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Abdou Karim Sall : 10.000 emplois verts à partir du premier mai 2021 De notre correspondant à Matam, Habib KA, Thilogne

Entre le volontarisme d’un ministre amateur et le professionnalisme d’un écologiste prouvé

M. Abdou Karim Sall, dans d’autres circonstances, s’était tristement illustré par une photo virale, chaussures de ville aux pieds, sur une natte, pour planter un arbre symbolique, lors d’une campagne de reboisement. Mettra-t-il maintenant pied sur terre pour offrir 10.000 emplois verts stables, des rémunérations acceptables aux jeunes demandeurs de boulots ?

Ayant échappé au remaniement du Premier novembre pour lequel tout le monde croyait sceller son sort, Sall-dibi-oryx, prend la balle du tout emploi pour essayer de rebondir avec dans le tout prochain gouvernement qui tarde encore à être mis sur pied, et dont le président Macky Sall seul sait les raisons de son attente.

Le ministre de l’environnement, soudain pris d’un sentiment fou pour la faune et la flore, se met dans la peau d’un ami de la nature pour restituer à la nature, à l’environnement tous ses droits.

Du financement des jeunes comme un des combats prioritaires de Macky Sall en cette année 2021, il se positionne comme soldat vert capable de fournir 10.000 emplois jeunes et faire mieux que la Délégation à l’Entreprenariat rapide des Femmes et des Jeunes (DER/FJ).

La reforestation et le reboisement, seuls, ne peuvent suffire comme offre d’emplois permanents, surtout que ces deux activités sont cycles, et programmés pour un certain temps.

Proposer alors à tout vent des emplois verts aux jeunes, simplement dans la tentative de maîtriser une partie de celle-ci à des fins politiciennes, ne relève pas du rigorisme économique qui doit présider la démarche d’une administration organisée, orientée vers la mise en place de solutions pérennes pour une société résolument engagée pour la prospérité et le bien-être des populations : l’offre de travail émane des besoins et priorités exprimées et non de l’inverse, c’est-à-dire une demande qu’il faut à tout prix essayer de satisfaire même si les contraintes ne le permettent pas. Le populisme, c’est de vouloir embaucher dans le programme de reboisement et de reforestation 10.000 jeunes ; avec un coût salarial moyen mensuel de 100.000 francs cfa par exemple, la mission s’avère impossible. Le ministère de l’Environnement, avec un budget de 25 milliards environ qui passent récemment à 44 milliards 899 mille francs, ne pourra supporter une masse salariale supplémentaire de un milliard de francs cfa par mois. En vérité, le budget réel, suite à la Covid-19, tournait autour de 17 milliards 948 millions de francs cfa, contrairement aux 25 milliards 375 millions, précédemment annoncés. La base de 100.000 francs de revenu mensuel sert de critère référentiel de stabilité pour un premier emploi, et ce qui est sûr,  l’État ne saurait durablement honorer cet engagement. Ici, comme partout ailleurs, la raison doit prévaloir sur le volontarisme aveugle et s’appuyer sur la cohérence des plans et des politiques de mise en œuvre.

L’Agence sénégalaise pour le Reboisement de la Grande muraille verte (ASRGMV) dirigée par l’écologiste et passionné de l’environnement, Haïdar El Ali, avec des moyens, loin des projecteurs, peut réussir des exploits avec moins de recrues, et des professionnels et militants éco-verts prêts à collaborer avec des amis et soldats verts engagés volontaires depuis des années dans des associations « Villes vertes » qui essaiment dans tout l’intérieur du Sénégal.

Entre Haïdar El Ali, patron de l’Agence sénégalaise pour le Reboisement de la Grande muraille verte (ASRGMV) et Abdou Karim Sall, ministre de l’Environnement, c’est comme si tous les deux n’étaient pas à leurs places ou, du moins, l’un a usurpé la fonction de l’autre.

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