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Commune de Linguère-Forum sur l’emploi des jeunes: Une rencontre…pile à l’heure mais préparée de longue date Un reportage de notre envoyé spécial Habib KÂ, Bureau régional de Matam

Sur les 17 millions d’habitants que comptera le Sénégal à la fin de cette année, dont la moitié aura moins de 18 ans d’âge, le département de Linguère fera 300.000 habitants pour une superficie 15.000 km2. Linguère n’a pas un problème de terre, ni un problème d’eau, la nappe phréatique n’est pas assez profonde, le sol suffisamment arable. Et il n’y pas que cela pour l’employabilité des jeunes.

Si le cliché habituel était que Linguère est une zone pastorale, aujourd’hui Linguère est riche de ses étendues de terres inexploitées encore, de ses ressources en eau, si bien que Linguère est aujourd’hui devenue une zone qui se prête parfaitement à l’agriculture, l’élevage intensif, à l’horticulture, à la pisciculture.

C’est ce que le forum du 17 mars a révélé, entre autres réalités.

Ce mercredi 17 mars 2021 ,11h 30mn, au centre Alé Badara Sy à Linguère, le lieu était plein à craquer, bien que des tentes aient été dressées à l’occasion, pour suppléer le déficit de places, ainsi que des écrans projecteurs placés dehors en relais pour le confort des assistants.

Sincèrement, la salle était trop exiguë eu égard à l’importance et à l’opportunité de l’invitation du maire de la commune Aly Ngouille Ndiaye pour un “Forum sur l’emploi des jeunes » avec pour thème : “Auto-emploi et entrepreneuriat, quels projets pour relever le défi du chômage des jeunes au Djoloff ? “.

Ce thème est venu à son heure, pure coïncidence, même s’il semble être, à première réflexion, une réponse immédiate, sectorielle des douloureuses manifestations du 08 mars dernier. Mais, au regard de la qualité des panelistes venus répondre au billet du premier magistrat de la ville de Linguère, on peut aisément comprendre que ce rendez-vous a été mûrement réfléchi, préparé, organisé avec minutie.

Sur la table des panelistes étaient :

Youssoupha Diagne, consultant

Harouna Baldé, chef antenne Agence nationale pour la Promotion de l’Emploi des Jeunes (ANPEJ),

Babacar Ndiaye, directeur-aménagement Agence nationale d’Insertion et de Développement agricole (ANIDA),

Massamba Diop, chef antenne Agro-Jeunes Louga,

Mamadou Ndiaye, directeur Entreprenariat rapide (DER),

Papa Malick Ndour, DG programmes des Domaines agricoles communautaires (PRODAC),

Aminata Ndiaye, présidente de la Fédération des Femmes face au développement du Sénégal (FEFADS).

Évidemment, l’événement a été rehaussé par la présence très remarquée du préfet du département.

Des jeunes venus des quatre coins de la Commune de Linguère des villages environnants, pour ne citer que Barkeji, Yang Yang, Boulal, Thiel, Labgar, Thiargny, Mboula, Tesse Kere, Sagata Djolof répondre à l’appel du maître de cérémonie du jour, qui distribuait la parole et présentait les panelistes invités.

Après les discours du préfet, du président du Conseil départemental de la Jeunesse qui a eu à remercier toutes les autorités administratives, pour après louer la vision du ministre d’État Aly Ngouille Ndiaye qui n’a jamais ménagé aucun effort pour la promotion de la jeunesse. Pour lui, le Forum est venu à son heure pour accompagner ceux qui ont déjà effectué des formations, ou qui ont des métiers de tailleurs, soudeurs, mécaniciens, menuisiers, électriciens, etc . . .

Prenant la parole et président de séance, le maire Aly Ngouille Ndiaye a d’emblée tenu à préciser qu’il n’est pas venu pour faire un discours. Qu’il est là pour du concret : faciliter le contact et les échanges entre les jeunes du département de Linguère et des responsables administratifs venus spécialement répondre à leurs sollicitations. Aussi les responsables ici présents interviendront à tour de rôle pour exposer les projets de leurs départements respectifs. Certains partageront leurs expériences, d’autres, sous forme de questions-réponses, éclaireront les lanternes.

Puis trois ateliers seront créés, animés par les panelistes, et restitutions des projets : Agriculture ; élevage, femmes ; mareyage et froid, femmes, autres projets…

Introduisant le thème, le maire Aly Ngouille Ndiaye, maitrisant parfaitement son sujet, puisque c’est son domaine de prédilection, a avancé des chiffres et estimations qui réconfortent.

