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Conte de Noël, Cora Fall raconte sa guerre d’Algérie: Les enfants de la Guerre

Me Fadel Fall a fait un émouvant mémoire sur les souvenirs de son père, ancien combattant basé à Rochefort ; Sadibou Fall a pris le relais le 14 décembre dernier. Ils sont tous les deux les enfants de Cheikh Matène Fall, ancien combattant. Abdourahmane Seck Homère aussi : comme les autres, il veille jalousement sur la mémoire de son père. Saliou Seck lui a fait don du meilleur cadeau qui soit, la vie, et un nom qu’il souhaite transmettre intact aux générations futures, immaculé. Il a le souvenir de son père, ancien combattant parti aider la patrie contre l’arbitraire et pour la liberté et la fraternité d’armes.

Ces faits d’armes, c’est Saliou Seck qui le raconte sous  les traits du para-commando de la classe 58 Mamadou Cora Fall qui a mené le même combat en Algérie ; Saliou Seck, c’est aussi Me Fadel Fall qui fait un mémoire sur les souvenirs de son père, ancien combattant basé à Rochefort et, Saliou Seck, ce sera toujours ce soldat inconnu, éternel vivant non sous un numéro matricule mais celui d’une arme qui lui sert de livret militaire.

Mamadou Cora Fall était dans la Santé, dans les Commandos parachutistes au niveau de la région de Constantine, en Algérie, avec le colonel Bigeard, au Pc du général Challe. C’était en 58-59. Ce qui est intéressant dans sa vie militaire, c’est qu’il sautait la nuit avec les commandos et rentrait vers 4 heures du matin ; il dormait alors jusqu’à 9 heures pour se retrouver sur la place publique pour faire de l’assistance militaire gratuite aux populations civiles. Spécialisé en sante militaire, il aurait dû se retrouver à l’hôpital inter-armes. Mais puisqu’il est un bon samaritain né et aussi parce que le personnel manquait, qu’il était le seul volontaire. Ce sera sa vie militaire de 1958 à 1960 : médecin volant sous les ordres du lieutenant Mougin, il sautait la nuit, largué dans les montagnes de la Kabylie à Akbou, dans une guerre non classique. « C’était dur et il fallait de l’abnégation », raconte-t-il aujourd’hui (19 novembre 2019). Pour l’histoire, le beau-père de Pathé Ndiaye de Rufisque est resté au champ d’honneur.

Sa foi et sa générosité le tireront de situations inextricables dans cette Algérie en rébellion contre la France divisée entre l’Organisation de l’Armée sécrète et la naissance du Front de Libération nationale. L’anecdote qu’il raconte sur la place de Constantine n’est pas la plus drôle qu’un soldat d’une force d’occupation peut vivre : encerclé par un nombre important de rebelles, il craindra moins pour sa vie que pour le matériel médical et les médicaments qui lui permettent de soulager la douleur et que les assaillants ont emportés. Ce sont les populations civiles de la place qui poursuivront les rebelles pour plaider la cause du paracommando : « Mamadou est un bon musulman, il vient de prier à 14 heures sur la place même ». Ainsi récupérera-t-il ses moyens.

Mamadou Cora Fall était à lui seul l’antenne chirurgicale parachutable, tombé sous les critiques d’un colonel qui protestait contre les « embusqués » dans les hôpitaux pendant que leurs camarades se faisaient canarder ; soucieux de rendre service, le militaire se portera volontaire pour être parachuté au front. La guerre d’Algérie fut éprouvante dans sa forme et dans ses conséquences morales pour Cora Fall. Il s’émeut encore aujourd’hui de la douloureuse situation des Harkis, « ni ni », classe spéciale en France. Son souvenir le plus notable ? C’est lorsque qu’il se faisait tirer dessus par les rebelles au sol alors qu’il venait de sauter en parachute pour aller secourir les blessés des accrochages.

Il se retrouvera ensuite à Brazzaville et jouera un rôle assez notable dans la crise gabonaise avec le coup d’État contre le président Léon Mba ; de Lambéréné, Mamadou Cora Fall participera au groupe qui exfiltrera le président Léon Mba lors des événements de 1964 au Gabon lorsque Léon Mba est ramené militairement au pouvoir.

Cora Fall est né à Rufisque à la veille de la Seconde guerre mondiale, celle de Saliou Seck et de Cheikh Matène Fall, le 14 mars 1938 de Mamadou Fall, lui-même fils de Amadou Fall. Il est maire honoraire de la vieille ville après l’avoir été au milieu des années 80, suivant en cela une tradition établie dans la famille : son grand-père Ibra Seck a été le premier maire noir de Rufisque pour lequel a résonné « La Marseille ». « Fier comme le bras », dit aujourd’hui Mamadou Cora Fall. Son autre grand-père a été Ndèye Ji Rew, Premier ministre en République lébou ; le pays le consacre avec l’association sportive et culturelle Ndiagne Samb qui en perpétue le nom et la mémoire.

C’est donc tout naturellement qu’il y retourne au début des années 70, pour se mettre encore une fois au service de la communauté. Avec le Comité pour la Rénovation de Rufisque, il se lance dans la lutte pour un environnement sain et sur l’approvisionnement en biens et consommation. Avec la grande sécheresse de ces années-là, il aide certaines populations de zones arides en creusant des puits. Introduit en même temps dans le domaine du sport, il reste l’éternel président du club fanion de la ville, dans ses différentes disciplines. Aujourd’hui, il est dans le logement social.

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