GMT Pile à l'heure

La Ligne du Devoir

Aïssatou Cissé, conseillère spéciale du chef de l’État: «Je veux participer à la réduction maximale de la pauvreté et de la précarité » Entretien dirigé par Charles SENGHOR

Conseillère spéciale du président de la République en charge des programmes des politiques de prise en compte du handicap et aussi de la vulnérabilité, Aïssatou Cissé n’a qu’une seule ambition : accompagner les populations à la base dans le cadre de la réduction au maximum de la pauvreté et de la précarité.

Cette romancière et nouvelliste, productrice de guides d’enfance aussi, accompagne beaucoup de femmes, certaines en situation de handicap vivant avec le cancer. L’administratrice du centre de développement solidaire et inclusif, par ailleurs  membre du mécanisme africain d’évaluation paritaire pour la bonne gouvernance de l’Union africaine, salue le Sénégal, « pays modèle de l’intégration des personnes handicapées dans ses politiques ».

Que représente pour vous octobre rose ?

Je salue l’initiative de cette rubrique consacrée à octobre rose. Le mois d’octobre qu’on appelle octobre rose est une sorte de moment de plaidoyer pour lutter contre le cancer notamment les cancers du sein et du col l’utérus qui sont les deux facteurs de décès chez les femmes. Ce mois, également, est consacré à accompagner toutes ces femmes en situation de vulnérabilité suite à un début de cancer ou en phase terminale ; il est consacré à trouver des solutions ensemble pour réduire le taux de ces cas de cancers.

J’en profite, d’ailleurs, pour rendre un vibrant hommage à Mme Bousso Fall qui a été une grande sœur pour moi, une militante de la femme et des droits des femmes. Elle a beaucoup fait pour les femmes au Sénégal et en Afrique. Mais, malheureusement, elle a été emportée par un cancer.

Que faites-vous concrètement pour ces femmes atteintes de ces cancers ?

J’accompagne beaucoup de femmes ;  certaines, en situation de handicap, vivent avec le cancer. C’est très douloureux même pour leurs familles et entourage. Moi qui vous parle, j’ai perdu, il y a moins de 40 jours une tante, emportée par le cancer. Au sein de notre organisation, on accompagne ces personnes vulnérables parce que ces maladies demandent beaucoup de frais et c’est très difficile à supporter par la famille renferment généralement des gens qui vivent dans la précarité financières. Depuis quelques années, on les accompagne. On en a perdu certaines, mais d’autres résistent et évoluent favorablement par rapport aux soins. Il faut reconnaitre que l’État a quand même beaucoup fait pour les femmes concernant le cancer avec la gratuité de certains soins. Mais il nous reste encore des efforts à faire dans ce domaine-là pour mieux accompagner les victimes et surtout les familles parce que ce sont  d’autres victimes collatérales qui vivent cette souffrance avec leurs proches qu’ils regardent mourir. Donc, je pense que l’accompagnement est fondamental.

Comment votre structure arrive-t-elle à mobiliser les moyens quand on sait que ce sont des traitements lourds ?

J’ai tout fait depuis quelques années avec mon salaire, avec l’aide de mes frères et sœurs, de quelques amis et de mes deux parents qui me soutiennent quelquefois quand je suis financièrement essoufflée pour aider des femmes que nous pouvons prendre en charge. Mais, maintenant, nous avons des partenaires qui nous accompagnent. Parfois, quand la situation de ces personnes malades est très pénible, je demande l’appui de certains partenaires au développement. Parce que c’est souvent des femmes qui étaient dans des activités de développement durable ou d’activités génératrices de revenus qui se retrouvent du jour au lendemain privées de ces conditions, n’ayant rien à donner à leurs familles. Mais, avec mon salaire, Dieu m’a orientée vers ces femmes. Et je les accompagne de tout cœur.

Quel est votre rôle aux côtés du président de la République ?

Je conseille le président de la République sur la question des politiques de prise en compte du handicap notamment.  Avant l’avènement du président Macky Sall à la magistrature suprême, on parlait des handicapés à qui il faut toujours apporter une certaine aide. Et la politique a changé ; maintenant on parle de politique de prise en compte. Quand il s’agit de prendre en compte quelqu’un, le volet juridique est fondamental avec la signature de ce décret. Et c’est ce que le président de la République a fait depuis 2012 avec le décret pour la délivrance de la carte égalité des chances, le décret concernant l’institution de l’éducation spéciale mais aussi inclusive. Ces deux décrets-là, au cœur des actions publiques, permettent de prendre cet individu en compte au lieu de le prendre en charge. Ils permettent aussi de lui offrir les moyens de se prendre en charge ; c’est aussi lui donner une éducation, une formation professionnelle diplomante, des outils pour commencer des activités ou être autonomes financièrement, socialement et sociétalement.  Cette politique, c’est aussi la prise en compte des personnes vulnérables qui sont ne sont pas forcément handicapées.