En fin 2021 le Sénégal serait à 17 millions d’habitants, dont la moitié aura moins de 18 ans d’âge. Que le département de Linguère fera 300.000 habitants pour une superficie 15.000 km2. Linguère n’a pas un problème de terre, ni un problème d’eau, la nappe phréatique n’est pas assez profonde, le sol suffisamment arable

Si le cliché habituel était que Linguère est une zone pastorale, aujourd’hui Linguère est riche de ses étendues de terres inexploitées encore, de ses ressources en eau, si bien que Linguère est aujourd’hui devenue une zone qui se prête parfaitement à l’agriculture, l’élevage intensif, à l’horticulture, à la pisciculture.

Revenant sur le thème du forum, Aly Ngouille Ndiaye, très réaliste, de prévenir que la demande de l’emploi des jeunes est très, très supérieure à l’offre et que ni l’État et son administration, ni le secteur privé ne peut résorber tout le déficit.

C’est pourquoi, soulignera-t-il, ce Forum fait partie des prérogatives et missions confiées à l’Agence nationale pour l’Emploi des Jeunes (ANPEJ). En effet, un des objectifs de cette agence est d’accompagner les jeunes, les encadrer pour obtenir un emploi stable décent, étant entendu que l’objectif du plein emploi ne serait atteint que si chaque bénéficiaire des fonds puisse créer, en retour, des emplois.

C’est pourquoi, retient-il, dès la semaine prochaine la plate-forme de l’emploi sera mise sur place pour permettre à tous les jeunes où qu’ils soient de bénéficier des services de l’ANPEJ. Par ailleurs, ajoutera-t-il, la Der et la Banque agricole sont interpellées pour des exploitations individuelles de 1 ha, des fermes familiales qui peuvent atteindre 5 ha ainsi que les fermes villageoises qui peuvent faire 10 à 15 ha.

Aly Ngouille Ndiaye de conseiller aux éleveurs, pour combattre la transhumance du bétail et la divagation, puisque des forages d’un coût unitaire de 50 millions de francs cfa sont mis à leur disposition, pour moins de 10.000 personnes, il faut en retour que les résidents autour de ces points d’eau très importants s’activent à cultiver les fourragères pour combattre la transhumance et la divagation des animaux.

La Délégation à l’Entreprenariat rapide (DER) se désole, quant à elle, de recevoir des futurs jeunes entrepreneurs, souvent plus de 100 projets presque tous identiques, à la seule différence que c’est le nom et le numéro de téléphone qui changent et qu’ils font tous par exemple un même projet : un poulailler.

Aly Ngouille Ndiaye de préciser encore que la région de Louga bénéficiera de deux Domaines agricoles communautaires (DAC) dont un sera à Keur Momar et l’autre à Linguère. Ainsi 6.000 emplois permanents de jeunes seront créés.

Puis après une pause-café, le ministre Aly Ngouille Ndiaye a participé aux travaux de l’atelier « Agriculture » avec Ahmed Fall, ingénieur polytechnicien diplômé de Thiès (EPT), qui a livré un cours magistral plein de sages conseils et de recommandations aux jeunes forumistes, s’inspirant de son propre parcours personnel.

Son aîné de trois promotions à l’EPT, Aly Ngouille Ndiaye, a témoigné que son cadet Ahmed Fall peut être qualifié comme homme assez spécial, assez exemplaire, une touche à tout : nanti de son parchemin avec brio et succès, contre toute attente, M. Fall est allé s’inscrire à l’École nationale d’Horticulture de Cambérène pour des raisons dont lui seul connaissait le secret. Il était attiré comme qui dirait par le goût du risque, du défi un amour viscéral pour la terre, l’agriculture.

Toujours le maire Aly Ngouille de Ndiaye de relever dans son témoignage que M. Fall a eu le courage, chose inédite pour certains, de vendre son meuble à Dakar pour venir investir courageusement l’intégralité du montant de cession dans l’agriculture, pendant que ses camarades de promotion se complaisaient de trouver un emploi stable dans l’administration ou le privé, pour se caser et sécuriser leur avenir.

Prenant la parole, M. Fall a confirmé qu’il faisait d’abord du tri et ramassage de cartouches imprimantes dans les poubelles, autrement du recyclage de cartouches d’imprimantes.

Puis de profiler les caractères qu’un jeune entrepreneur doit au préalable forger en soi. Des conditions premières intrinsèques que le jeune futur entrepreneur doit acquérir : des disponibilités minimales pour pouvoir optimiser les aptitudes de piloter rigoureusement un projet bien élaboré. Et M. Fall d’égrener pédagogiquement les qualités nécessaires et indispensables au jeune entrepreneur.

