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Jerry John Rawlings, refondateur de la démocratie au Ghana: Homme de parole, il a rendu le pouvoir aux civils après un coup d’état Par Mohamed Bachir DIOP

Jerry Rawlings est décédé ce jeudi 12 novembre 2020 dans un hôpital universitaire à Accra, capitale du Ghana. Il était hospitalisé depuis une semaine pour, semble-t-il, avoir été atteint du Covid 19 mais pour des problèmes cardiaques selon d’autres versions. Rawlings est une personnalité de premier plan parmi celles qui ont promu la démocratie et la bonne gouvernance dans son pays, à l’image de ce que rêvait le père de l’indépendance du Ghana, feu Kwamé Nkrumah. Sur ce dernier, d’ailleurs, Le Devoir consacrera une page de son Coin d’Histoire dans une prochaine édition.

Le décès de Jerry John Rawlings ce jeudi 12 novembre, nous a donné l’occasion d’évoquer la vie de cet homme exceptionnel. Jerry Rawlings a marqué l’histoire de l’Afrique de l’ouest anglophone comme le capitaine Thomas Sankara l’a fait pour les francophones.

Le 15 mai 1979, Jerry Rawlings et quelques officiers tentent un coup d’état pour faire tomber le président Fred Akuffo. Leur tentative se solde par un échec et Rawlings est arrêté. Mais, trois semaines plus tard, il est libéré par des militaires et, sans hésiter, il organise un deuxième coup qui, cette fois-ci marche comme sur des roulettes. Il prend le pouvoir le 4 juin 1979 et, quatre mois plus tard, le 24 septembre 1979, il le cède à un gouvernement civil. Hillal Limann devient alors le président du Ghana.

Mais deux ans après ce brillant coup d’éclat qui avait été particulièrement bien accueilli par les démocrates du monde entier, il remet ça en organisant un deuxième coup d’état le 31 décembre 1981.

Rawlings affirmait que le pouvoir civil l’avait déçu. Le président Limann n’avait pas réussi à établir une véritable démocratie et l’économie du pays était au plus mal, sans compter les soupçons de corruption et de détournements de deniers publics qui pesaient sur plusieurs membres du gouvernement et sur des personnalités de premier plan qui dirigeaient les sociétés publiques. Redevenu président du Ghana, il met en place un Conseil provisoire de la défense nationale, réorganise le gouvernement qui compte aussi quelques civils, redéfinit les rôles et renforce les institutions.

Le Ghana commence à rouler sur des rails. Rawlings contrôle parfaitement la production du cacao, principale culture d’exportation du pays et encourage les producteurs en leur accordant quelques subventions. Les sociétés publiques sont bien gérées et l’économie recommence à se porter un peu mieux alors que les ressources publiques, bien gérées, profitent à la population dont le niveau de vie commence à s’améliorer.

Pendant dix ans, il gère le pays d’une main ferme mais, face à la pression des démocrates il démissionne de l’armée et crée un parti politique, le Congrès démocratique national. Il instaure le multipartisme et se présente à la première élection présidentielle sous son règne. En 1992, il  est élu président du Ghana comme civil et engage un véritable processus démocratique dans son pays. Mais dès 1983 déjà, confronté à une crise économique, il est contraint de prendre langue avec la Banque mondiale et le Fmi pour souffler un peu. Cela lui réussit et l’économie redémarrer, lentement certes, mais sûrement grâce à une bonne gestion des ressources nationales. Les Ghanéens, satisfaits de son travail le réélisent en 1996.

Il entame son second mandat le 7 janvier 1997. Après deux mandats, la limite prévue par la Constitution ghanéenne, Rawlings entérine la candidature de son vice-président, John Atta Mills, à la présidence en 2000, au nom de son parti. Mais lors de l’élection présidentielle du 7 décembre 2000, c’est le candidat de l’opposition, du Nouveau Parti patriotique (NPP), John Kufuor, qui est élu président. L’alternance est pacifique, Rawlings passe à son tour dans l’opposition. Et, lors de l’élection suivante, qui a lieu le 28 décembre 2008, le candidat du Congrès démocratique national John Atta-Mills est cette fois élu président, marquant une nouvelle alternance politique. Encore une fois, cette alternance est pacifique. Et, depuis lors, le Ghana est devenu un modèle de démocratie où les élections se déroulent normalement, dans la transparence et avec très peu ou quasiment pas de contestations sur les résultats issus des urnes. Et ceci, grâce à cet homme exceptionnel, né en 1947 d’un père Ecossais et d’une mère ghanéenne.

Décédé ce 12 novembre 2020, c’est le Ghana et toute l’Afrique qui lui ont rendu un vibrant hommage.

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