Actuellement, je suis en tournée pour former les femmes selon leurs demandes, leurs besoins sur la transformation, et autres domaines de compétence. Cette démarche a pour objectif de booster la relance économique pour les femmes à partir de la base. Parce que tant qu’on aura compris que l’économie souffrirait moins en tenant compte des actions communautaires, on s’en portera mieux.

Quelle est, aujourd’hui, la condition de la femme handicapée au Sénégal ?

Ce sont des conditions très difficiles. Je ne vous le cache pas. Bien qu’il y ait des améliorations, le handicap est une question assez complexe. Parce qu’il y a le handicap physique, mental, auditif, visuel, entre autres. Il y a beaucoup de sortes de déficiences. Et dans nos structures qui reçoivent du public, on ressent carrément ces problèmes. Soit c’est l’accessibilité structurelle qui fait défaut, soit c’est l’accessibilité communicationnelle. Je prends en exemple  une personne handicapée auditive. Quand elle part en consultation dans une structure de santé, elle a du mal à se faire entendre, à se faire prendre en compte. Parce que les praticiens ne connaissant pas le langage des signes, ne peuvent pas communiquer avec elle. Donc, c’est un réel problème.

C’est un peu différent du handicap visuel. Là, quand la personne parle, au moins on entend ce qu’elle dit. Mais, pour celle qui n’entend pas et qui ne peut pas parler, c’est un handicap assez lourd. C’est du même ordre pour le handicapé intellectuel. Ces gens sont très mal vus dans nos sociétés africaines. Mais, au Sénégal, la tendance commence à évoluer favorablement. C’est au Sénégal seulement qu’on voit des handicapés déficients intellectuels qui travaillent, qui sont à des secteurs de travail digne, qui sont en contrat à durée indéterminée (CDI) et qui sont payés. Certains sont en stage, d’autres en contrat à durée déterminée (CDD). Mais, c’est au Sénégal seulement qu’on peut les rencontrer. C’est d’ailleurs ce qui a placé le Sénégal au sein de l’Union africaine comme pays modèle de l’intégration des personnes handicapées dans les politiques.

Quels sont les véritables besoins de la femme handicapée au Sénégal ?

La femme handicapée au Sénégal a besoin d’être autonomisée, instruite, d’avoir accès aux mécanismes d’autonomisation, d’avoir accès au crédit, d’avoir accès à des structures de santé aux normes aussi bien structurelles que communicationnelles, d’avoir aussi accès à tous les services publics de l’État pour déclarer leurs enfants à leur naissance, pour bénéficier des informations sur la santé de la  reproduction qui leur font défaut justement, sur la communication sur tout ce qui concerne le domaine individuel. Je pense que l’accent doit être notamment mis sur les structures de santé pour leur donner toutes les normes requises pour permettre aux personnes handicapées d’être à l’aise.

Ce n’est vraiment pas le cas pour les structures de santé ?

Aujourd’hui, il n’y a qu’une seule maternité qui répond aux normes. Il s’agit de la maternité Annette Mbaye Derneville de Ouakam, qui a été construite par  les éléments français au Sénégal et avec mon soutien parce qu’on a organisé un grand événement, en l’occurrence un gala pour lever des fonds après que la Première dame ait eu la générosité de faire la pose de la première pierre. Là, on peut vraiment dire que c’est la seule maternité où une femme handicapée peut aller mettre au monde son enfant en toute sérénité. On a pensé à tout dans la conception de cette structure de santé. Il faudrait qu’on ait dans tout le Sénégal  des unités de ce genre-là, qui puissent prendre en compte toutes les femmes.

Pour lire la suite de l’article, consultez le gratuitement dans notre kiosque en ligne ou téléchargez le :

 

 

 

 

 

 

 

Que pensez-vous de cet article ? N’hésitez pas à réagir et à débattre dans la zone «Ajouter un commentaire».

%d blogueurs aiment cette page :