Pour réussir une entreprise, il vous faut d’abord de l’humilité, un désir sincère de ce que vous entreprenez de faire, presque une passion. Puis en faire une obsession de réussir le grand rêve, une volonté chevillée au corps de l’endurance, presque de la souffrance. Nos frères baol-baol, dira-t-il, vivent leur amour du travail, la soif de réussir, de déplacer des montagnes, comme une foi, un respect quasi-religieux des exigences du travail. Et de préciser qu’en ville, les baol-baol réussissent plus vite que les citadins parce qu’eux, ils ont la détermination en bandoulière ; il voit que ceux appeler Baol-baol, quand ils sont en ville, réussissent plus vite que les citadins qui ont appris. Aussi, le jeune entrepreneur doit apprendre à se prendre en charge, à compter en premier lieu sur soi : ses propres forces, son génie, ses moyens propres, avant de solliciter l’appui financier extérieur.

Pour donner l’exemple, il a pris son cas. En effet, Ahmed Fall a précisé qu’il avait commencé par créer ses propres réseaux sociaux : pendant 20 ans, il effectuait des déplacements pour aller acheter du matériel en Asie. Quand, riche de ses prospections, l’idée lui est venue de s’installer en Chine, il avait si bien réussi son intégration dans le tissu économique de ce pays qu’il parvenait à concurrencer ses fournisseurs asiatiques d’antan.

Pour réussir dans l’entreprenariat, ajoutera-t-il, il faut mettre en place des mécanismes pour être bien préparés et ne pas toujours penser que les fonds d’investissement sont la matière première. Beaucoup de projets mal ficelés, mal menés, pas encadrés se sont révélés être des projets mort-nés, des gouffres à sous pour les promoteurs. Aujourd’hui, M. Fall s’estime très satisfait. Son obstination, la terre la lui a rendue au centuple avec la foi qu’il avait en elle : il cultive des pommes de terre, des oignons, du piment, des melons, du gombo, des papayes et tutti quanti fruits et légumes. Au marché Thiaroye, les commerçants dont il est fidèle fournisseur lui ont collé le sobriquet Ahmed Kaani, en référence au piment de qualité dont il inonde le marché jusqu’aux grandes surfaces, Auchan notamment. Il y a plus de 20 ans, on disait que la qualité de l’oignon made in Sénégal laissait à désirer, donc pas vraiment du tout compétitif. Avec le temps et l’abnégation aidant, il s’est amélioré producteur d’oignons de la sous-région. Ceux qui vendent pour lui au marché Thiaroye, ils ont bac plus 5 et sont des gens, débarrassés du complexe de l’intellectuel, qui ont su se réadapter et gagner convenablement leur vie, sinon plus que leurs alter egos officiant dans des bureaux climatisés.

Aly Ngouille, reprenant la parole, de préciser qu’être maîtrisard et être embauché dans une station d’essence n’est pas un sot métier. Il suffit d’avoir plus de ressorts, de tacts et d’entrain pour percer, s’établir à son propre compte, entreprendre, et devenir son propre patron.

Tous ceux qui auront déposé un projet, seront accompagnés, rassure le natif de Djolof, premier magistrat de la ville. Et de préciser à l’assistance intéressée qu’en venant à Linguère, une bonne volonté lui a fait la promesse ferme de prendre en charge tous les frais d’étude et de conception des projets, qui seront déposés et enregistrés ce jour. En plus ils bénéficieront d’accompagnement et d’encadrement, choses somme toute nécessaires.

Sur la production de la tomate concentrée, en cinq ans, le Sénégal peut reprendre tout le marché de la Cedeao.

Prenant l’exemple du soump (jujube) qui pullule partout dans le Ferlo, Aly Ngouille Ndiaye et les femmes qui ont déjà suivi et reçu leur diplômes de reconnaissance des formations fruits et légumes ont montré que le soump est toute une richesse : on peut en extraire de l’huile, du savon, du jus, de la confiture, etc . . .

Au maire Aly Ngouille Ndiaye de préciser qu’après les cultures de tomate, oignon, etc . . ., il faut prévoir des usines de transformation. L’industrialisation, au-delà de la valeur ajoutée qu’elle créera pour des produits finis, offrira aux jeunes des emplois en qualité et en quantité suffisante, la réduction du taux de chômage des jeunes, la création d’emplois durables pour les jeunes, véritables remparts contre l’engorgement massif des villes, l’exode rural.

Plus ambitieux, mu par une volonté inébranlable de réaliser son grand rêve, dans ce domaine précis où toutes les conditions objectives sont réunies, le polytechnicien, ingénieur en génie civil (promotion 1983-198), fils de feu Ibra Ndiatté Ndiaye, ancien maire de Linguère, rêve d’un grand Djolof, comme son aïeul, Ndiadiane Ndiaye. Aly est connu comme un travailleur chevronné avant le verdict du scrutin de la présidentielle de 2012, comme un acteur de développement confirmé dans le Djolof natal où femmes et jeunes bénéficiaient de financement, indistinctement de leur appartenance politique ou ethnique.

Il rêve aussi de créer l’intercommunalité, des pôles agricoles pour des productions à grands rendements.

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