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Keur Massar: L’urgence, ce n’est pas la départementalisation mais l’assainissement Par Charles SENGHOR

Le président de la République Macky Sall était  17 septembre dernier à Keur Massar, au chevet des populations secouées et chassées de leurs habitations par les inondations causées par les pluies.

Une des mesures majeures qu’il a prise et annoncée lors de son déplacement a été d’ériger la commune de Keur Massar en département. Une belle manière d’apaiser les cœurs de ces populations en galère, obligées d’aller se réfugier dans des camps de fortune, sous des tentes, rappelant les mauvaises et vilaines images de 2007 et 2012.

Cette annonce des moins attendues en cette période est pour le président Macky Sall une belle manière de dévier le vrai problème : celui de tirer de l’eau ces 600.000 âmes vivant dans les 140 quartiers éparpillés sur 25 km2, ici et maintenant. Car, en plus de cette surpopulation, cette localité est une vraie zone à problèmes d’assainissement et d’urbanisation…

La commune de Keur Massar doit-elle être «départementalisée» pour trouver des solutions à ses multiples problèmes de réelle urbanisation ? Sinon, que vient faire l’annonce de son érection en département ici ?

Transformer Keur Massar en département, sans le sortir de ses marécages, ne changera en rien la situation chez ces populations désemparées, qui ont tout perdu dans ces eaux indésirables. Même les cent à deux-cents mille francs proposés par ménage ne suffiront pas à faire oublier les dégâts qui, il faut le rappeler, ont entraîné des pertes humaines.

L’urgence aujourd’hui n’est pas l’érection de Keur Massar en département ; l’urgence c’est la présence de l’État auprès de ces populations ; l’urgence, c’est l’évacuation immédiate des eaux avec des moyens suffisants ; l’urgence c’est le suivi dans le soutien de ces populations pour le respect de l’équité et la transparence. L’urgence, c’est l’arrêt, pour les maires des lotissements sauvages… L’urgence, c’est la validation effective de l’enveloppe de 13 milliards FCFA pour équiper l’Onas d’ouvrages de drainage et de curage, afin d’abréger le calvaire des populations impactées…

L’urgence, c’est de doter les départements et les régions déjà existants de tous les moyens nécessaires pour en faire de vraies villes. Car, certains départements ou régions ne le sont que de nom.

Abdoulaye Wade, pour noyer aussi des poissons, s’était permis d’ériger des départements en région : Matam en 2001 et Kaffrine, Kédougou et Sédhiou en 2008, avec leurs lots de conséquences. Depuis son départ, rien ou presque n’a changé. La plupart de ces localités restent de gros villages. Car, tous les moyens d’accompagnement n’ont pas suivi. Faut-il créer encore un  département de plus ? Même si cette transformation peut être utile, elle n’est pas pour autant si urgente. Sortez les eaux de ces zones. Même si en toute responsabilité, le président Macky Sall a avoué qu’il est impossible d’arrêter les pluies, un aveu qui en dit long et qui devrait amener les populations à prendre leurs responsabilités sur le choix de leurs logis.

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