ce pas d’honneur puisse être assimilé aussi à un acte politique… plus en solidarité avec sa fille.

« De retour de pèlerinage aux Lieux Saints, je vais chez mon tonton Magor pour la ziarra ;  la discussion vire vers la situation du PDS et la démission de Macky Sall. Sans tarder, l’oncle me dit et me répète qu’il faut démissionner du PDS aussi : Ngor mayoula ngay toog ci Wade, autrement dit : ta dignité et le devoir t’interpellent. Trois jours après, je tiens une conférence de presse pour quitter la formation de Wade ». Le beau-père allait à la rencontre du beau-fils dans une nouvelle aventure. Quel sens lui-même donne-t-il à ce geste ? « Macky avait quitté Roosvelt (Nda : sa résidence officielle) pour Fann. J’ai démissionné de mon poste de Président du Conseil d’Administration de la SAED et suis retourné à la maison. Quelques jours après, Madame Sall m’a trouvé dans ma chambre et m’a remis les clés de sa voiture et m’a demandé de prier pour qu’elle ait un autre véhicule. Prière que j’ai faite et, un mois après, elle est venue me remercier parce qu’elle a eu un autre véhicule ».

Installé dans la section des Sages du Parti, Abdourahmane Seck Homère devient dans les faits un homme orchestre, alerte et conseille, chargé des relations avec… et régulateur social, en ces moments où les rangs étaient encore clairsemés. Quid du beau-père alors devant ce militant d’un certain âge qui réconforte le Président Mamadou Dia quand il affirme que la foi et la conviction ne se mesurent pas au temps mais à l’acte militant ?

Marième Faye n’a jamais voulu donner son âge et les réseaux sociaux et autres moteurs de recherche semblent respecter cet aspect de sa vie privée ; disons qu’elle avait x ans, Macky Sall 16 (né le 11 décembre 1961 à Fatick), Mansour Faye 8 ans, en Cours élémentaire. Homère venait de quitter Saint-Louis pour Thiès, quelques semaines à peine après s’être remarié. Et c’est dans un triangle complété par la région  de Diourbel que se joue l’avenir pour ce trio. C’est là en effet que s’est établie celle qui, quatrième née à Saint-Louis d’une fratrie de huit enfants, choisit la capitale du Mouridisme, baccalauréat technique en poche. La rencontre avec Macky Sall en 1991 va bouleverser ses rêves de spécialisation en électrotechnique. Premier temps.

2002: Macky Sall est ministre de l’Intérieur. Un communiqué nécrologique se terminait en ces termes : « L’enterrement aura lieu à Rufisque ». On aura beau faire remarquer au conseiller que l’inhumation devait avoir lieu au Saloum, il n’a pas voulu en démordre : le père de Mme Sall décédé ne pouvait reposer ailleurs qu’en ses terres et celles de ses ancêtres, Rufisque, puisque c’était là que résidait Homère. Il s’agissait en fait de El Hadji Ass Malick Faye, père biologique de Mme Sall. Deuxième moment.

Le troisième est plus émouvant : « Macky est venu me voir pour me dire officiellement ses intentions de mariage. Avec Adia Oumou, nous sommes allés à Kaolack et la réaction de El Hadji Faye sera : « Vous vous êtes trompés d’interlocuteur : le père de Marième Faye, c’est Abdourahmane Seck Homère ».

Abdallah Diagne est de Rufisque, du quartier Dar-es-Salam, dans la même tranche d’âge que Abdourahmane Seck Homère ; ils ne sont cependant pas des amis d’enfance. Ils se sont connus à Diourbel, durant le premier séjour de Homère,  Diagne étant à l’époque le régional de la Compagnie générale des Eaux du Sénégal. Les cadres du coin avaient comme qui dirait leur club et Mamour Cissé de l’Union sénégalaise de Banques, Ndiawar Ndiaye et Cheikh Fall de la Bnds, Alassane Sène de la Justice, l’infirmier Iba Sylla et Djibril Diallo des Tp, principalement, en étaient les membres les plus assidus. À Thiès, en 1976, Diagne et Seck se retrouvent, au hasard des affectations ; leur origine rufisquoise les avait déjà soudés, le hasard renforcera encore ces liens qui ne se démentiront jamais. Et c’est donc lui que Homère désigne tout naturellement pour mener à bien le dossier de l’union entre la fille et l’ingénieur. D’autant qu’en 1970 déjà, le ci-devant Abdallah Diagne était  membre de la délégation qui a scellé l’union entre Abdourahmane Seck Homère et Soda Gaye ; la nouvelle madame Seck travaillait à Diourbel même où elle avait reçu sa formation et où elle avait été recrutée et affectée. De ces premières noces naîtront sept enfants, pour respecter la numérologie dont Thierno, l’aîné, et Maïmouna la cadette.

C’est toujours le même Abdallah Diagne qui se rendra aussi à Richard-To11,…7 ans plus tard, pour solliciter la main de la dame Oumou Diallo auprès de son frère, agent de la Saed, pour son ami Abdourahmane Seck Homère. Amath Dansoko, ministre de tutelle, Macky Gassama, Iba Der Thiam, Coumba Ndoffène Bouna Diouf, Souleymane Ndéné Ndiaye et Me Khoureyssi Bâ, eux, se rendent au Centre de Développement et d’Éducation populaire et sportive de Diourbel : Abdallah Diagne, à la demande de l’ami Abdourahmane Seck Homère, bénissait l’union entre Macky Sall, ingénieur, avec Marième Faye. La solidité des liens se retrouve aussi dans les différents parrainages internes et externes entre les derniers de la classe.

C’est ainsi que Abdourahmane Seck Homère consentit au mariage de sa fille avec l’ingénieur Macky Sall, dans la simplicité d’un geste naturel, d’un geste d’espoir de quelqu’un cherchant l’âme sœur. C’est ainsi qu’il le comprit et agit, du début des années 90 à la tempête de la fin des années 2000 lorsqu’il se plaça aux côtés de sa fille. Rien ne changera dans son esprit, pas même la victoire  de 2012 à laquelle il a contribué. Après la prestation de serment du nouveau président à laquelle il a assisté, Abdourahmane Seck Homère est tranquillement rentré chez lui. C’est le lendemain qu’il revit son ingénieur sous les habits du président, lors de la traditionnelle visite chez Adja Oumy Diallo sur la VDN.

« Ce que je peux  dire, la première fois que Mme Sall est devenue première dame et devait venir chez nous, la garde rapprochée est arrivée, a fouillé partout, pour une simple visite de la fille à sa mère». Les enfants non plus ne pouvaient  plus aller et venir tranquillement chez Mamie rencontrer leurs cousins, compagnons de jeu, la sécurité voulait coûte que coûte éviter quelque blessure que ce soit : la réalité du « chez nous », bien sénégalaise, en prit un coup. « Je les comprends car, pour la première fois, le Sénégal avait une Première Dame avec toute sa grande famille dans le pays ;  après, la garde deviendra très discrète ».

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