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Démissions : Qui Sème Le Report,

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Qui sème le report

récolte des démissions

C’est le tourment au Sénégal depuis la tenue du discours du président Macky Sall sur le report de l’élection présidentielle : les députés se battent à l’Assemblée nationale pour l’adoption ou non du projet de loi visant à reporter l’élection présidentielle, des violences ont émaillé certaines localités de la capitale juste après la déclaration du président Macky Sall. Les mêmes violences se sont poursuivies avant et après l’adoption du projet de loi. Le désespoir et la colère deviennent les mots cibles pour qualifier l’accablement du peuple sénégalais mais aussi de certains hommes politiques.

 

Par Khadidiatou GUEYE Fall,

Cheffe du Desk Société

Le souhait du président Macky Sall  n’enchante guère le peuple sénégalais : depuis son discours axé sur le report de l’élection présidentielle, c’est la tempête.

Dans le camp présidentiel, une démission a été notée pour désapprouver l’idée de reporter l’élection présidentielle : le ministre conseiller Abdou Latif Coulibaly a claqué la porte dès que le président Macky Sall a fait l’annonce. Pour lui, Macky Sall a atteint le summum en annonçant un décret visant à reporter l’élection présidentielle qui était prévue le 25 février 2024. C’est une question de retrouver sa liberté d’après les propos à l’antenne de RFI. « J’ai décidé de partir, de quitter le gouvernement. Je l’ai annoncé au président de la République immédiatement après son discours. J’ai décidé de partir parce que j’ai envie de retrouver toute ma liberté. Ma liberté de pouvoir exprimer mes opinions, de pouvoir également dire ce que je pense par rapport à ce qui se déroule aujourd’hui dans mon pays, parce que je considère qu’il y a des moments de l’histoire où on ne doit pas se taire, où on ne doit pas respecter la solidarité gouvernementale au point d’être complètement en-dehors » a-t-il répondu à la journaliste de Radio France internationale.

L’ex-ministre secrétaire général du gouvernement du Sénégal s’est dit dépassé par l’acte posé par le chef de l’État. Car, « le président de la République n’avait pas le pouvoir de le faire, l’Assemblée nationale encore moins, et la raison est très simple : en 2016, nous avons parcouru le Sénégal et le président Macky Sall avait raison de procéder à la réforme de la Constitution pour faire en sorte que le mandat du président de la République dans sa durée, comme dans le nombre de mandats, soit érigé en un principe intangible : la loi est sublimée pour faire en sorte que le mandat ait le même caractère et la même nature juridique que l’intangibilité du caractère républicain de l’État sénégalais. Et nous étions d’accord avec lui, et c’était bien de le faire. Et aujourd’hui, lui-même décide de renoncer à tout ça ».

La démission de Abdou Latif Coulibaly est en partie motivée par le retard de l’installation du matériel électoral, alors que les préparatifs se faisaient trois mois avant la tenue de l’élection.

Même si certains n’ont pas claqué la porte, d’autres ne perdent pas le courage de rendre public leur désaccord avec la décision du président Macky Sall. Zahra Iyane Thiam, membre de l’APR et ancienne ministre du gouvernement de Macky Sall, désapprouve ce report. Selon la directrice de l’Aspex, le président est en train de violer la Constitution. Elle estime que l’acte posé est une violation flagrante de notre charte fondamentale.

Il s’en est suivi Youssou Ndour. l’ancien ministre de la culture du gouvernement Macky Sall a manifesté sa colère et sa désolation face à la décision du président Macky Sall. Sur X, il montre sa désapprobation à l’endroit du chef de l’État. « La situation du Sénégal m’inquiète encore le plus car il y a trop d’animosités dans ce pays et ce n’est pas nous. Ce n’est pas le Sénégal. À cet effet, je lance un appel à toute bonne volonté pour qu’on œuvre à apaiser ce pays. Nos compatriotes ne méritent pas ça » a signé l’ex-allié du président Macky Sall.

Awa marie coll Seck, nommée à la tête du Comité national de l’Initiative pour la Transparence des industries extractives (ITIE), a également rendu le tablier.

A travers un communiqué rendu publique par son service de communication, il est précisé : « Ce jour, le professeur Awa Marie Coll Seck a présenté au président de la République, Macky Sall, sa lettre de démission de ses fonctions de ministre d’Etat et de présidente du Comité national de l’Initiative pour la Transparence dans les industries extractives. Le professeur Coll Seck a toujours eu à cœur de servir son pays avec honneur et fierté à tous les postes qui lui ont été confiés. Elle a eu ainsi l’opportunité d’apporter sa contribution à la construction et au développement du Sénégal. Aujourd’hui, pour rester en adéquation avec ses convictions personnelles et ses valeurs , elle souhaite se retirer de ses fonctions officielles ».

C’est une vague de colère que le report de l’élection présidentielle a créé au Sénégal. Les leaders d’opinions ne se sont pas tus face à cela. Les personnalités publiques invitées dans les plateaux de télévision ont incité le président à revenir sur sa décision afin d’éviter les tensions. Mais du côté du peuple, les affrontements ont déjà démarré avec plusieurs arrestations et des mouvements d’humeur observés dans le secteur de l’éducation, du transport et de la santé.

Khadidiatou GUEYE Fall