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Le blé sous boisseau Un test sur 3 ha à Saint-Louis

Crise ukrainienne

Un test sur 3 hectares

pour relancer le projet« Blé » de 2008

Des volontaires dénoncent la politique de l’importation au détriment de la préférence nationale

 

Dossier réalisé par

Pathé MBODJE,

avec la collaboration de

El Hadji Papa Badara DIOP

et de Mouhamadou Makhtar BA

à Saint-Louis

Avec la crise ukrainienne, le blé devient dramatique au Sénégal, en particulier pour ceux qui, depuis 2008, se sont retrouvés gros Jean comme devant avec le départ des partenaires de la Société d’Aménagement et d’Exploitation du Delta (Saed) engagés dans la culture de céréales. Ainsi, les 50 ha prévus attendent toujours le programme « Blé » du ministère de l’Agriculture et se réduisent depuis 9 mois à l’expérience d’un jeune sur… 3 hectares : Mouhamadou Makhtar Bâ se teste à 8 kilomètres de Saint-Louis pour, en cas de réussite, une ambition plus grande portant sur « mille à 2.000 hectares de culture du blé ».
« Que font l’Institut sénégalais de Recherches agronomiques (Isra), la Saed et les ingénieurs agronomes ? On dirait que les importateurs de blé n’ont pas intérêt au développement du blé local » s’indigne ainsi El Hadji Diop, agent de développement connu à l’état-civil sous le nom de Papa Badara Diop. Avec la crise en Ukraine, l’affaire rend une nouvelle tournure et frise le ridicule.

Le projet d’exploitation de 50 ha à Diama démarre en 2008 avec un programme blé du ministère de l’Agriculture. La mise à disposition des semences de blé avait permis de lancer le projet « et cela marchait ». Puis les partenaires de la Saed sont partis et l’affaire s’est terminée en queue de poisson. Isra, Saed, ingénieurs agronomes ?

Depuis 9 mois, des Sisyphe agriculteurs ont remis l’ouvrage sur le métier pour se faire du blé, au propre. Makhtar Bâ est ainsi parvenu à obtenir des semences de blé et mène des tests sur 3 ha, à la sortie Est de Saint-Louis ; à terme, l’objectif visé est d’arriver à emblaver 1.000 à 2.000 de culture de cette céréale.
Le Sénégal dépense chaque année 100 milliards pour le blé et personne ne s’en émeut, surtout au lendemain de la hausse du prix du pain et des menaces à la veille du Ramadan. Avec la crise en Ukraine, le blé devient dramatique : des sources avancent que « le Sénégal a acheté 6 pour cent de ses besoins en blé en Ukraine alors que 51 pour cent provenaient de la Russie » (Dakaractu, 4 mars) : à près de 300.000 francs la tonne désormais, on comprend le désarroi des meuniers, en particulier des boulangers sénégalais. « Aidez-nous à solutionner ce problème », crient en chœur les agriculteurs du Nord.

Le désarroi des producteurs se double du contentieux à propos de l’engrais importé, ce qui rend encore plus douloureuse l’affaire du bateau détourné : depuis 3 mois, les producteurs de la vallée cherchent de l’urée. Avec la subvention, le sac d’urée revenait à 9.000 francs ; aujourd’hui, il est de 30.000 francs. Certains ont proposé aux centres de formation d’ouvrir des filières pour la production des engrais bio et des semences certifiées pour régler ce problème et boucler ainsi la boucle entre semences sélectionnées, engrais et production de spéculations, et pas seulement du blé : les possibilités sont immenses et variées si la volonté politique y est au profit des populations.
« Chaque année, ce sont les mêmes problèmes et le projet de 2008 passe ainsi de 50 ha à 10, au mieux à 20 ha ».

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