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Fin de la pandémie – Les masques tombent: Le Coronavirus aurait-il déserté le pays ? Khadidiatou GUÈYE Fall

Avec ses entrées progressives dans les pays environnants, la Covid-19 n’avait pas épargné le Sénégal. De l’apparition du premier cas confirmé à l’arrivée du premier cargo de vaccins, les populations vivaient l’incertitude et le désespoir. Bientôt deux années de circulation et le virus semble inexistant à travers l’attitude des Sénégalais. On aurait déclaré la fin de la pandémie dans le pays ; rien n’infirme l’échéance des contaminations. Dans leur comportement, la Covid aurait été terrassée depuis l’arrivée du vaccin ou n’a jamais existé.

Depuis de début de la pandémie, le Sénégal a compté 73.875 cas de Covid-19. Grâce aux mesures prises par les autorités sanitaires, 71.985 personnes infectées ont été déclarées guéries. Le nombre de décès enregistrés s’élève à 1.873. En parallèle, le nombre de personnes vaccinées depuis l’arrivée des vaccins réunit près de 1.281.047, selon les chiffres du ministère.  A ce rythme, la quasi-totalité de la population sera vaccinée. Mais la contradiction se situe sur le fait de prendre un vaccin et de devoir toujours respecter les mesures barrières.

Une partie des Sénégalais refuse d’accorder une confiance inouïe aux vaccins en se basant sur le fait que le vaccin ne protège pas contre le virus, mais pourrait atténuer l’intensité du virus.

Moussa est un jeune conducteur qui voyage dans toutes les régions du pays. Il côtoie plusieurs personnes parce que son travail l’exige. Mais depuis un certain temps, son employeur lui réclame un carnet de vaccination. Toute sorte d’alibi est sorti pour échapper à la vaccination. En effet, Moussa fait partie de ceux qui doutent de l’efficacité du vaccin : « Ce n’est pas parce que je ne veux pas me vacciner, mais je ne vois pas ce qui peut me motiver à prendre le vaccin. Déjà,  l’annonce des vaccins avait l’objet de polémiques et de rejet de la part de certaines autorités. Alors, après quelque temps, j’apprends que le vaccin a causé des cas de thrombose dans les pays développés et qu’il ne protège pas totalement du coronavirus. Qui ne serait pas sceptique  ? ».

Même si le nombre de personnes vaccinées repose sur 1.281.047, une partie de la population dédaigne de se faire vacciner.  Et pourtant, dans le comportement quotidien du Sénégalais, on aurait compris une fin proclamée de la pandémie. Dans les transports en commun, le schéma reste le même : les passagers s’inclinent devant la volonté des chauffeurs et receveurs de bus à surcharger ; malgré le nombre de cas cités dans les communiqués du ministère, la population ne manifeste aucun agissement pour exiger une réglementation des transports en commun et se protéger. C’est sous cet angle qu’Aly Touré, un homme de la quarantaine travaillant dans une entreprise industrielle, aborde la situation : « Je suis tous les jours dans les transports en commun, mais la manière d’entasser les personnes encourage la propagation du virus. Il fallait insister sur les mesures prises lors de la troisième vague avec l’apparition de plusieurs variants détectée »,  avance l’homme en tenue bleue.

Il signale la négligence du port de masque dans les lieux publics : « Dans les lieux publics, personne ne prend le soin de porter le masque, seules quelques rares personnes respectent cette mesure de protection de base ».

Dans les marchés et places publiques, la même situation se pose. Les masques ne sont qu’un décor attaché au niveau du coup et du menton. Par ailleurs, les opérations de sensibilisation qui amenaient certains à revoir leur comportement allant dans le sens du respect des mesures s’éteignent au fur à mesure. Des autorités du pays accordent la tenue de cérémonie dans certaines zones du pays regroupant des milliers de citoyens. Beaucoup de phénomènes laissent croire que la Covid a quitté le territoire sénégalais. Même si cela réjouit les dirigeants, la journée du 20 octobre avec zéro cas signalé ne devrait pas encourager le peuple à délaisser tout ce qui est recommandé pour freiner la contamination. C’est sur ce fait que se reposent les propos du directeur de la Prévention au ministère de la Santé et de l’Action sociale soulignant :« On l’a aujourd’hui et, il faut s’en féliciter, redoubler d’efforts, dire que la maladie est là. Elle n’est pas encore partie et des cas seront toujours enregistrés tant qu’elle est encore partout dans le monde. Ils seront recensés mais espérons les maintenir dans les proportions les plus basses possibles ».

D’après le directeur El Hadji Mamadou Ndiaye, il serait nécessaire de rappeler aux Sénégalais que le cas ne signifie pas la fin de la Covid -19, même s’il en félicite.

On ne le dit pas mais les cas signalés en Afrique sont moins nombreux et alarmants que ceux de l’Europe. Donc ce n’est pas le moment de baisser la garde, d’après cette infirmière d’État. La blouse blanche confirme la présence du virus au quotidien des Sénégalais, mais rassure qu’avec un petit effort, le Sénégal sortira de la crise sanitaire qui bloque beaucoup de secteur sd’emploi. « Il suffit de ne pas négliger les mesures énoncées depuis le début de la pandémie, et de se faire vacciner car toute maladie n’agit pas de la même manière sur les personnes. Il y’en a qui résistent au virus grâce aux vaccins et d’autres en guérissent mais s’en retrouvent avec des séquelles. Donc ne soyons pas pessimistes et n’ayons pas la malchance de ne pas bénéficier des vaccins » prévient-elle, d’un air préoccupée.

Pour ce vendeur de café Touba, la journée zéro n’est pas une fatalité, car cela montre juste que le coronavirus n’existe plus dans le pays. « Cela ne me surprend pas. Tous les cas signalés ont été prévus. Personnellement, je n’attends pas à ce que les autorités décrètent la fin de la pandémie, je prends mes responsabilités d’officialiser la fin de la Covid à mon niveau. Si vous voyez bien , je n’ai porté de masque. Avec tous les rassemblements qui ont eu lieu, on n’a pas encore assisté à l’hécatombe, donc que personne ne revient pour parler d’une hausse des cas » , dément le vendeur de café. Son cas confirme le relâchement collectif.

Beaucoup de Sénégalais ont boycotté les gestes barrières. Ce relâchement semble unanime dans tous les secteurs d’activité regroupant des individus. Dans les transports en commun, les passagers font déborder les bus, dans les places publiques et marchés, les masques deviennent étouffants, dans les maisons, la psychose perd drastiquement son effet. Pour tous ces paramètres, des citoyens en déduisent une fin imminente de la pandémie dans le territoire sénégalais, alors qu’en réalité, le virus circule toujours.

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