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Faut-il se montrer pour exister ou disparaître pour exister ? Un véritable dilemme Par Sadio GAYE, Présidente Groupe de réflexion ORP

Depuis le 04 janvier 2021, Diary Sow, jeune femme de 20 ans, étudiante sénégalaise au lycée Louis Le Grand, est portée disparue en France. Sa disparition a provoqué un vif émoi au Sénégal et également dans la Diaspora sénégalaise. En effet, la jeune femme est très connue au Sénégal car elle a remporté par deux années consécutives le concours général sénégalais, ce qui lui a valu le titre de « meilleure élève du Sénégal » en 2018 et 2019. Récemment, elle a publié son premier roman sous le nom de « Sous le visage d’un ange ». Son brillant parcours scolaire l’a propulsée sur la scène de la médiatisation faisant d’elle un exemple à suivre et un modèle de promotion pour l’éducation des filles au Sénégal. Depuis sa disparition, se pose la question de la surmédiatisation qu’elle a connue. Mais l’a-t-elle réellement voulu ?

Si l’hypothèse d’une disparition volontaire s’avère vraie, une question mériterait d’être posée : est-elle victime de sa propre exposition médiatique ou la victime d’une image médiatisée de « super modèle » ?

De nos jours, il est devenu presque impossible de ne pas apparaître sur la toile. Cette mise en exposition de soi, de ses idées, de son ambition, de ses convictions, de ses fantasmes relève parfois d’une démarche volontaire visant à être vu, écouté, suivi et voire idolâtré. Cette quête de la notoriété, de la célébrité nourrit le désir de la reconnaissance, tel un souci d’être et le besoin de paraître. Les réseaux sociaux et les nouvelles technologies de communication constituent de nos jours une belle occasion de satisfaire cette impérieuse quête de notoriété.

Elle s’appelle donc Diary, elle a 20 ans, une jeune femme comme les autres, enfin presque. En effet, un véritable emballement médiatique s’est créé autour de la vie de la jeune femme. Elle a été aperçue sur de nombreux plateaux et des émissions de télé pour parler à la fois de son brillant parcours scolaire de « meilleure élève du Sénégal » et également pour la promotion de son livre paru récemment. Elle nous a touchés, en ce qui nous semble être la fierté et l’espoir qu’elle suscite concernant l’éducation des filles en Afrique et également de par la maturité apparente qu’elle dégage pour son jeune âge.

Mais cette surexposition médiatique peut aussi poser question : la volonté de réussite serait-elle doublée d’un indispensable souci de notoriété chez la jeune femme, l’ayant poussée à promouvoir sa surmédiatisation ?

Dans une démarche de mise en publicité de soi, on est metteur en scène de soi-même et l’individu court alors le risque de s’exposer et de devenir potentiellement une cible vulnérable. Mais son entourage était-il complètement conscient du danger psychologique que cela pouvait représenter ?

En érigeant Diary en symbole de modèle de réussite, on l’a aussi transformée en cible. En effet, les attentes des autres, la forte pression sociale et la surexposition médiatique peuvent jouer un rôle perturbateur. On cherche à correspondre à l’étiquette que l’on nous a collée à un certain moment de notre vie. Cela peut nous pousser à adopter des postures qui ne reflètent pas la grandeur de notre personnalité. Le poids de la surmédiatisation, la pression de « modèle d’excellence scolaire » qu’elle porte sur ses épaules, combinés à une frustration qu’elle a peut-être dû faire face récemment, ont-ils été des éléments détonateurs dans sa supposée disparition volontaire ?

Et si Diarra avait simplement décidé de se réinventer ?

L’hypothèse de la disparition volontaire serait-elle vécue comme une opportunité saisie par la jeune femme pour échapper à une image trop restrictive d’elle-même que veut lui imposer la société, sous la forme de modèle parfait à suivre et de rôle incontournable ?

Disparaitre serait-il un moyen d’échapper à la surmédiatisation qu’elle a elle-même alimentée ?

La disparition volontaire témoigne, sans doute maladroitement, d’un désir d’exister autrement pour mieux prétendre une aspiration à la liberté, une façon de s’extirper de la pression qui pèse sur elle en tant qu’objet social. Quoi qu’il en soit, ses chers compatriotes espèrent la retrouver saine et sauve, de nouveau parmi sa famille et qu’elle puisse profiter pleinement d’une vie sereine.

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