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Douta Seck ou l’incarnation du Roi Christophe. L’itinéraire improbable d’un instituteur devenu acteur Par Mohamed Bachir DIOP

C’est le domicile de l’ancien président du Conseil de Gouvernement du Sénégal, Mamadou Dia, qui porte aujourd’hui son nom. L’artiste aimait à promener sa  frêle silhouette du côté de l’ancienne École des Arts de Dakar avec sa barbe blanchie. Il était connu et adoré de tous les Dakarois qui voyaient en lui le représentant du Sénégal dans le monde artistique universel, et il avait cette dimension mondiale que lui reconnaissaient tous ses pairs. Si bien que le grand peintre Pablo Picasso, auteur du célèbre tableau «Guernica», se liera d’amitié avec lui et fera partie de son fan’s club. Douta Seck, c’était l’Art dans totalité.

De son Saint-Louis natal en passant par Ziguinchor, Paris, Lagos, Fort de France, Port-au-Prince et d’autres grandes villes d’Afrique et du monde, il aura illuminé de son talent la totalité des Arts.

Douta Seck a d’abord suivi les pas de son père, Ibrahima Douta Seck, instituteur de son état. Il commence sa carrière d’enseignant à Ziguinchor, aux antipodes de sa ville natale,  avant de rejoindre Dakar. C’est la capitale de ce qu’était alors l’Afrique occidentale française qui lui offrira l’opportunité de la fabuleuse carrière qui fut la sienne.

De son vrai nom Abdoulaye Douta Seck est, il est né le 4 août 1919 dans la capitale de la colonie française du Sénégal. Sa mère, Virginie, malgré son prénom qui sonne français,  est une Peulh qui, dit-on, descend d’une noble lignée. Son père, qui a été  directeur d’école, a combattu pour la France durant les longues années en France.

C’est donc à Dakar qu’il a la chance d’obtenir en 1946 une bourse de la municipalité afin de poursuivre des études en France. Le jeune Douta se destinait à une carrière d’architecte et c’est donc tout naturellement qu’il s’inscrit à l’Institut des Beaux-Arts de Paris. Mais il est déjà intéressé par le cinéma et, en 1949 déjà,  il obtient son premier rôle et incarne un sorcier dans la pièce : «L’empereur Jones», mise en scène par un certain Sylvain D’homme. Et les choses vont s’accélérer pour Douta Seck car, à partir de 1952, son penchant pour les arts lyrique et dramatique va l’emporter sur la carrière d’architecte à laquelle il se destinait.

Il devient l’interprète (et le compagnon de vie) de Marie-Louise Vidal de Fonseca, dans ses œuvres et productions radiophoniques et télévisées. Il fait de nombreux concerts,  chantant les negro-spirituals écrits par l’auteur dont «Les Piroguiers Noirs». Il incarne ainsi de nombreux rôles, écrits pour lui par Marie-Louise à la radio et à la télévision (l’O.R.T.F.), durant 5 années.

Sa riche carrière est ainsi résumée :

– 1954 – Il continue au théâtre avec le rôle du coolie, dans la pièce de Berthold Brecht: «L’exception et la règle», mise en scène de Jean-Marie Serreau, au théâtre de Babylone- Paris.

Ses partenaires sont alors : Laurent Terzieff, Albert Médina et Jacques Mauclair.

– 1955 – Rôle du gardien de la grotte des bandits, dans le film «Les aventures de Gil Bas de Santillane» (Vascos -Film- Producciones Benito Perojo).

– 1954 -1956 – Douta termine ses études musicales à l’École normale supérieure de Musique de Paris. Il devient alors  «Basse Noble» de la Radiodiffusion française.

– 1955 et 1956 – Il entame une tournée de concerts de chants classiques, de mélodies modernes, negro-spirituals et mélodies africaines à travers l’A.O.F., subventionnée par le Haut-Commissariat de l’A.O.F.

– 1957 – Il joue le rôle du sorcier dans le film «Tamango» de John Berry et, en 1958, il otient le rôle du papa noir dans le film «Les Tripes au Soleil» de Claude-Bernard Aubert.

Puis il passe l’examen de «l’Union professionnelle des Maîtres de Chant Français et obtient la mention «très bien» à l’unanimité. S’ajoute à son palmarès le Brevet d’aptitude à la carrière lyrique le 26 avril 1959.

En 1960, il revient au cinéma et obtient un rôle dans le film d’Yves Ciampi «Liberté» réalisé d’après l’œuvre de Léopold Sédar Senghor.

D’octobre 1959 à juin 1963, il devient le Fondateur et Directeur de l’École des Arts de la Fédération du Mali (puis au Sénégal à la rupture de cette Fédération).

À partir de juin 1963, il dirige un stage à l’Université Internationale du théâtre (Théâtre des Nations).

Le 4 août 1964, le grand auteur martiniquais, Aimé Césaire, écrit un rôle à sa mesure et ainsi naît la création de «La Tragédie du Roi Christophe» avec une mise en scène de Jean-Marie Serreau, produite par Europa Studio (Maison de production Allemande).

 

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