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Ciao, Bolloré ! Avec son départ, place aux intérêts africains

Bolloré cède ses activités portuaires

et logistiques en Afrique subsaharienne

 

Par Ababacar Sadikhe DIAGNE

Dans la presse, suite au retrait de Bolloré de l’Afrique subsaharienne, ont été soulevés beaucoup de problèmes qui sont à la base de nos difficultés économiques et politiques : une des tares de nos pays est la prétendue amitié entre des opérateurs économiques et nos responsables étatiques ; ces relations sont typiques de la mal gouvernance. Comment peut-on croire à une amitié qui n’est venue qu’après son accès au pouvoir et qui, l’expérience l’a maintes fois montré, cesse avec la perte du pouvoir ?
En réalité, ces rapprochements opportunistes ne sont que des manœuvres destinées à s’affranchir des règles qui devraient préserver les intérêts légitimes du pays où l’opérateur a ou veut réaliser son projet.
Les États-Unis, malgré leur libéralisme quasi-religieux, avaient refusé en 2006 que Dubaï Port prenne le contrôle du port de Chicago compte tenu de son caractère stratégique. Le Congrès US avait même avancé l’idée d’édicter une loi interdisant l’acquisition d’infrastructures sensibles par des sociétés étrangères notamment celles contrôlées par des États étrangers.
Chez les subsahariens, combien d’infrastructures sensibles sont entre des mains étrangères et la faute est imputable à qui ?
Les conséquences négatives d’une telle situation sont nombreuses parmi, lesquelles peuvent être citées :

– Un retrait sans préavis en cas de difficultés diplomatiques, politiques ou autres (l’actualité en Russie l’illustre parfaitement),
– les bénéfices réalisés au lieu d’être réinvestis dans les secteurs prioritaires du pays où ils ont été générés contribuent à l’acquisition de yatchs, de jets privés, de somptueuses demeures voire d’œuvres d’art aux prix incroyablement élevés.

Il faut dire que beaucoup de pays ont dû céder leurs infrastructures stratégiques à cause des conditionnalités liées aux “aides” que les institutions financières multilatérales imposent en intervenant dans ces “pays pauvres et endettés” ; d’où la dangerosité de l’endettement pour un État.
Chez nous, je dois dire que je n’ai pas pu comprendre que la gestion de notre principal aéroport soit confiée à un groupe étranger et ce, en abandonnant un système de péréquation qui permettait d’assurer le fonctionnement et l’entretien de l’ensemble des plateformes du pays sans que l’Etat ait à apporter la moindre subvention ou contribution. Disons tout simplement que ceci relève du paradoxe, compte tenu du fait que l’Organisation de l’Aviation civile internationale (OACI) et l’ASECNA ont eu à recourir à l’expertise sénégalaise pour des projets ou activités dont la gestion aéroportuaire n’était pas des plus complexes.
Les décideurs devraient beaucoup réfléchir sur les concessions  d’exploitation d’infrastructures stratégiques qui ont mis en évidence les pratiques et relations à bannir chez ceux  qui sont investis de pouvoirs d’État.
Les hauts responsables d’un État et leurs proches devraient être d’une extrême vigilance et prudence par rapport à ceux qui viennent leur déclarer amitié et proximité dès qu’ils apprennent leur élection ou nomination.
Ces derniers sont rarement de bonnes fréquentations.
Bien au contraire !

Ababacar Sadikhe DIAGNE

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