GMT Pile à l'heure

La Ligne du Devoir

Affaire Ousmane Sonko : Suite en Beauté

Affaire Ousmane Sonko

La tête basse

En se plaçant finalement derrière Aïda Mbodj, le représentant de Ousmane Sonko ne fait pas durer le suspens : il entame une longue fuite en toute beauté et laisse planer des doutes sur de possibles poursuites pour faux et abus de confiance. Tête basse par un serviteur de Dame justice.

Le mandataire de Ousmane Sonko ne s’est pas présenté le 30 décembre dernier au Conseil constitutionnel pour défendre le dossier de son candidat ; si les clauses du protocole le renvoient désormais derrière Aissatou Mbodj, une rencontre restreinte le 29 décembre semblait signifier la fin des illusions : l’affaire se présenterait sous de mauvais auspices et pourrait susciter des poursuites pour faux et usage de faux, détournement de documents administratifs, …

Cette hypothèse sur l’absence de Me Ciré Clédor Ly vaut autant que les élucubrations autour de ce lapin, dont celle de cet autre malade imaginaire évacué du Sénégal en fauteuil roulant pour aller prendre le café dans un coin d’un aéroport parisien.

L’esthétique, base de la morale et du Droit, rejette en tout la concurrence faite au candidat Bassirou Diomaye Faye que Sonko lui-même avait désigné : l’excuse d’une candidature multiple pour passer entre les mailles du filet répressif de l’Etat ne saurait prospérer en la circonstance, dans une bonne société racée, d’honneur. Mais il y plus sérieux quand rien, sur le plan administratif, ne mentionne Ousmane Sonko comme candidat, sauf cette curieuse séance d’effeuillage quand on dénude Jean Guirassy pour habiller Paul Sonko : les parrains ont été bernés en définitive et l’État devrait réagir devant ce détournement d’objectif qui ressemble à du dol. En bon avocat, Me Clédor Ciré Ly se donne peut-être un temps de réflexion. Et puisque le ridicule ne tue plus au Sénégal, à défaut d’un espace public, un studio de télévision suffira pour finalement organiser l’investiture du candidat Ousmane Sonko.
L’histoire de Ousmane Sonko se sera ainsi terminée en eau de boudin, malgré la dernière charge de l’inévitable brigade légère Us, dans des termes et formes qui rappellent la traversée solitaire d’un certain Carson à la veille de la Présidentielle de 2012 : deux sénateurs américains, Jim Risch et Ben Cardin, se sont effet lancés en campagne le 18 décembre dernier en présentant une résolution invitant le gouvernement sénégalais à garantir la tenue d’un scrutin inclusif, transparent et démocratique ; l‘un est républicain et l’autre démocrate, respectivement président et vice-président de la commission des Affaires étrangères du Sénat.
Piqûre de rappel : le 18 février 2011, les États-Unis Usa apeurés par le “Y en a marre”, après s’être réjouis naguère du “Sopi” ont réagi face à Me Wade avec l’inévitable Johnie carson, chargé des Affaires africaines au Département d’État américain.
La tâche était d’autant plus facile que plusieurs personnalités sénégalaises, des professeurs d’université, des diplomates sénégalais, des hommes d’affaires et d’autres citoyens sénégalais ont participé à une rencontre où seuls Wade  et son régime ont été épinglés comme sources de corruption, de violation des droits de l’homme et des libertés dont il fallait se débarrasser au plus tôt, comme naguère Jr l’avait décrété de Saddam Hussein.
L’Amérique enverra le même message au président Wade avec les tournées entamées dans la zone de l’Afrique de l’Ouest en janvier 2012 par Hillary Clinton en Côte d’Ivoire, précédée d’Alain Juppé en “tournée africaine” en Mauritanie (10-11 juillet 2011) et du Premier ministre François  Fillon à Abidjan le 14 juillet, en sautant tous, diplomatiquement, l’étape du Sénégal : le massacre en Guinée pour imposer Alpha Condé, l’épuration ethnique en  Côte d’Ivoire avec les bombardements remarquables sur des palais d’États souverains (Abidjan et Tripoli) par des croisés jettent une nouvelle  compréhension de la nouvelle démocratie occidentale qui veut déterminer  et profiler la nature et la durée des régimes du continent noir. Elle  eût pu sans doute se  désoler de la longévité d’une Marguerite Thatcher au  Royaume-Uni ou d’un François Mitterrand en France, comme aurait dit l’autre : l’Occident a multiplié les coups bas et  affiché ostentatoirement son désir  d’écourter la vie de la famille Wade. La visite de Laurent Fabius au mouvement “Y en a marre”, premier acte officiel en terre sénégalaise en juillet 2012 avant même la rencontre avec le président nouvellement élu, devrait donner à réfléchir sur la compréhension nouvelle de l’Occident de ses relations avec les anciennes colonies.
Même décor, même scénario d’un film de série B auquel participe la presse française prompte à la litote : la complaisance vis-à-vis de toute information impliquant Ousmane Sonko, sans effort de construction (objectivation du fait social) et de constat, doit amener les professionnels de la communication à se demander à quoi joue la France avec le Sénégal pétrolier et gazier.

Pathé MBODJE