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Covid-19 : L’issue de la crise sanitaire est-elle certaine ? Chérifa Sadany SOW

Comment les Sénégalais adoptent-ils la levée de l’état d’urgence sanitaire ?

De toute façon, depuis quelque temps, une partie de la population sénégalaise s’était totalement dé-confinée : plus de masque, pas de distanciation sociale, etc… Cette partie a commencé ses activités festives bien avant la fin de l’état d’urgence sanitaire, là où l’autre partie, sceptique, reste sur ses gardes.

De petite taille, Mamadou Ali Dia, 30ans, donne son opinion sur la levée de l’état d’urgence en gesticulant : « Ça n’avait pas de sens ce couvre-feu limité à Dakar et Thiès. Cela ne nous empêchait pas de vaquer à nos occupations. Maintes fois, j’ai quitté Dakar pour aller à un mariage à Mbour, Thiès, même si je reviens avant le couvre-feu. Et croyez-moi, les cérémonies continuent à être pratiquées comme cela se faisait avant la pandémie. Il est donc impossible de penser qu’un couvre-feu puisse résoudre ce problème au Sénégal… » affirme-t-il en restant quand même content de ne plus être contraint par des mesures sanitaires.

Il contamine sa joie à Khalil Sall. Ce receveur de bus qui, dans une précédente interview, jouait à Roméo et Juliette durant la Covid-19, donne aujourd’hui son point de vue sur la situation : « Je sens une liberté intérieure liée à la levée de l’état d’urgence sanitaire. J’ai aussi l’impression que la maladie va bientôt prendre fin. Mais il n’y a pas grand changement dans nos comportements. Personnellement, je suis habitué à porter les masques et d’ailleurs, le port est obligatoire dans mon lieu de travail. Ne plus le mettre ne me rassure pas. Et concernant les activités de loisirs, après mon travail, je ne sors pratiquement pas. Sauf si je dois aller rendre visite à ma copine. Ce qui n’est plus possible puisqu’on a rompu ».

A 20h, une forte affluence est notée au rond-point Liberté 6 : étudiants, vendeurs, ouvriers tous, avec l’envie de rentrer tôt, guettent impatiemment le moyen de transport qui leur convient. Cette précipitation est justifiée par le choix des transports en commun qui n’est pas large. Ils sont obligés de se rabattre sur les tatas ou taxis en commun dès lors que les DDD (Dakar Dem Dikk) limitent leur dernier départ à 19 heures. C’est vrai qu’il y a plus de couvre-feu. Mais certains ont pris l’habitude de rentrer tôt, voilà pourquoi toute cette précipitation.

« J’habite à Guédiawaye et je passe presque toute la journée à Dakar. Une fois mon travail fini, je préfère tranquillement prendre les taxis en commun à 500 fcfa pour rentrer en toute sécurité, même s’il n’y a pas de couvre-feu », confie Ibrahima Guèye, jeune ouvrier.

Contrairement au rond-point Case-ba des Parcelles assainies où, à 20 heures, la place reste un carrefour. La tranquillité avec laquelle circulent les gens, informe sur la décision prise par l’État. Après près de trois mois de restrictions liées à la pandémie, l’état de catastrophe sanitaire a été levé vendredi dernier dans les régions de Dakar et Thiès. Connaissant le Sénégalais, cette nouvelle devrait lui plaire. C’est bien le cas pourtant, sauf qu’on ne sent pas encore un total abandon du protocole sanitaire chez la majorité de la population qui continue toujours à respecter les mesures sanitaires. Est-ce une prudence ? Où c’est l’habitude qui devient une seconde nature ? Si oui, jusqu’à combien de temps pour le Sénégalais ?

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